Jean During est à la fois musicien et directeur de recherche au CNRS. Il est né en 1947, en Alsace. Après une formation en philosophie et en musique occidentale, il découvre la pensée, la culture et la musique orientales et s’établit en Iran, où il séjourne durant 9 ans. Il y fréquente les plus grands maîtres de la tradition, étudie les luths classiques et populaires, tout en découvrant la pensée et la métaphysique islamiques auprès d’orientalistes, de philosophes et de théosophes réputés. En 1981 il rentre en France. Ses compétences musicales, sa familiarité avec le « terrain », son goût pour une recherche non académique lui ouvrent des portes pas toujours faciles à franchir : que ce soit dans le milieu artistique des capitales (Téhéran, Baku, Dushanbe), ou dans les campagnes du Khorâsân, du Kurdistan et du Baloutchistan. C’est ainsi qu’il a pu rassembler la matière abondante de ses publications (Musique et Mystique qui relève d’une approche pluridisciplinaire ou transversale : ethnologie, histoire, histoire des religions, esthétique, musicologie ; Musique et Extase qui expose le discours sur le sens des pratiques musicales dans la tradition soufie). Progressivement son champ d’investigation déborde l’Iran. C’est d’abord l’Azerbaïdjan (dont il a présenté le système classique dans La Tradition musicale de l’Azerbaidjan). Plus tard il découvre les musiques du Turkestan chinois, puis de l’Asie Centrale, notamment du Tadjikistan. Enfin sa fascination pour la musique baloutche le conduit au Pakistan. Dans cet itinéraire, il ne se départit jamais du souci de repérer les enjeux humains, culturels ou esthétiques, et d’éviter le piège de la « science gratuite », celle qui n’intéresse aucunement ceux qu’elle prend pour objet. Ainsi, le fait d’écrire le premier ouvrage en langue européenne sur les Muqâm azerbaïdjanais est considéré comme un service rendu à cet art. De même le premier enregistrement de musique des Uygurs, de chants tadjiks du Pamir, ou la transcription du radif classique (Téhéran, 1991) utilisée par tous les musiciens persans. Ce type d’action n’est pas sans conséquences positives pour la sauvegarde de traditions musicales très menacées. Parallèlement, il organise aussi des concerts en Europe et la diffusion de disques et CD. Plus d’une douzaine sont publiés par ses soins. Ils obéissent à trois principes : toucher les mélomanes par la haute qualité artistique des interprétations, des enregistrements et de la sélection ; faire connaître des grandes musiques ou des traditions complètement inconnues en Occident ; les présenter d’une manière à la fois rigoureuse et accessible à un public de non spécialistes. Ses recherches sont animées depuis toujours par le désir de préserver les traditions. Or les traditions ne sont pas seulement des objets que l’on garde, mais aussi et surtout un esprit qui se transmet, une éthique, une attitude existentielle, une vision métaphysique. On peut considérer qu’en Orient, le lieu par excellence de la Tradition comme permanence, passation et système de valeurs, est la mystique, et que, par ailleurs, c’est la musique qui actualise le plus clairement les enjeux de la Tradition : patrimoine, valeurs esthétiques, transmission héréditaire et initiatique, éthique, vision du monde. C’est pourquoi, après avoir recueilli et décrit les objets musicaux traditionnels dans leur environnement, s’est naturellement posée la question plus générale du sens de la Tradition. C’est le thème de son dernier ouvrage paru chez Verdier : Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l’Orient musical. Cet ouvrage boucle un périple intellectuel qui a commencé par une migration vers l’Orient des Lumières pour se poursuivre par un exil occidental durant lequel l’Iran lui-même a détourné son visage : jeu de lumière et d’ombres. Qu’importe, si le sens, comme la musique, c’est d’abord quelque chose qu’on porte en soi et qui n’entretient de rapport à la terre que sous la forme du déracinement. |