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  Charles Mopsik

  Les Grands Textes de la cabale
Prix Alberto Benveniste de la recherche, 2004
Prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la Fondation du Judaïsme français, 1991


L’auteur

(1956-2003)

Doctorat de philosophie (thèse : Lettre sur la sainteté. Texte, sources, influences) en 1987.
Fonde et dirige en 1979 la collection « Les Dix Paroles ».
Lauréat en 1991 du Prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la Fondation du Judaïsme Français.
Fondateur de la revue en ligne Journal des Études de la Cabale.

Exposé sur Le Zohar par Charles Mopsik.
Document sonore de 35 mn.

Hommage rendu par Maurice-Ruben Hayoun dans L’arche (n° 546-547, août-septembre 2003).

Comment relater, même à très grands traits, la vie si riche, si féconde mais si brève d’un savant qui a attaché son nom au renouveau des études juives en France ? Par définition, la mort nous surprend. Mais disparaître si brutalement à quarante six ans, alors que l’on fourmille d’idées et déborde de projets…
Je puis le dire et même l’écrire aujourd’hui : siégeant au CNL dans la commission de philosophie, j’ai très récemment pu prendre connaissance de sa traduction française de La Sagesse de Ben Sira qui constitue une nouvelle contribution à la science du judaïsme. C’est dire combien cet homme a œuvré, jusqu’au dernier moment de son existence, en faveur de ce qu’il aimait le plus : la culture juive.
Disparu le 13 juin 2003, des suites d’une longue maladie, Charles Mopsik, né à Paris, était marié et père de trois enfants. Élève de Jean Zacklad, il fonda en 1979 aux éditions Verdier la célèbre collection Les Dix Paroles. À partir de 1981, cet autodidacte de génie (il soutiendra en 1987 sa thèse de philosophie) fera paraître ses traductions successives du Zohar, mettant ce texte fondateur de la mystique juive médiévale à la portée des lecteurs francophones cultivés.
Parallèlement à cette œuvre de traduction, d’édition et de restitution des grands textes fondateurs, Charles Mopsik rédigea de nombreuses études spécifiques qui firent de lui un spécialiste reconnu de ces textes. Grâce à lui, le centre des études kabbalistiques demeurait vivant en France, malgré la disparition de Georges Vajda et le départ en retraite d’autres spécialistes plus âgés.

Que recherchait cet homme qui se confiait peu ? Quelles furent les étapes secrètes de son cheminement ? Ne cherchait-il pas, dans des livres anciens et difficiles, l’essence d’un judaïsme qui dut épouser les contours de siècles et des ans afin de survivre ? Cet homme avait écrit un jour : « À quoi ressemblerait le judaïsme si l’on avait continué à écrire le Talmud et à le faire avancer ? » Existe-il meilleure façon d’exprimer son insatisfaction de la réalité contemporaine ?
L’œuvre de Charles Mopsik fut entièrement consacrée au judaïsme, à son histoire et à sa signification. Pourquoi la kabbale avait-elle soudain fait ou refait son apparition lors des XIIe-XIIIe siècles, avec le livre du Bahir, suivi environ un siècle plus tard, par le Zohar ? Pourquoi un livre aussi différent d’inspiration que le Guide des égarés de Moïse Maïmonide se situe-t-il dans l’intervalle ? Ces trois œuvres marquantes du judaïsme médiéval ambitionnaient, chacune selon son mode propre, d’éclairer les lecteurs sur la signification à donner au judaïsme. Chacune recourait au symbolisme de la lumière : bahir; signifie éclatant, zohar signifie lumineux ou resplendissant, et le terme de Guide des égarés veut bien dire ce qu’il veut dire… Un peu à la manière de Moïse de Léon en personne, l’auteur de la partie principale du Zohar, qui se fit transcrire en son temps son propre exemplaire du Guide des égarés afin de s’en imprégner mais qui finit par s’en détourner, Charles Mopsik réédita lui aussi l’œuvre philosophique majeure du Maître de Cordoue, avant de se déterminer durablement pour ses concurrents idéologiques et religieux, les maîtres de la kabbale.
En entrant dans ce débat multiséculaire sur l’essence du judaïsme, Charles Mopsik a pris rang dans la prestigieuse lignée de ceux qui se confrontent au penser et au vécu d’Israël. Cette attirance pour l’occulte, le mystérieux, le caché, le sens profond, fait penser à une phrase du défunt grand maître des études kabbalistiques : Je crois, disait Gershom Scholem dans son autobiographie hébraïque (Devarim be go, Éditions Am Oved, Tel Aviv), qu’il existe un mystère indéchiffrable dans l’univers. Le judaïsme, plus exactement sa formulation ésotérique, serait l’une des tentatives de réponse à cette énigme.
Comment Charles Mopsik a-t-il pu se frayer, au tout début, un chemin vers les textes si ardus d’une tradition dont tout le tenait éloigné ? Voici une question à laquelle je ne peux répondre. On doit, cependant, évoquer l’envoûtement de certains passages zohariques issus de la plume de ce grand prosateur que fut Moïse de Léon – un écrivain que Charles Mopsik connaissait bien, puisqu’il sut comparer ses livres hébraïques signés aux textes du Zohar qu’il mit dans la bouche de son héros, Rabbi Siméon ben Yohaï. L’idra rabba et l’idra zutta (la grande et la petite assemblée) contiennent des phrases qui ne laissent personne indifférent. Lorsque la mort terrasse rabbi Siméon, le texte de Moïse de Léon s’écrie : « Terre ! Terre ! Ne te réjouis pas à l’idée de recouvrir de ta poussière Rabbi Siméon ! » La charge émotionnelle de telles envolées lyriques exerce sur le lecteur un envoûtement auquel il ne peut se dérober durablement. Fut-ce le cas de Charles Mopsik ? L’hypothèse n’est pas à exclure, même si l’auteur a su préserver son jugement et ne pas sacrifier la critique à l’admiration.

