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Joseph Long a fait lamitié au
Banquet de concevoir en moins de vingt-quatre heures une intervention
sur Samuel Beckett dont le titre « Beckett, ne nous fausse
pas Compagnie » sonnait étonnamment juste
dans le petit cloître samedi après-midi : libérer
quelque peu le grand Irlandais de la lecture strictement métaphysique
quen a donnée un critique de la taille de Blanchot
nest pas une mince affaire mais, en dépit dune
introduction sinueuse où furent évoqués
Shakespeare, Olivier Rolin et les divers modes de représentation
du réel, Joseph Long il avait décidé
de faire court, ce qui, sagissant de Beckett, nest
certes pas hérétique sut en quelques minutes
atteindre le cur du sujet. Il abjura dabord lauditoire
de lire ou relire la prose de Beckett, en partie occultée
par son théâtre, avant de souligner combien la dérision
nest pas seulement, dans cette uvre, le fruit du
désespoir mais vaut aussi pour elle-même. Ce qui
gomme les composantes ordinaires du récit et engendre
chez Beckett une narration inédite, cest la transformation
du personnage en fonction de lécriture, cest
la spécularité qui substitue lécriture
à la narration : jusque-là, rien de très
neuf ; mais pour Joseph Long, la dérision est lopérateur
dominant lors du déblayage des éléments
structurels de la fiction queffectue lauteur de Molloy,
et cette idée, thèse centrale de son intervention,
nous fit regretter la brièveté de celle-ci : la
veille, dans un entretien quil nous avait accordé
(cf. Corbières-Matin n° 45), il avait eu loccasion
de développer sa lecture bien davantage. Mais il lui sera
beaucoup pardonné, car une des raisons
de sa hâte à conclure était de laisser
la place à Marc Betton, pour la lecture
de quelques extraits. |