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Prix Flaïano de littérature étrangère, 2001 (La Demande)
Prix du roman France-Télévision, 1999 (La Demande)
Prix du jury Jean Giono, 1999 (La Demande)
Prix des auditeurs de la RTBF, 1999 (La Demande)
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Originaire d’un village de Sologne, Michèle Desbordes grandit à
Orléans. À l’issue d’études littéraires en Sorbonne, elle devient
conservateur de bibliothèques. Elle exerce d’abord dans des universités
parisiennes, puis en Guadeloupe en lecture publique. En 1994, elle est
nommée directrice de la Bibliothèque de l’université d’Orléans. Elle décède en janvier 2006 à Beaugency en Sologne.
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Sombres dans la ville où elles se taisent (sous le pseudonyme de Michèle Marie Denor), poèmes, Arcane 17, 1986 (épuisé). Le Commandement, roman, Gallimard, 2000 Le Lit de la mer, proses, Gallimard, 2001
Dans le temps qu’il marchait, éditions Laurence Teper, 2004 Artemisia et autres proses, éditions Laurence Teper, 2006
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Die Bitte, (La Demande), trad. en allemand par Barbara Heber-Schärer, Wagenbach, Berlin, mars 2000. La Petición, (La Demande),trad. en castillan par Tomás Onaindía, Edaf, Madrid, Mexico, Buenos Aires, mars 2000. La Petició, (La Demande),trad. en catalan par Pau Joan Hernàndez, Columna, Barcelone, mars 2000. Het verzoek, (La Demande), trad. en néerlandais par Marianne Kaas, van Oorschot, Amsterdam, janvier 2001. L’offerta, (La Demande), trad. en italien par Sergio Ferrero, Mondadori, mars 2001. Het Stille huis (L’Habituée), trad. en néerlandais par Marianne Kaas, van Oorschot, Amsterdam, avril 2002 The Maid’s Request (La Demande), trad. en anglais par Shaun Whiteside, Faber & Faber, Londres, 2003 Das Gebote (Le Commandement), trad. en allemand par Barbara Heber-Schärer, Wagenbach, Berlin, 2003 The House in the Forest (Le Commandement), trad. en anglais par Shaun Whiteside, Faber & Faber, Londres, 2004
En Begäran (La Demande), trad. en suèdois par Pontus Grate, Elisabeth Grate Bokförlag, Stockholm, 2004 De blauwe jurk van Camille (La Robe bleue), traduction en néerlandais par Marianne Kaas, van Oorschot, Amsterdam, 2006
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« Je crois que… », in Cartier-Bresson, des images et des mots, Delpire, 2004.
« Il disait qu’il voyait le jour par-dessus les nuages », in Poésie, n°100, Hölderlin, mars 2004.
« Artemisia dans la montagne », in Élucidations, n°10, Vies imaginaires, mars 2004.
« Sepias », in L’Érasmo, n°9, Nostalgie, 2002
« Il tomberait nuit et froid sur la terre », poème in Le Nouveau Recueil, n°54, La frontières, mars-mai 2000.
« Ces jours-là », in Carnets de visites : photos de Hien Lam Duc, Nathan, Photopoche, 1999. |

– Entretien avec Jacques Le Scanff, in À propos de Michèle Desbordes : Éléments d’une biographie (du rêve), revue Le Préau des collines,
n°5, 2002. Avec des contributions de Jean-Yves Masson et de Patrick
Kéchichian.
– Entretien avec Sophie Bonnet pour Le village des idiots, octobre 2002.
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« Raconter le silence : huit fragments sur Michèle Desbordes » par Jean-Yves Masson, in À propos de Michèles Desbordes, Le Préau des collines, n°5, 2002
« Lenteur » par Louise Warren, in Bleu de Delft : archives de solitude, éditions Trait d’Union, Montréal, 2001
La Demande de Michèle Desbordes, une splendeur.
J’éprouve tant de bonheur en repensant à ce récit que je l’amène avec
moi dans cet essai. J’ai besoin de cette lumière-là pour m’avancer vers
la page blanche, absolument blanche, de ce gage lointain. J’ai besoin
d’imaginer une vague présence qui m’y attend, discrète et claire.
