rencontre



16 h

« Toi qui écris la vie que nous menons… »
Les carnets de guerre de Louis Barthas et la mémoire de 14-18

 

« Les hommes de la 13e escouade, après s’être débarrassés de tout leur fourbi, se mirent à écrire, lire, coudre ; certains se couchèrent et sommeillaient déjà lorsque tout à coup quelques obus éclatèrent dans notre voisinage ; on n’y prêta pas grande attention et quelqu’un dit : « Voilà la distribution des dragées qui commence. » (…) J’attendais la prochaine décharge. Elle arriva comme la foudre, les obus s’écrasèrent à trente mètres de nous, des morceaux de pierre, de fer, de la terre passèrent en sifflant au-dessus de nos têtes, de grosses volutes de fumée noire obscurcirent la lumière du soleil. Pas de doute, c’était bien à nous qu’on en voulait. (…) L’instituteur de Pépieux était à l’autre bout de l’escouade. En trois bonds, je suis sur lui. Tort était encore là, l’adjurant une dernière fois de nous suivre. Lorsque j’apparus, Tort s’enfuit. Mondiès, accroupi, écrivait tranquillement une lettre, aussi calme que s’il avait été à son bureau à Pépieux devant sa classe. Cela lui semblait indifférent qu’une batterie de gros calibre soit braquée vers lui. (…)
La canonnade habituelle se ralluma sur les crêtes. Les ravins, les bois, s’essaimèrent de petits nuages noirs, gris, verdâtres, blancs qui se mêlaient ensuite en montant dans les airs, faisaient un brouillard de plus en plus opaque, formant un halo autour du soleil (…) Mais on se blase de tout et il y en a qui dormaient, ronflaient, rêvaient au son de cette musique infernale ; il fallait que des obus viennent s’abattre bien près pour nous émouvoir (…) Cependant nous étions fort inquiets de ce qu’il était advenu de nos deux camarades Laffont et Mondiès (…)

Toutes les illustrations sont extraites des carnets originaux de Louis Barthas.

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