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Né le 3 juin 1949 à Paris. Élève au lycée Henri IV, puis à
l’École Nationale Supérieure de Saint-Cloud, il obtient l’agrégation de lettres modernes en
1972.
En 1974, il enseigne au lycée technique de Beauvais et de 1976 à 1978 à
l’université de Berkeley (French Literature Department).
En 1977
paraît son premier livre Le Nouveau Désordre amoureux écrit avec Pascal Bruckner. Depuis 1987, il enseigne la philosophie à l’École Polytechnique (département humanités et sciences sociales). Par ailleurs, il produit et anime depuis 1985 l’émission « Répliques » sur France Culture.
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Nous autres, modernes, Ellipses, 2005
Au nom de l’Autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003
Les Battements du monde, avec Peter Sloterdijk, Pauvert, 2003
L’imparfait du présent, Gallimard, 2002
Une voix vient de l’autre rive, Gallimard, 2001
Internet, l’inquiétante extase, avec Paul Soriano, Mille et une nuits, 2000
L’ingratitude : conversation sur notre temps, avec Antoine Robitaille, Gallimard, 1999
L’humanité perdue. Essai sur le xxe siècle, Seuil, 1998
Le crime d’être né. L’Europe, les nations, la guerre, Arléa, 1994
Comment peut-on être Croate?, Gallimard, 1992
Le Mécontemporain : Péguy, lecteur du monde moderne, Gallimard, 1991
La Mémoire vaine : Du crime contre l’humanité, Gallimard, 1989
La Défaite de la pensée, Gallimard, 1987
La Réprobation d’Israël, Denoël, 1983
L’Avenir d’une négation : Réflexions sur la question du génocide, Seuil, 1982
Le Petit Fictionnaire illustré, Seuil, 1981
Le Juif imaginaire, Seuil, 1980
La Sagesse de l’amour, Gallimard, 1982
Ralentir : mots-valises !, Seuil, 1979
Au coin de la rue, l’aventure, en collaboration avec Pascal Bruckner, Seuil, 1979
Le Nouveau Désordre amoureux, en collaboration avec Pascal Bruckner, Seuil, 1977
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Le Monde, vendredi 3 février 2006
Réflexions sur l’affaire Finkielkraut
par Elisabeth de Fontenay
Deux mois ont passé depuis le déclenchement de « l’affaire
Finkielkraut ». Peut-on, tout en continuant à se réclamer de certaines
exigences intraitables de la gauche, suggérer qu’en dépit de ses
outrances, cet homme n’a rien du raciste réactionnaire qu’une campagne
de lynchage médiatique a fait de lui ? Il m’a semblé qu’en raison des
vingt ans de tumultueuse amitié qui m’unissent à lui, je devais tenter
un retour réflexif sur la révoltante opération de destitution dont il a
été la victime.
Qu’un journaliste sans scrupule d’un grand journal
israélien de gauche ait entraîné dans un traquenard un intellectuel qui
a le goût des emportements, que l’interview n’ait pas été donné à
relire et ait subi des traductions successives, que le titre – « Ils ne
sont pas malheureux, ils sont musulmans » – ait été concocté avec
malignité par la rédaction d’Haaretz, que la juxtaposition de citations, faite par un collaborateur du Monde,
ait aggravé les équivoques, que l’entretien explicatif qui s’en est
suivi dans le même quotidien ait été titré « j’assume » au lieu de « Ce
que j’assume », cette cascade d’irresponsabilités ne semble pas faire
de doute (Le Monde des 24 et 28 novembre). On aurait raisonnablement pu en prendre acte et en rester là.
Or voilà que l’auteur d’une œuvre dont la portée est
incontestable, le professeur exemplaire d’une grande école de la
République (l’École polytechnique), le producteur d’une remarquable
émission de radio (Répliques sur France-Culture), est devenu en
vingt-quatre heures, à cause d’un regrettable laisser-aller verbal
malhonnêtement exploité, l’homme à abattre, puisque accusé du crime à
juste titre le plus vilipendé de l’époque : le racisme. Une campagne
diffamatoire a donc livré Finkielkraut à la vindicte publique. Son
visage a même été exposé en couverture d’un hebdomadaire : seul
manquait le montant de la prime.
Mais il y a plus grave. Je ne parviens pas à comprendre ce
qui a conduit deux historiens que j’admire, Benjamin Stora et Pierre
Vidal-Naquet, cosignant avec d’autres un beau texte mettant en garde
contre l’antisémitisme d’un certain antiracisme (Le Monde du 6
décembre 2005), à renvoyer dos à dos Dieudonné et Finkielkraut, accusés
de recourir aux mêmes procédés : « falsification, dénégation,
occultation ». Fallait-il qu’on falsifie, dénie et occulte ce que
représente Finkielkraut pour le mettre ainsi en équivalence avec cet
humoriste navrant ! C’est à ne pas s’en remettre.
Dans une démocratie, il est indispensable de pouvoir
critiquer, et même condamner un propos, un texte, une pensée. Nul ne
peut s’autoriser en revanche à déshonorer un homme et à liquider un
écrivain que créditent son œuvre et son parcours. Or, du jour au
lendemain, cette œuvre et ce parcours ont été dépouillés de leur
complexité et dépossédés de leur histoire. Un aussi lâche acharnement
contre un auteur qui s’est efforcé de rendre à ses propos leur
véritable teneur et de les restituer dans la continuité d’une réflexion
poursuivie depuis des années, n’est-ce pas là un signe que ce pays va
mal ?