Plus qu’une simple évocation, j’ai besoin d’en parler, de me
rassembler plusieurs fois autour de ce livre. Des pages de notes,
écrites dans l’angle de réflexion de cette citation de Jean-Michel
Maulpoix : « L’homme qui crée veille sa propre mort. »
Nul doute que le dernier pays que franchit le grand
maître italien suivi de ses trois élèves et où l’attend une servante
sans âge qui les servira dans le plus grand effacement se déplie dans
un arrière-monde marqué par le silence et l’intensité, les insomnies et
les inquiétudes, la rencontre du visible et de l’invisible – «
l’ignorance à chaque instant de l’instant qui venait ». Ces absences
expriment exactement les mêmes forces et les mêmes tensions qui se
vivent pendant l’accompagnement d’un mourant et pendant l’acte créateur.
Si La Demande me touche tant par son rythme, son
souffle, sa lumière et son esprit, c’est que ce livre intériorise la
création et l’interpelle constamment jusqu’à en être calmement désespéré.
La fascination de cet arrière-monde se trouve d’emblée définie par le
mouvement qui est donné aux choses, par la lenteur, le vif du regard,
les objets silencieux presque pesants, le monde endormi ou absent de
toute espèce de fébrilité extérieure qui rejoint les voix autour de la
table, sous la lampe, qui atteint les mains de la servante, monde qui
sans cesse vient se fermer dans les plis de ses jupes, sur les ombres
épaisses qui cernent et distancient les objets. L’acte créateur
ressemble à cet état de veille, de retrait, d’attente, qui alterne
entre la tension et le calme, l’immobilité et l’action. Cette attention
accrue au monde dont font usage et l’artiste et la servante, cette
intensité des sens n’est que réceptivité. Elle permet le surgissement
de l’œuvre, traversée de rituels.
Ce travail de répétition, tant le maître et la servante que les
procédés d’écriture de Michèle Desbordes l’accomplissent. Lui dessine,
écrit, corrige un contour, rehausse une ombre, discute avec ses élèves,
se retire dans l’atelier. On sait qu’il remplit des carnets et qu’il
travaille à des projets de sculpture, d’architecture, de dessins, et
sculpte pour sa servante un bijou de pierres de verre.
Mais le difficile travail qui consiste à extraire du désordre la
forme pour laisser apparaître la beauté, l’invisible, revient à la
servante et, tant que l’œuvre n’est pas terminée, le repos lui est
interdit. L’artiste, le maître, qui sans cesse dessine, écrit, noircit
d’innombrables carnets, représente l’œuvre faite, pratiquement achevée,
tandis que la servante, qui sans cesse s’investit dans de multiples
rituels, figure l’œuvre en train de se faire. À la jonction de ces deux
dimensions l’œuvre se crée.
Si le propre de l’écrivain est d’entretenir le silence, de le
creuser, de l’habiter, la servante parle donc comme un écrivain, elle
dont la parole continue le silence. La servante tient lieu d’image pour
servir le texte, le nourrir, le polir, en alimenter le feu, y mettre de
l’ordre, l’organiser, la servante conduit l’œuvre, garde la page
blanche. Cette blancheur de la page apparaît dès les toutes premières
lignes du texte proprement dit et elle devient la lumière essentielle :
« seul brillait le blanc de la coiffe ». De même, la personne de
l’auteure, au profit de l’écrivain, doit se nier, s’effacer, se
dissoudre, « c’est à peine s’ils la voient en entrant », telle la
servante, tout habillée de gris, qui se fond déjà dans la pierre, les
paysages, les tissus, la mine des crayons. À la fin du texte, l’œuvre
apparaît dans toute sa nudité derrière son « corps si frêle, presque
invisible », surgit alors la robe de la servante, « son étonnante
clarté, la blancheur mate de l’étoffe travaillée par l’usure ».
La robe, c’est le texte, le temps donné à la servante pour prendre
vie et mort sous nos yeux. Tout tend vers cette idée de faire corps
avec l’œuvre et ce, tant du côté de l’artiste que du côté de la
servante. Cette idée se cristallise au centre du récit alors que la
servante voit venir « deux enfants qui n’avaient ensemble qu’un seul
corps ». Plus que des jumeaux, des siamois, leurs corps sont attachés
l’un à l’autre. Si l’artiste et la servante viennent tant à être
inséparables, c’est que tous les deux veillent leur propre mort.
Leur façon de regarder chaque chose vivre devient aussi essentielle
qu’elle l’est pour un créateur qui sait qu’il bouge à l’intérieur de
son tombeau. Bien que la mort termine un cycle et que le deuil permette
un recommencement, mort et deuil demeurent intimement liés à l’acte
créateur.
