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Prix des Lettres de l’Académie d’Occitanie, 2008 (Les Yeux noirs) Prix Spécial du Salon du livre d’Orthez, 2006 (Les Yeux noirs) |
Né à Pau en 1962, écrivain, poète, peintre,
musicien… l’œuvre polymorphe de ce Gascon, Béarnais installé dans les
Landes, se construit depuis une vingtaine d’années autour de la parole
et de l’image. Il commence sa carrière par la peinture, ce qui le
mènera à exposer au salon de la Jeune Peinture (Paris, Grand Palais) en
1989, puis au Salon d’Art Contemporain de Montrouge. Défendus par
plusieurs galeries, ses travaux figurent dans de nombreuses
collections, en France et à l’étranger. Au fil du temps, l’écriture va
prendre davantage de place dans sa création. Depuis 1999, il publie
régulièrement des romans et des nouvelles, ainsi que de la poésie qu’il
porte lui-même sur scène, mise en musique ou simplement dite.
Consulter le site d’ Olivier Deck.
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Frontières, poèmes, Maurice Aumage, 2005
Une nuit à Madrid, nouvelle, Atelier In 8, 2005
La Neige éternelle, roman, Albin Michel, 2005
Landes, en toute liberté, photographies Martine Chenais, éditions AVFL, 2005
Toréer quand même, récit, éditions Cairn, 2004
Landes, mille pays une âme, photographies de Jean-Bernard Laffitte, éditions Cairn, 2004
Le Chemin du silence, poèmes, éditions Cairn, 2003
L’Homme sans rire, récit, éditions Idlivre, 2003
Carnet illustré, peintures de Jean-Marc Lanusse, éditions Quai Rouge, 2003
Quel temps fait-il au Caplan ? photographies de Pierre Le Gall, éditions Caplan & Co, 2003
Les Chopines, roman, éditions du Rocher, 2002
Cancans, roman, éditions du Rocher, 2001
Discours de la taverne, poèmes, éditions Séguier, 2000
Emportés par le siècle, nouvelles, Prix Virgile, éditions Séguier, 1999
L’Ours et le pommier de Jeanne, éditions Atlantica, 1999
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Lettres d’Aquitaine, avril, mai, juin 2006
Olivier Deck, un Protée aquitain
Entretien réalisé par Claude Chambard
Olivier Deck est né en 1962 à Pau au pied des Pyrénées
qui constituent un appel et une frontière qu’il s’évertue à passer et
repasser. Vivre près d’une frontière est souvent une envie
supplémentaire à la découverte des autres, à la découverte du monde.
Aujourd’hui, il vit dans les Landes et travaille à une œuvre vaste,
polymorphe, polyphonique même, puisqu’il n’est de rien moins que
peintre, poète, romancier, chanteur-compositeur-interprète… C’est que
l’image, le texte et la musique sont au cœur de son travail, pour ainsi
dire, à armes égales.
Tâter aux toros, s’essayer à la tauromachie est une des
grandes passions de la vie d’Olivier Deck. Il s’est pourtant dirigé
vers d’autres formes artistiques – car, oui, la tauromachie est un art
pour qui veut bien se pencher pour continuer à vivre. Ses activités
d’aujourd’hui, débordantes et prenantes, ne lui laissent guère le temps
de rêvasser. Pourtant, ce guitariste talentueux, ce poète concis, ce
romancier touffu, ce nouvelliste de premier plan – il a même obtenu le
prix Hemingway en 2005 pour la nouvelle Toreo de salon – après le remarquable Une nuit à Madrid
publié dans la collection « La porte à côté », dirigée par Sèrgi
Javaloyès aux jeunes éditions de l’Atelier In 8, vient de publier un
très grand volume aux éditions Verdier, Les Yeux noirs.
En dix textes d’une rare justesse d’écriture, il dessine
finement une série de portraits vifs. Car cet homme-là a de l’empathie
pour ses semblables et ce livre en est une preuve de plus, tout comme
le simple et juste La Neige éternelle aux éditions Albin Michel. Poète il a donné, l’an dernier, Frontières
chez Maurice Aumagne, une excellence de brièveté et d’essentiel. S’il
n’écrit pas c’est qu’il interprète, qu’il chante, quelque part avec ses
amis musiciens Philippe Charlot (guitare), Nicolas Martin-Sagarra
(percussions) et Maria-Elena Cauhapè (voix) pour le spectacle 6 Impromptus 6
avec la voix de Bernard Manciet puisque ce sont des poèmes du grand
poète de Trensacq, qui vient hélas de disparaître, qui lui ont donné
l’idée et du spectacle et du CD du même nom.