Cette recherche de la vérité, ou simplement d’une partie de celle-ci, dans les œuvres judéo mystiques dénote, cependant, une certaine méfiance à l’égard de la tradition rationaliste qui va de Saadia Gaon à Hermann Cohen. Quand on a une vue à la fois précise et aussi globale (loin de se contredire, ces deux points de vue se complètent) du mouvement et de l’histoire des idées au sein du judaïsme médiéval, on se rend compte que de nombreux esprits et non des moindres ont longtemps hésité entre deux tendances différentes du judaïsme. Fallait-il rationaliser, aplanir, et donc, d’une certaine manière, appauvrir la complexité du judaïsme, ou au contraire rendre fidèlement compte même des aspérités qui résistaient au traitement rationnel ? Devait-on s’orienter vers une doctrine de l’essence divine sous forme de concept et d’idée, ou maintenir, en la rehaussant d’une saveur mystique, la proximité du Dieu biblique qui se coule aisément dans le moule séfirotique ? Devait on se retrancher derrière le dogme indémontrable de la création à partir du néant, ou se laisser séduire par l’envoûtante doctrine du tsimtsum, sorte d’auto concentration de Dieu dans un espace primordial afin que l’univers créé puisse librement se déployer ? Fallait-il, enfin, adhérer à la doctrine philosophique de la conjonction de l’âme humaine avec l’intellect agent, dernière intelligence cosmique préposée au gouvernement du monde sublunaire, ou, au contraire, opter une sorte d’imitatio Dei en s’assimilant aux sefirot, entités de l’univers divin ? Sur ces trois sujets fondamentaux de la pensée médiévale – Dieu, le monde et l’homme –, la kabbale et la philosophie maïmonidienne divergeaient gravement. Charles Mopsik ne peut pas ne pas l’avoir senti.
Ceci expliquerait peut-être sa prédilection pour l’Iggérét ha Qodesh de Moïse ben Nahman (dit Nahmanide) et sa décision d’en faire le sujet de sa thèse de doctorat. Après tout, Nahmanide était une nature véritablement mysticisante, dotée d’une bonne connaissance des textes philosophiques. Son cœur penchait vers la kabbale, mais il se défendait d’en diffuser les enseignements à la masse…
Il y aurait tant d’autres choses à dire, tant d’autres débats à évoquer qui parcourent cette œuvre importante. Il se trouvera peut-être une fondation ou une famille juive désireuse de créer un Prix Charles Mopsik destiné à couronner des travaux qui prolongeront l’œuvre d’un savant fauché par la mort dans la fleur de l’âge. L’avenir nous le dira. Que l’on me permette d’écrire ces quelques lignes finales qui s’adressent au défunt : Reposez en paix, cher Charles Mopsik. Votre œuvre vous survivra et fécondera les nouvelles générations car vous avez semé dans les esprits. Vous rejoignez les qedoshim u tehorim ke zohar ha raqi’a… Vous aviez si bien traduit les pages du Zohar qui relatent les débats dans l’académie céleste (metivta di reqi’a). Pour vous aussi, on peut reprendre les vers de la poétesse : ashré ha zor’im we énam kotserim : