lecture



16 h

Nathalie Kousnetzoff ,
et l’aimant du texte
Lorsqu’elle entendit pour la première fois les mots « Banquet du Livre », Nathalie Kousnetzoff fut ramenée au premier lien qui compta vraiment dans sa relation au monde : les livres. La lecture du Quichotte prévue dans le cadre du Banquet lui apparut comme le défi d’un partage non spectaculaire entre acteurs et public, au plus près d’un texte dont la force est telle qu’elle entraîne d’elle-même la lecture, richesse accrue par la possibilité, au cours de ces vingt-quatre heures, d’être successivement lecteur et auditeur. Il lui en venait une sorte de crainte quant au reste des journées : comment se maintenir à un tel niveau de risque, différent des exigences de la représentation, aussi grandes soient-elles ? La mise en voix d’Ernesto Prim de Raymond Lepoutre participe pour elle de la même gageure : que le texte soit ici proprement théâtral n’atténue en rien le défi d’un travail accompli dans l’urgence, avec le souci de donner une grande visibilité aux voix et aux sonorités de l’auteur.
— Bernard Simeone
Lire un texte, c’est trouver un mode d’accès au sens : il s’agit de transmettre plus que d’interpréter, sans s’interdire de souligner certains moments par le renfort du jeu, bien que la première tentation, ou la première vertu, soit l’effacement.
Nathalie Kousnetzoff connaît, pour l’avoir vécue en 1997, la contention extrême que peut exercer sur une comédienne un texte à travers lequel tout un continent littéraire requiert l’énergie de l’acteur : Zoo, le roman par lettres du formaliste russe Viktor Chklovski, met en scène un homme émigré à Berlin qui, écrivant des lettres à une femme afin de structurer sa propre identité, lui adresse en réalité une suite d’écrits sur la littérature. Prendre en voix, en tant que femme, cette œuvre où l’écriture elle-même est la rivale de sa dédicataire dans le désir du personnage, en somme un roman où un amour se substitue à un autre et où tout un pan de l’histoire littéraire fait irruption dans le récit, met en demeure la comédienne d’élucider la relation qu’elle entretient avec la littérature. Ce qui fut écrit sans se soucier de la moindre mise en voix, ce qui, dans l’écriture, se présente comme irréductible, voilà l’enjeu d’une réelle approche, quand le corps, aussi loin qu’il aille, ne peut être que support et obstacle.

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