Olivier Deck qui tâte aussi de l’occitan, n’a pas fini de surprendre son monde. Visitez son site, il en dit long et vous pourrez y voir ses dessins à la craie d’une vivacité rare et bouleversante.
Lettres d’Aquitaine. Vous êtes né à Pau en 1962. On
vous devine transfrontalier par essence… Diriez-vous que la proximité
d’une frontière a changé votre vie ?
Olivier Deck : J’ai vécu mon enfance à Orthez. De ma
chambre, j’apercevais les Pyrénées. De l’autre côté, c’était l’Espagne.
Le Béarn et l’Aragon, liés historiquement, ne sont en moi que les deux
versants d’une même terre. Si j’étais né ailleurs, ma vie aurait été
différente, oui. Marchant dans la montagne, j’ai réalisé combien le
tutoiement de la frontière était important pour moi. Ce symbole, cette
interdiction que l’on brave à chaque pas. J’ai écrit une méditation
poétique. Le recueil s’intitule Frontières… La nature même de mon travail, transdisciplinaire, est une interrogation permanente sur l’idée de « frontière ».
Vous êtes l’auteur d’une œuvre polymorphe : poésie,
roman, récit, nouvelle, carnets…, vous êtes
auteur-compositeur-interprète, peintre…, vous avez même tâté des toros…
qu’est-ce qui vous pousse – alors que l’auteur contemporain semble
parfois se rétrécir à un pré carré de plus en plus exigu –, à
travailler tant de formes ?
O.D. : Je ne fais que suivre ma nature. Je pourrais
appeler ça « l’intuition de soi ». Et si chanter-écrire-peindre-etc.
n’était au fond qu’une seule et unique forme ? Il y a quelque chose
d’asiatique, en moi. J’admire les poètes chinois, qui sont souvent
musiciens et peintres. Les samouraïs qui pratiquaient le sabre, puis la
peinture pour en venir (revenir à) la poésie. Je me sens chez moi en
lisant Wang Wei et Li Po. En regardant des encres, des gravures
asiatiques. Et les Asiatiques aiment les toros, le flamenco, notre Sud.
Vous voyez, même si je travaille en solitaire, je ne suis pas seul en
orbite sur cette ellipse.
Vos dessins à la craie sont de l’ordre de la gestuelle,
de la brièveté que l’on retrouve et dans la tauromachie et dans la
poésie… On sent ici une obsession de l’éclat, du secret, mais aussi de
l’éblouissement qui fonde une vie…, serait-ce le cœur de votre travail ?
O.D. : Après vingt-cinq ans de réflexion sur le trait, en
passant par toutes les techniques possibles, de la figuration à
l’abstraction, de la matière à l’encre, il reste aujourd’hui le
collage-couture, un peu, et surtout le dessin : la craie noire, la
gomme et le papier. Le trait est un fil de vie qui se déroule au bout
des doigts. Mon obsession de l’éclat, du secret, c’est de chercher à
laisser sur le papier une trace la plus pure, sincère de moi-même. En
cela, le geste est fondamental et fondateur. Je suis allé à sa
rencontre par les arts martiaux, l’art des toreros… Toréer, manier un
sabre japonais, ce n’est pas peindre. Lorsqu’on peint, que l’on torée,
que l’on combat, le risque est différent. Mais l’enjeu est unique. Le
mystère, le souffle et la fulgurance. De bien grands mots…
Vous avez commencé par la peinture ? Comment êtes-vous
parvenu à l’écriture qui semble, aujourd’hui, prendre de plus en plus
d’importance ?
O.D. : Disons plutôt que j’ai commencé par exposer mes
peintures. En 1990, après une dizaine d’années de bohème paloise, j’ai
été sélectionné au Salon de la jeune peinture (Grand Palais, Paris)
puis l’année suivante au Salon d’art contemporain de Montrouge. C’est
là que des galeristes m’ont contacté. Pendant ce temps l’écriture
mûrissait dans l’ombre. Au détour d’une crise du marché de l’art, les
galeries avec lesquelles je travaillais ont fermé, ou changé de
politique. Ce fut le déclencheur. J’ai envoyé des textes à des
éditeurs. L’un d’eux a répondu. Depuis, je publie régulièrement. Dans
tous les genres. L’écriture prend de plus en plus d’importance, parce
qu’elle creuse le cœur de l’idée. Elle est le cœur de la forge. Le feu.