La servante détient la méthode et l’artiste la construction. En
effet, tout son travail est méthodique, organisé et appliqué. Elle crée
le mouvement, par son travail sans cesse elle se porte en avant,
poussée par le souffle créateur. De ces gestes répétitifs une constance
hypnotique prend forme dans l’écriture. Cela crée un effet de flou, de
brossé, qui ébranle la précision des lignes de l’artiste.
En parallèle s’élabore la construction. Aux premiers éléments
architecturaux présents dans les dessins de l’artiste, façades,
escaliers, s’ajoutent les colonnades, les frontons, les portiques,
jusqu’à la décoration des chambres qui referme l’espace sur lui-même.
Puis le maître reprend son crayon et un autre château apparaît.
Arcades, escaliers, toits. Ailleurs encore, ponts, dômes, coupoles,
arcades, escaliers. Et, de remontée en descente le long des lignes
architecturales, l’écriture touche la pointe des arbres, le vent ou
l’odeur du soir monte, la lumière descend, ou alors la servante remonte
le fleuve et le maître la voit marcher. Le rythme ainsi maintenu permet
au texte de ne pas être menacé par la lenteur des gestes et les voix
basses. Je vois dans cette lenteur toute l’avancée du processus de
création. Pour un artiste, les choses se terminent rarement, elles se
continuent petit à petit et font partie d’un ensemble. Cette durée crée
la lenteur.
La relation de désir entre l’artiste et sa servante n’est pas sans
rappeler la notion de désir absolument nécessaire pour se tourner vers
une œuvre et s’y laisser absorber jusqu’à être dépossédé de soi-même.
Un créateur vit sans cesse à l’intérieur de lui-même, c’est d’abord en
lui que l’œuvre se crée puis se transforme et se métamorphose à partir
de son matériau. Dès lors, il n’est pas étonnant que la servante offre
au maître tout l’intérieur d’elle-même, car c’est là, au plus secret,
dans l’invisible, que naît le désir créateur. Ce don de soi, cette
relation d’amour total qu’éprouve un créateur ressemble fort au
dévouement, à la générosité et à l’abnégation de la servante.
À mesure que La Demande avance, la servante s’éloigne
d’elle-même : « Elle était là sans être là. Il ignorait à quoi elle
pensait. » Pendant que lui dessine les fossés et la profondeur des
jardins, entre elle et le monde un écart s’installe, les choses lui
glissent des mains, les pas se font incertains et le regard lointain,
son sourire même tarde à venir comme s’il avait déserté son visage.
L’atteinte de cette dépossession se concrétise à l’intérieur de ces
solitudes qui se font face et qui ne sont pas sans rappeler celle qui
sépare l’écrivain du lecteur et l’écrivain ou l’artiste de lui-même.
Cette épreuve de la rupture est partout présente et les rituels
d’atelier ou des travaux ménagers, bien qu’ils soient en continuité, ne
peuvent recoller cette césure.
Après un certain temps, l’œuvre du grand maître s’efface : « C’est
alors qu’achevée, plus qu’achevée, l’œuvre pâlissait, perdait lignes et
couleurs » ; « il n’en resterait rien si ce n’est les couleurs délavées
et les regards éteints, plus que morts, de vagues silhouettes aussi
fantomatiques que celles qu’ils exhumaient des cités antiques enfoncées
sous les décombres. » Tout l’univers du livre se trouve contaminé
jusque dans le paysage. En effet, cet effacement par la suite se
prolonge à l’extérieur : « sur les coteaux la lumière pâlissait, jour
après jour se veinait de gris ».
Lorsque le texte dit que la servante « préparait pour eux carpes et
lamproies, petits brochets du fleuve, anguilles qu’elle écorchait,
retournait comme un gant », cette image révèle l’auteure travaillée,
écorchée et retournée par sa création. Le gant renvoie à l’action de
faire corps, il renvoie à la justesse, à la main qui écrit, qui est au
travail. Une fois le gant retourné, il n’y a plus de barrière
protectrice. Tout comme l’anatomiste cherche à connaître l’intérieur
des corps, la servante, elle, ouvre le corps de la matière. Comme si
l’éloignement de la servante et l’effacement de l’œuvre du maître
favorisaient l’éclosion de l’œuvre de Michèle Desbordes. Dans le
travail de création, une partie de soi meurt et n’a plus de prise sur
ces fantômes. Écrire est un accompagnement.
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