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Leçon dastrologie,
1348
Moïse Maïmonide,
Le Guide des Égarés.
Dailleurs, presque tous, même
en riant de lui, lhonorent et le respectent. Un pas de
plus, ils ladmirent ; encore un, ils lenvient. Don
Quichotte a la puissance des mots magiques : le profane, ignorant
ou moqueur, ne les prononce pas sans déchaîner les
prestiges inclus à ces paroles mystérieuses : les
syllabes enchaînées recèlent des forces qui,
libérées par le souffle, ne peuvent plus être
retenues. Les enchantements de Don Quichotte ne sont pas des
maléfices. La pureté de son âme, la grandeur
infinie de sa volonté toujours bonne sont maîtresses
dune blanche magie : exposant ce texte magnanime et candide,
qui na rien du grimoire, Cervantès, bon gré
mal gré, se guérit de son propre doute, se purge
du rire, enfin se purifie. En Don Quichotte, la flamme de lhonneur
même sefface dans la lumière dune noblesse
parfaite.
Le ridicule de Don Quichotte est celui de
la sainteté, de la grandeur héroïque, de tout
ce qui passe le commun. On rit de ce quon ne peut saisir,
faute en effet de le comprendre : on nest pas de niveau.
La plupart des hommes, ce qui leur est étranger leur semble
absurde ou ennemi. La pensée est encore plus nationaliste
que les murs : comme le commerce, elle a ses intérêts
; par là, elle est hargneuse et sotte : sous langle
de lamour-propre, lesprit est toujours borné.
Les saints sont les jongleurs et les fous de Dieu. Les héros
sont les fous de laction. Il faut bien rire deux
pour les égaler : on les tire à soi par ce moyen
; on les fait descendre, et lon est de plain-pied avec
eux dans le lieu médiocre. Les plus hautes spéculations
de lesprit néchappent sans doute pas à
cette dérision. Archimède tout nu dans la rue dune
ville prise dassaut, où entre lennemi, nest-il
pas le Don Quichotte de la mécanique avec son cri de joie
? Les mains en lair et brandissant son eurêka, ne
court-il pas lui aussi à la conquête des moulins
à vent ? Est-ce une façon de publier la solution
des problèmes, et le maintien dun digne géomètre
? Le soldat vainqueur, le Romain armé, lhomme éternel
de la foule, innombrable et commun, le lui fait bien voir ; il
le tue, avec son théorème : qui est encore la manière
la plus radicale de se moquer des gens.
moins.
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Don Quichotte simpose à Cervantès
comme à Sancho, qui peut bien lui jouer toutes sortes
de tours, mais qui le sert jusquà la fin : se fait
battre pour lui, laime, le suit et le vénère.
À l'égal des plus grands esprits
au xvi e siècle, Cervantès travaille, presque sans
le vouloir, à la destruction de lancien monde. Risible
et peut-être insensé, le chevalier de la Triste
Figure incarne une vérité qui nest plus quune
malfaisante chimère, puisquelle semble avoir épuisé
sa vertu réelle : telle est la nuisance des vérités
mortes. Mais elle est vivante entre toutes pour lui. Ici, le
poème est plus vrai, plus sage et plus profond que le
poète : bien plus généreux aussi. Si la
chrétienté nest plus lordre universel,
le héros chrétien nen persiste pas moins
dans lhomme de lunivers ; et il lui faudrait se démembrer
lui-même de sa part la plus humaine, pour ne plus lêtre.
Quon tourne en dérision le parfait chevalier, sil
y prête : le ridicule en lui nest rien au prix de
la perfection et de la chevalerie. La constante et naïve
vertu ne peut pas être absurde : le fût-elle, labsurdité
le cède toujours à la raison supérieure
que certifie une admirable vertu par sa simple excellence. Qui
ne le sait ? Dans lopinion même des railleurs, si
le sublime touche de tous les côtés au bouffon,
il nest pas le bouffon pourtant. Moins la tête, loie
est cygne : la tête est là, toutefois. Sil
bronche et sil se couronne, Pégase ne semble plus
quune simple rosse, et tous les piétons se moquent
de lui, quand il traîne un fiacre. Le merveilleux oiseau
de la pensée a le même destin. Cervantès
ne peut bientôt plus détruire en lui-même
ce quil détruit dans le siècle. À
mesure quil vit avec Don Quichotte, il vit pour lui et
ne peut plus vivre, ni sentir, ni penser que selon lui et comme
lui. Une douce ironie remplace la verve rudanière et lâcre
moquerie qui va jusquà berner le héros et
le rouer de coups, sous le poing des rustres. Don Quichotte devient
de plus en plus vénérable et pourtant lespoir
se retire de lui, comme une clarté inutile : toutes ses
actions échouent ; on sent que la vie trompeuse le quitte.
Il est toujours vaincu ; et il sélève à
proportion. Ce progrès est divin, et celui de la sainteté
même : il révèle enfin ce que Don Quichotte
est réellement, quel destin il porte, et quelle pensée
il signifie : Don Quichotte est lidéal, ni plus
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