Lorsque j’écris de la poésie, je suis au vif de tout cela. La poésie se
joue du sens. Elle s’exprime au-delà du sens. Elle est un exercice
spirituel.
Vous venez de publier deux livres : La Neige éternelle chez Albin Michel, roman de terroir pour aller vite et un volume de nouvelles tauromachiques (toujours pour aller vite), Les Yeux noirs, aux éditions Verdier. Abordez-vous ces écritures de la même façon ? Parlez-vous une langue unique ?
O.D. : Que signifie le mot « terroir », sauf à parler de pâté, de
truffes ou d’asperges ? Julio Llamazares et né dans le Leon, il écrit
sur le Leon. John Steinbeck idem sur la rivière Salinas. Et Jim
Harrison sur son Michigan. Et Mario Rigoni Stern, et Jorge Amado… la
campagne gasconne, c’est là que je vis depuis toujours. Les Yeux noirs
puisent ailleurs : les toros, l’Espagne qui habitent mes rêves. Une
autre terre en moi. Un autre terroir ? Je ne me pose pas la question de
la façon dont je vais aborder tel ou tel type d’écriture. Je laisse jaillir, et puis j’y reviens, je peaufine, je peaufine, comme
un artisan. Je parle plusieurs langues, mais je n’ai qu’une parole.
Vous vous intéressez de près à l’occitan… vous avez travaillé avec
Bernard Manciet avec qui vous venez de sortir un CD 6 Impromptus 6, qui
est aussi un spectacle que vous interprétez avec des musiciens et une
récitante… cette langue-là a-t-elle toujours fait partie de votre
histoire ?
O.D. : Mon enfance béarnaise bruisse de voix, d’accents, de
conversations en gascon. Je me suis mis à l’étudier et à traduire ma
poésie sous les conseils et l’impulsion de Bernard Manciet. Un
territoire poétique d’une beauté inouïe s’est ouvert en moi avec la «
re-découverte » de la langue de ma terre natale.
Quelle part votre activité d’auteur-compositeur-interprète prend-elle dans votre travail en général ?
O.D. : Aujourd’hui, je suis davantage un poète sur scène qu’un
auteur-compositeur-interprète… J’aime la relation avec le public. Le
goût de l’arène ne passe pas comme ça, vous voyez…, et puis, au fond de
moi, la poésie, la parole, la musique sont indissociables.
En 2004, vous avez publié Toréer quand même, aux éditions Cairn. Le
personnage principal, Rafael Canada, n’est-il pas, un peu au moins,
votre double ? O.D. : Rafael est très éloigné de moi. Lui, il est torero. Une classe
d’homme à part. Son rêve, je ne l’ai jamais eu. Descendre dans l’arène,
c’était pour moi l’aventure littéraire absolue. L’humus nécessaire. Une
tentative insensée d’approcher le Mystère.
Parlez-nous de Paco, de Gregorio, de Miguel, de Pepito, de Timbales,
d’Alvaro, de Pablo et des autres… comment les avez-vous accueillis dans
votre vie, dans vos pages… quelle part de vous-même représentent-ils ?
O.D. : Tous, ils disent la force du rêve. La force de l’utopie. Il y a
des gens du quotidien, des artistes, des vieux toreros. Tous trouvent
dans la tauromachie une dimension qui étaye l’existence, ou bien
l’ouvre à des cieux plus vastes. Si nous étions au Japon, la
tauromachie serait un Trésor national. Le rugueux, l’acide, la douleur,
l’engagement total, le cri, les pleurs, la peur, la brûlure, l’excès y
subsiste. La tentation du sublime. L’outrecuidance.
On le voit, la tauromachie a une place importante dans votre parcours…
que vous a-t-elle appris de l’art bien sûr mais aussi de vous-même ?
O.D. : Toréer, c’est inimaginable. Toutes nos craintes sont dérisoires,
voilà ce que le torero nous apprend. Quand il regarde sa cuisse
déchirée, d’où jaillit le sang, son sang, quand il regarde sa vie
gicler par saccades de sa chair, il ne cède pas. Parce qu’il y a des
toreros sur cette terre, je suis tenu à l’humilité face à la blancheur
de la page.
Comment voyez-vous votre avenir d’écrivain, de peintre, de musicien… Que préparez-vous ?
O.D. : Pour l’avenir, j’aimerais réussir à réunir toutes mes pratiques.
Je recherche la cohésion. Mais pour l’heure, j’écris un roman, d’autres
nouvelles, des poèmes, je dessine, je photographie, je prépare un
nouveau spectacle…, nous verrons bien si je parviens à mettre de
l’ordre dans ce fatras… |

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