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Patrick de Marien, vigneron et président de la cave coopérative d’Embres et Castelmaure et Vincent Pousson, rédacteur en chef de « L’Esprit du Sud-Ouest », ont tenté de dire le lien entre les hommes, le vin et la langue. « Le vin est une personne » ont-ils déclaré d’entrée de jeu. Au-delà de conditions particulières, terroirs, climats, ensoleillement, cépages, c’est le fruit d’un travail, d’une élaboration. Tous les viticulteurs ne veulent pas créer leur vin mais ceux qui s’engagent dans cette démarche, et ils sont de plus en plus nombreux ici en Corbières, savent que « tailler sa vigne c’est la penser. » Le métier de vigneron réclame de l’intelligence, il faut savoir sublimer un terroir, aider discrètement la terre et c’est alors la vérité de l’homme qui sera dans le vin.
Les difficiles dits du vin

Mais cette démarche exigeante n’est pas simple. Elle se heurte par exemple ici en Corbières à une « sale histoire » qui traîne, celle de temps passés il y a plus de cent ans, où le vin était souvent une production industrielle faite, en grande partie, pour des ouvriers d’industrie qui construisaient les chemins de fer. Et bien souvent encore, quand on évoque la tradition, les images fallacieuses de vieux cellier éclairé à la bougie, avec un moine rebondi derrière une ronde barrique resurgissent. Aujourd’hui, le vin a changé, les vignerons ont changé, les goûts des consommateurs ont changé et il est impossible de tenir le même discours.
Si le vin est produit, il est aussi bu et vendu. Vincent Pousson dit que « commence alors la part de mensonge, c’est-à-dire le commerce, ce qui sépare un Corbières à 25 francs d’un Chateau-Lafitte à 2000 ». Mais il a très peu développé cette forte affirmation, se contentant de conseiller, de se laisser guider par son plaisir. Il a rappelé que l’art de la dégustation est bien faillible, nous incitant à tenter une simple expérience : goûter les yeux bandés des verres de vin blanc et rouge et essayer de les reconnaître. Le résultat enseignera à beaucoup l’humilité. Mais si boire un vin c’est rencontrer un homme, il est des informations vraies qui sont nécessaires. Les étiquettes ne sont pas forcément créatrices de nouveaux mensonges. Si, comme il le dit, le vin ça s’apprend, alors le dire du vin peut être autre chose qu’une perpétuelle oscillation entre quelques vagues notions scientifiques, une poésie désuète (ce vin a l’odeur d’un sous bois recouvert de rosée lors d’un matin clair), de robustes paillardises de comptoirs (il a de la fesse et ouvre les cuisses), ou la simpliste exaltation d’un principe de plaisir unique et tout puissant.

— Alain Raybaud.

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