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Suzanne
Beaujour. Durant six séances, vous vous proposez
damener un groupe dadolescents sur le terrain de
la philosophie. Quest-ce que se « préparer
» à la réflexion philosophique ?
Antoine
De la Taille. Lintitulé de latelier
vaut comme un programme et même une promesse ; à
savoir : expliquer à un public présupposé
ignorant de la chose, ou nayant que des idées vagues
sur la question, quelle est la nature et la finalité de
lactivité du philosophe. Il sagit dune
initiation avec tout ce que ce mot comprend de mystère
dévoilé. Mon intention est, au terme de ces quelques
heures, de dévoiler et dédramatiser. Dévoiler
: expliquer ce quest la philosophie. Dédramatiser
: montrer quelle est abordable sans connaissances particulières.
Comment procédez-vous ? Quel cheminement avez-vous suivi
?
La réponse que je peux faire à cette question est
sans doute décevante, car je nai pas de méthode
et pas plus de programme. Un cours magistral est difficile à
concevoir pour des auditeurs qui ne sont pas tout à fait
des élèves, qui sont jeunes, dont lattention
est relativement volatile et qui cherchent une occasion de sexprimer.
Il me semble donc nécessaire dimproviser pour intéresser.
La méthode serait de ne pas en avoir. Le risque étant
dès lors de se perdre en de multiples digressions.
Je suis parti
des conditions nécessaires à lapparition
dune démarche philosophique qui sont, au minimum,
la curiosité mais également lexigence de
vérité, vis-à-vis de soi-même et des
autres. Cette réflexion sur la disposition desprit
qui donne naissance à la philosophie ma conduit
à expliquer létymologie du mot philosophie
: « amour du savoir » ou de « la sagesse ».
Nous nous sommes donc demandés, et voilà le fil
directeur de cette expérience, quelles étaient
les causes et la nature de cet amour du savoir.
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Antoine
De la Taille
À partir de là, je me suis appuyé sur
quelques extraits de LApologie de Socrate dune
part, et du Banquet dautre part. Tout naturellement,
la réflexion sur lamour du savoir dans Le Banquet
nous a alors conduits à une réflexion sur le savoir
de lamour, cest-à-dire la question du Banquet
: « Quelle est la nature de lamour ? » et «
Pourquoi aime-t-on ? ». Nous sommes alors passés
dune réflexion sur la philosophie à une réflexion
philosophique.
Quel enseignement retirez-vous de cette expérience pédagogique
?
Lamour du savoir est intimement lié, à sa
naissance, avec un certain savoir sur lamour. Or cest
bien à la puberté que celui qui était jusque-là
un enfant, redécouvre de manière intime et pressante
un certain nombre de questions liées à lamour
comme sentiment et comme désir. Le désir du savoir
serait donc lié, comme Freud lavait déjà
observé, à laffirmation de la sexualité.
Propos recueillis
par Suzanne Beaujour |