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On pourrait se
contenter de dire que soixante-trois exemplaires des Carnets
de guerre ont été vendus à la librairie
du Banquet ; que de la salle a surgi la demande « Lisez-nous
un passage » parce quau-delà des explications
il fallait que résonne la justesse du texte ; que les
questions de la salle montraient que le livre avait été
lu et avait eu des effets profonds sur ceux qui lavaient
lu. Bref, on pourrait se contenter de dire que la parole du tonnelier
Barthas a été entendue au Banquet. |
Une question
vient à lesprit de tous les lecteurs des Carnets
de guerre de Louis Barthas : comment un livre dune
telle force, dune telle justesse de ton et décriture
a-t-il pu être écrit par un « humble »,
un tonnelier et ouvrier agricole qui navait que son Certificat
détudes ? Cest au fond cette question-là
que lon a pu approfondir, samedi à 16 heures au
petit cloître, au fur et à mesure des interventions
de la tribune (Rémy Cazals, léditeur du livre,
et Georges Barthas, le petit-fils de Louis, interrogés
par Dominique Blanc) et de la salle.
« Mon
grand-père explique Georges Barthas était
un homme intelligent, avec une grande mémoire, il lisait
beaucoup, jai toujours vu des piles de livres posées
sur le buffet de la cuisine. Cétait un militant
syndicaliste il avait participé à la création
de lun des premiers syndicats douvriers agricoles
et socialiste. Sa maîtrise du français, il
la doit sans doute à linstituteur du village, qui
menait à ses élèves une vie épouvantable
au point que beaucoup délèves, pour lui échapper,
préféraient aller à lécole
du village dà-côté. Il a fait lire
ses cahiers aux autres survivants de la guerre et à quelques
veuves du pays. Mais il naurait jamais imaginé quils
auraient pu être publiés. » Rémy Cazals
précise pour quelles raisons, à son avis, il na
pas fait de tentative de publication : dune part lidée
quun simple tonnelier ne peut pas faire un livre mais aussi
la conscience de ne pas être loin de là
dans le ton de la commémoration et de léloge
patriotique. |
Barthas part
à la guerre avec une grande déception, celle que
tous les pacifistes ont ressentie en 1914 devant lincapacité
de lInternationale socialiste à lancer un grand
mouvement international de refus de la guerre. De là peut-être
sa volonté de porter témoignage, qui paraît
certaine : il part avec de petits carnets, faits de feuilles
pliées en quatre et il note, rédige, jour après
jour. En même temps, il envoie des lettres, des cartes
postales ; il apporte les carnets à sa femme au cours
de ses permissions, les lui fait parvenir en précisant
quil ne faut pas les égarer. Après la guerre,
il met ses notes au propre sur dix-neuf cahiers surtout
lhiver, quand son travail lui laisse plus de temps
il les illustre avec les cartes postales quil na
cessé denvoyer. Les carnets sont longtemps restés
dans le grenier de la maison ; un jour de grand nettoyage, ils
ont été jetés. On na donc pas pu les
comparer au texte définitif. Mais pour Rémy Cazals
il y a dans le texte suffisamment dindices qui montrent
quau front il ne se contentait pas de notes succinctes
quil aurait reprises lors de la rédaction finale,
mais quil écrivait déjà précisément,
« sur le coup ». Dailleurs, ses camarades le
considèrent comme celui « qui écrit la vie
que nous menons ».
Les témoignages
dofficiers et dintellectuels sur la guerre de 14-18
sont nombreux. Mais on a peu de témoignages de simples
soldats, même si celui de Barthas nest pas le seul
et que dautres textes de ce type ont été
publiés depuis lors. |