révélateur


Un bateau
au mouillage

Dolorès et Jacques Joulé sont restaurateurs à Lagrasse depuis 1977. Ils ont un fils de dix-sept ans, Cédric. Depuis un an et demi, l’Hostellerie Charlemagne est en vente. Jacques et Dolorès ont acheté une maison dans le village, pour y installer des chambres et une table d’hôtes.

La photographie dit-elle la vérité ? Ce qu’elle masque n’est-il pas souvent plus important que ce qu’elle révèle ?
À partir de ces questions, familières aux photographes et aux gens d’images, nous avons proposé aux habitants de Lagrasse un exercice de style.
Chaque jour, nous photographions une famille, dans le cadre qu’elle a choisi. Une façon pour elle de décider de l’image qu’elle souhaite donner d’elle-même aux lecteurs de Corbières Matin.
Puis nous développons le cliché. Commence alors la confrontation avec le résultat, avec cette vérité qui ressemble plus ou moins à ce que l’on s’imaginait.



   Valérie : On est dans la cuisine, parce que c’est l’endroit où on se retrouve. On part l’un et l’autre très tôt le matin, et on rentre tard le soir. Donc, on est très attachés aux rares moments que l’on passe ensemble, et c’est surtout dans cette pièce que ça se passe.
Alain : Il y a d’autres gens dans le village qui travaillent et qui partent tôt, mais la particularité de notre famille, c’est que les deux parents s’en vont. En fait, on vit un peu comme des banlieusards…
   Valérie : À part le cadre et le soleil !
   Alain : C’est paradoxal, mais c’est une chose dont on a parfaitement conscience. On le subit, on ne l’a pas choisi.
   Valérie : C’est vrai que l’hiver, pendant les grosses journées, le lundi et le mardi par exemple, je ne vois pas les enfants. Ils dorment encore quand je pars, et ils dorment déjà quand je rentre.
   Alain : En fait, il aurait fallu nous photographier chacun dans notre voiture, en train de nous croiser.
   Valérie : Avec Antoine qui me fait un bisou par la portière… C’est vrai que par rapport aux rituels familiaux classiques, on ne se voit pas souvent.
   Alain : Ceci dit, il y a toujours quelqu’un qui est là pour s’occuper des enfants. C’est vrai que la photo n’est pas complète, on aurait dû inviter les nounous qui les suivent, Marie-Claire, Sylviane…
 

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