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Que le spectacle continue !
Est-ce de la bêtise ou est-ce de la paranoïa ? La télévision a créé l’affaire Pierre Carles. Ce dernier l’affirme lui-même, il n’avait pas l’ambition de faire un travail d’investigation. Il avoue avoir voulu réaliser un spectacle de télévision, en respectant les codes du spectacle sur petit écran, en utilisant ses artifices, en ne refusant pas de poser ses pièges. La télévision aurait donc peur d’elle-même ? La multiplication des « affaires », l’aurait-elle rendue tellement méfiante qu’elle ne s’autorise même plus à montrer ce que tout le monde sait sur elle : la connivence entre hommes de l’audiovisuel et hommes de pouvoir. Pierre Carles souhaitait montrer que les journalistes qui prétendent parler au nom de la population française, à coups de sondages, n’appartiennent pas à cette population mais à une classe privilégiée qui est également celle des politiques. Qui ne sait qu’on peut les rencontrer dans les mêmes restaurants, qu’ils se tutoient ?
Alors pourquoi cette censure ? Parce que la télévision refuse que l’on utilise ses manières de faire souvent peu honorables, pour la piéger, elle. Pierre Carles se défend d’avoir utilisé le mensonge pour réaliser son film, et assimile plutôt sa méthode à de la ruse. Pouvait-il espérer que ce média accepte qu’on le dévoile, qu’on montre les fils au bout desquels pendent ses marionnettes qui s’agitent devant la caméra ? Elles sont là pour que la fête continue. la raison d’être même de la télévision demeure de faire briller les paillettes, d’appliquer une dose suffisante de maquillage pour que l’on ne voie pas les défauts. Peut-on attendre d’elle qu’elle nous dise qui elle est ? Toutefois, il n’est pas inutile de rappeler qu’elle est spectacle, mise en scène, qu’elle est mensonge et artifice. Pierre Carles se présente lui-même comme un bouffon, quelqu’un dont le pouvoir a besoin.

Pierre Carles

Il est conscient que la télévision est capable d’utiliser ses farces pour sa propre glorification. Canal Plus a profité des attaques lancées par la presse écrite pour produire un reportage qui visait à démontrer la perfidie du censuré. Elle a nourri le discours de Pierre Carles, en même temps qu’elle le niait. La chaîne cryptée n’a pas diffusé son document. Elle réfutait ses arguments, faisait son procès public alors que l’affaire était déjà jugée en huis clos (le grand public ne le verrait pas). Le film sera néanmoins diffusé dans les salles de cinéma à la rentrée. Reportage rejeté hier, fiction acceptée demain ?

— Philippe Menestret


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