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Olivier Rolin,
parlant de son travail, nest ni faussement modeste (que
serait-ce de lêtre pour de bon ?) ni vraiment triomphant.
Un certain malaise qui a semblé planer sur les premières
minutes de son dialogue avec Bernard Comment sest peu à
peu dissipé ; la connivence avait dabord semblé
exclure quelque peu les auditeurs, dans la mesure même
où certaines questions trop directement inspirées
de conversations antérieures semblaient presque entraver
lécrivain dans sa recherche dune expression
exacte de ses préoccupations. Mais, au fur et à
mesure que le temps passait, le propos sest fait plus précis,
dessinant une sorte dépure ; sen dégage
la figure dun écrivain qui nhésite
pas à dire sa gêne davoir à parler
quand son métier est décrire, par une sorte
de narcissisme paradoxal qui, du même mouvement, avoue
lampleur de ses ambitions et les désavoue avec une
extrême ironie.
Olivier Rolin
confesse que le roman est pour lui un lieu dhésitation
et dincertitude, quil y est venu dans le sillage
de léchec des idéaux révolutionnaires
de sa jeunesse, et presque, faute de pouvoir devenir franchement
philosophe, en amoureux déçu de la théorie.
Il construit donc son uvre pour dépasser un échec
multiforme sur lequel, depuis quil a délaissé
les carnets par lesquels il est venu à lécriture,
il se refuse à tout pathétique : écrivain,
en somme, parce quil aspirait à être un dieu,
ou un héros (de la guerre, de la pensée
),
ou un grand séducteur, sans espoir de le devenir, nayant
cessé en tout cela de se heurter à un mur. |
Mais reconnaître léchec ne lempêche
pas de revendiquer orgueilleusement, ajoute-t-il, sa nostalgie.
Tous ses romans, écrits à la première personne,
tracent les contours dune autobiographie négative
dans laquelle un lieu récurrent comme le Soudan joue,
par exemple, le rôle de métaphore dun perpétuel
exil hors de soi, dune absence de coïncidence avec
soi-même autant quavec son époque. Olivier
Rolin dit aussi son amour de sa langue, son souci den inscrire
la complexité maîtrisée dans un dialogue
avec les autres langues, et la conviction, quil partage
avec Walter Benjamin (et Proust !), que nulle chose nest
visible tant que lon na pas trouvé les mots
pour la dire, tant que lécriture ne la pas
reconstruite pour en cerner, avec des mots, la singularité.
Il cite volontiers Francis Ponge ou Paul Valéry et noublie
pas les leçons de Roland Barthes : la tâche première
de lécrivain est de construire un monde, pour que
la conscience échappe, sil se peut, à son
engluement dans le magma du réel.
Interrogé
une nouvelle fois par Bernard Comment sur le projet de LInvention
du monde, Olivier Rolin redit les raisons de son ambition
de totalité, que lachèvement de ce livre
na pas épuisée. Cest, dabord,
la référence aux grands poèmes totalisants
de la tradition latine, et la notion de carmen perpetuum
dont le poème de Lucrèce ou les Métamorphoses
dOvide offrent des exemples. Cest, ensuite, la trace
de la dimension nécessairement globale de lambition
révolutionnaire |