Faire un Banquet du Livre, cest convier
des hôtes à sa table. Cela réserve souvent
de bonnes surprises. Le Banquet a eu cette année le plaisir
daccueillir Jean Raguenès, dominicain et ancien
ouvrier de lusine de fabrication de montres Lip à
Besançon. En 1973 « les Lip », face à
la menace de fermeture de leur usine, ont décidé,
devant limpuissance dune grève classique,
doccuper leur usine, de remettre en marche les chaînes,
de produire des montres et de les vendre directement. Cet «
acte inouï », comme le disait Maurice Clavel dans
son livre « Les Paroissiens de Palente », allait
bouleverser la vision des luttes ouvrières. Il fut un
des éléments importants dune réflexion
qui amena la Gauche prolétarienne à se dissoudre.
Jean Raguenès accompagna ce mouvement-là. En I985,
quand la lutte se fut finalement achevée, il restait «
comme quelquun qui, ayant trop vécu dans le soleil,
rejoint soudain la pénombre ». Il ne voyait plus.
Après deux ans et demi de retraite
dans un couvent, il se confronte à nouveau au monde en
se plongeant dans létude philosophique et, renouant
avec sa famille dorigine, anime un réseau dassociations
dinformations sur le Tiers Monde, le Ritimo. Cela va lamener
en 1993 à se rendre au Brésil, plus précisément
en Amazonie (région du O Xingu) où il vit toujours
aujourdhui, afin daider les petits propriétaires
paysans et les ouvriers agricoles à survivre et à
sorganiser pour lutter contre les grands propriétaires
latifundistes, contre le travail esclave, et pour préserver
leur dignité humaine.
Il est aujourdhui au Banquet, y arrivant
tout naturellement après un rapide retour à Besançon,
convoqué par son histoire.
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« Jai trouvé
une organisation, une atmosphère, des rencontres informelles
formidables. Mais jai été déçu
par ce que jai écouté. Je garde le souvenir
dune lutte collective, de singularités inscrites
dans une histoire commune. Jai entendu une série
de monologues qui ne se rencontraient plus. Plus encore, ils
ne parlent pas vraiment aux autres. Dans un Banquet il y a des
participants, à une table des convives. Je ne lai
pas vraiment senti ici. Mais je ne suis pas pessimiste. Je connais
la diaspora, ses méandres et aussi les possibles retrouvailles.
Peut-être est il temps de transformer avant quon
ne nous transforme. »
Est-ce ainsi que les Banquets vivent ?
Alain Raybaud. |