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La mythologie grecque raconte
ainsi la légende de lîle de Délos,
à laquelle les Cyclades, disposées en cercle autour
delle, doivent leur nom. Quand Léthô tomba
enceinte de Zeus et porta dans son ventre Artémis et Apollon,
Héra, jalouse, la poursuivit de sa colère ; la
déesse promettait quun cataclysme épouvantable
sabattrait sur la cité qui accepterait daccueillir
lors de son accouchement celle qui avait eu les faveurs du dieu
suprême. Aussi Léthô errait-elle à
travers le monde et ne pouvait trouver nulle part de lieu où
se reposer. Quand elle sentit les premières douleurs qui
annonçaient laccouchement, elle adressa une prière
à tous les dieux, les suppliant de prendre pitié
delle. Poséidon, dieu de la mer, la transporta sur
une île invisible qui dérivait sur les eaux : lîle
échapperait aisément à la fureur dHéra,
qui ne saurait où la retrouver. Une autre version de la
légende, me semble-t-il, dit que cette île pleine
de bonté fut émue par les plaintes de Léthô
et accepta de laccueillir. Léthô accoucha
donc de ses deux enfants divins. Quand parut Apollon, dieu du
chant et maître de la lumière, lîle
soudain cessa dêtre invisible et devint Délos,
cest-à-dire la Brillante, la Visible. Et la colère
dHéra, déesse des foyers, ne put rien devant
un tel prodige. Lîle bénie se fixa au fond
de la mer par quatre colonnes de pur diamant, à la place
où elle est aujourdhui, et il fut dit quelle
resterait visible tant que durerait sa prospérité,
qui fut immense.
Délos est un des lieux
sacrés les plus considérables de la Grèce.
Les processions qui sy rendaient devaient parfois affronter
de terribles tempêtes, et aujourd'hui |
encore la mer devient mauvaise dès cinq heures, presque
tous les jours. Ce nest quun champ de ruines vénérables,
mais jaime à croire que le grand palmier qui trône
au centre du lac sacré aujourdhui encombré
de joncs et réduit à létat de marécage,
est un lointain descendant de celui sous lombre duquel
Léthô mit au monde ses deux enfants. La prospérité
de lîle nest plus quun souvenir : Délos
est, sans doute, redevenue invisible. Il faut lil
de lesprit pour la voir. Mais la légende qui la
hante est lune des plus émouvantes qui soient.
La légende de Délos,
où parurent les deux divinités solaire et lunaire
engendrées par le dieu suprême, a peut-être
encore quelque chose à nous dire. Je sais quApollon
nest pas né tout armé de sa lyre, quil
fallut un enfant des hommes pour lui apprendre à chanter.
Quil dut aller à Delphes semparer des forces
les plus obscures de la terre pour que sa bouche oraculaire devint
un lieu où lon venait de partout, en quête
de sa vérité intérieure. Et que cest
à Delphes que coule encore, aujourdhui, leau
de la fontaine Castalie à laquelle peuvent boire les poètes.
Cela na rien qui doive étonner : Délos ne
saurait être le lieu même de la poésie, sil
est vrai quà Délos il était défendu
de mourir. Exorbitante exigence ! On sempressait de transporter
les mourants loin de lîle pour que leur mort ne la
souillât point. |