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Vas-y Pôlos ?
Lire le Gorgias en atelier
Entretien avec Françoise Valon
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J.-Y. M. Vous
avez animé pendant ce Banquet du Livre un atelier de philosophie
pour adultes. Comment fait-on pour mener un travail philosophique
alors que les participants nont pas la formation qui y
prépare ? F. V. Cest cette absence de formation préalable qui en fait lintérêt. Ce nest pas un hasard si lon a choisi de travailler depuis plusieurs années au Banquet du Livre sur des textes de Platon : pour lui, la philosophie nest précisément pas une affaire de spécialistes. Toute luvre de Platon nous dit que cest avec des non-philosophes que se mène le travail philosophique. Il y a bien sûr un danger : les questions qui font dévier de lessentiel du débat. Un bon moyen déviter la discussion creuse est de sattacher à lire précisément un texte. En un mot, latelier de philosophie est le contraire même des « cafés » philosophiques à la mode. Cela fit lobjet dune mise au point dès le départ avec les participants. Le café philosophique est une manière de justifier lopinion comme si elle était une pensée, alors que le travail philosophique consiste à arracher lopinion à elle-même pour la convertir en interrogation. |
J.-Y. M. Vous
aviez choisi, cette année, de lire le Gorgias de Platon.
Comment avez-vous procédé ? F. V. Le premier problème, cest quil sagit dun texte long. Il nétait pas possible de le commenter phrase à phrase dans son intégralité. Latelier sest donc concentré sur les moments stratégiques du texte, de façon à en dégager la progression. Entre les séances, les participants devaient lire attentivement chez eux ce qui séparait lextrait commenté de celui qui serait abordé le lendemain, ce qui autorisait les renvois à lensemble du texte au cours du travail. Le second problème était celui de la méthode. Il sagit dun dialogue. Cette forme implique une dramatisation de la parole : Platon a écrit, en somme, des « rôles ». Les participants ont donc été invités à les « jouer », cest-à-dire à adopter chacun la position du personnage de leur choix et à la défendre. À un moment donné, dans la discussion, quelquun sest écrié spontanément : « Vas-y Pôlos ! ». On ne doit pas en sourire. Cest ainsi que Platon veut être lu : de telle manière que lon comprenne la logique propre au discours de chaque personnage, pour saisir comment Socrate oblige chacun à aller jusquau bout. Nous avons cherché quelle logique commandait le dépassement progressif des positions de Gorgias, de Pôlos et de Calliclès, dont Socrate démontre successivement linsuffisance en poussant chacun dans ses retranchements. |
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