Devant un tel déchaînement de haine, on ne peut que
s’inquiéter et demander comment quelques faiseurs d’opinion ont pu en
venir à cette terrifiante réduction, à cette promotion d’un choix de
paroles fiévreusement prononcées et parfois falsifiées au statut de
révélation définitive sur la vérité profonde d’un homme. Sans doute
cela tient-il à la place qu’occupe Finkielkraut dans le monde
intellectuel. Car cette campagne aura fait éclater le paradoxe
permanent qui le constitue. Comment nier en effet que sa capacité à
s’émouvoir et à se battre sur tous les fronts, sa manière parfois
terrassante d’exposer son point de vue, de brandir sans prudence la
dissension, passionnent et épuisent les uns, antagonisent les autres ?
A quoi s’ajoute, bien sûr, la réputation de philosophe médiatique qu’on
lui a faite. Pourtant, cette trop facile désignation traduit une
méconnaissance du lieu philosophique et politique où il se situe. Ce
lecteur d’Hannah Arendt, qui s’attache à penser l’événement, ne
dédaigne pas d’utiliser, chaque fois qu’il en a la possibilité, les
médias de son temps. Mais ce qu’il y apporte, c’est tout sauf un désir
de séduire, puisque, développant des thèses aussi hétérodoxes que
longuement méditées, il ne craint pas d’affronter l’isolement et la
réprobation.
S’il lui arrive de foncer tête baissée dans des constats
implacables sans consentir à s’arrêter d’abord à des analyses
élémentaires, sans prendre la peine d’évoquer les faits les plus
déterminants de la réalité sociale, c’est que les discours à ce sujet
lui semblent convenus et insuffisants. Certaines de ses fâcheuses
formulations ont été suscitées, bien plus que par les événements
eux-mêmes, par son indignation face à des commentaires – de droite ou
de gauche – tellement édifiants et dénégateurs qu’ils ne pouvaient que
manquer l’inquiétante singularité de ce qui était arrivé, et donc se
priver des moyens d’y faire face sur le long terme. C’est son élitisme
républicain et sa détestation de la démagogie qui lui interdisent de
s’arrêter sur ce qu’est devenue la réalité des élèves, d’entendre la
parole de ceux des enseignants qui, de manière héroïque, essaient de
parer au plus pressé, ainsi que celle des travailleurs sociaux qui
aident, qui aiment ces adolescents difficiles et en difficulté.
Pour lui, en effet, ce que les émeutes des banlieues ont
d’abord manifesté, est l’effondrement de la mission d’égalisation des
chances, impartie à l’éducation nationale. Et même si on peut lui
reprocher de ne pas rappeler que des diplômés de l’enseignement
supérieur trouvent d’autant moins de travail qu’ils sont issus de
l’immigration, il aura vraiment fallu une bonne dose de mauvaise foi
pour rattacher la brutalité des propos tenus à autre chose qu’à une
passion de cette école à la française, dont il constate avec désespoir
qu’elle n’a pas su être offerte aux enfants défavorisés comme une
chance réelle d’intégration, et qu’elle ne fonctionne plus correctement
que pour les enfants des bourgeois.
Une question demeure. Comment se fait-il que, tout en
étant hanté par la finitude du politique, ce démocrate ne veuille pas
faire la part des choses et ne renonce jamais à cette approche en
vrille, sans doute trop idéaliste, du mal social ? Comme si la moindre
concession aux euphémismes de la pudibonderie publique ambiante valait
capitulation. C’est peut-être parce qu’habite en lui un penseur
tragique dont la vision souvent pessimiste des choses ne parvient à
faire son chemin qu’à travers des interventions qui contrarient, voire
violentent, l’opinion dominante. Cet alliage d’analyse et de
déploration, de pensée critique et de mélancolie, libre à chacun de ne
pas l’accepter. Mais, en la circonstance, on aura sauté sur l’occasion
d’éliminer l’homme et l’œuvre.
Occasion… N’est-ce pas le fin mot de l’affaire
Finkielkraut ? Ceux qui se sont livrés avec une joie mauvaise à cette
indécente vivisection n’attendaient en effet qu’une occasion. Ils
n’allaient pas laisser passer une pareille aubaine le masque enfin
arraché, le faux pas enfin mortel, le juif enfin raciste. Mais qu’on se
rassure. Si l’indignité de cette chasse à l’homme nous emplit de
terreur politique et morale, elle n’a aucunement le pouvoir de briser
le rayonnement d’une présence, d’anéantir une écriture et une parole
qui, pour tant de nos contemporains, de nos concitoyens restent
décidément irremplaçables. |

Ripostes, par Serge Moati, France 5, dimanche 16 avril 2006 à 18h (Le Livre et les livres) Le Fou du roi, entretien avec Stéphane Bern, France Inter, jeudi 6 avril 2006 à 11h (Le Livre et les livres) Le bateau livre, entretien avec Frédéric Ferney et Géraldine Muhlmann, France 5, dimanche 26 mars 2006 à 10h (Le Livre et les livres) La source de vie par Josy Eisenberg, France 2, dimanche 26 février 2006 à 9h (Le Livre et les livres). Maison d’étude par Victor Malka, France Culture, dimanche 26 février 2006 à 9h10 (Le Livre et les livres). Culture et dépendances, entretien avec F.O. Giesbert à propos de Le Livre et les livres, France 3, mercredi 25 janvier 2006 à 22h30. Zap 8, Direct 8, vendredi 20 janvier 2006 à 20h30 (Le Livre et les livres). Les Grandes Gueules, RMC, mardi 17 janvier 2006 à 13h (Le Livre et les livres).
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