 |
Dire le vin est un exercice difficile.
Il faut à la fois transmettre une émotion, des
sensations olfactives et gustatives, et raconter des histoires
de terroirs, de climats, de cépages, de savoirs et de
labeurs humains.
Il revient à notre époque
davoir étendu et systématisé toutes
les paroles autour de lexpérience singulière
de sa dégustation. On analyse chimiquement la balance
dun vin, on conte poétiquement ses vertus (il a
un goût de sous-bois après lorage), on appelle
à la rescousse largot (ce nectar a de la fesse,
il dit son chapelet, il réveille un mort) on le chante
en musique (il a une attaque, un final, va crescendo). Toutes
les métaphores sont requises pour tenter dexprimer
de complexes émotions entre souvenirs et plaisirs. Et
une considérable activité éditoriale en
résulte. Dictionnaires, encyclopédies, guides,
revues mais aussi romans et poèmes se multiplient.
Mais, comme le souligne Michel
Serres, combler labîme entre « langue goûteuse
» et « langue parlante » nest pas chose
aisée. |