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16 h

 

 

 

Présente au Banquet du Livre dans le domaine critique et dans le champ de l’histoire, l’Italie l’est également au sein du florilège offert par les comédiens. Philippe Morier-Genoud lira les traductions françaises de quatre poètes : Giacomo Leopardi, Umberto Saba, Mario Luzi et Franco Fortini. Il a intitulé Poetica cette partie du florilège, titre que nous reprenons ici pour un salut à ces quatre voix transalpines.

Poetica


Le choix de la poésie, pour faire entendre en clôture du Banquet un peu de la littérature italienne dans le risque de sa traduction, revêt un sens particulier compte tenu du thème de cette année. Alors que la prose est souvent perçue comme pouvant être le lieu d’une vérité confrontée à la dimension temporelle, la poésie provoque un soupçon ou une attente : le retour de la langue sur elle-même et sur l’instant, dans la suspension plus ou moins illusoire du temps historique, alliée à un culte de l’intériorité, en somme ce qui désigne la poésie par-delà ses variations, serait le gage d’une vérité que l’on pourrait atteindre de manière illuminante. La poésie s’est-elle jamais libérée de cette tentation gnostique mal avouée ?
Les auteurs italiens du florilège ont placé ailleurs l’enjeu de leur écriture. Non seulement parce qu’ils sont aussi des prosateurs, dans le domaine de l’essai ou de la fiction, mais parce que leur poésie ne refuse jamais de se confronter à l’événement. Même Giacomo Leopardi, pourtant antérieur aux manifestations italiennes du romantisme, avait déjà critiqué, en l’anticipant, le préjugé romantique selon quoi il existe un rapport de hiérarchie entre l’état du monde et l’invention poétique : en d’autres termes une souffrance du sujet dans un monde perçu comme indigne de lui. Tout au contraire, les poètes ici réunis n’ont cessé de tendre vers une poésie qui soit à la hauteur du monde et de l’événément, quand bien même le monde et l’événement sont le lieu ou l’expression de la déception et du désastre. Ce renversement de perspective, qui définit la situation moderne du poète, est pour ces auteurs une condition sans laquelle la poésie – dans le lointain écho de Goethe – ne saurait prétendre au moindre rapport avec la vérité. Il s’agit donc d’un pacte où la poésie, exprimant la dignité de la langue, prend conscience de la dimension morale de tout engagement en écriture.

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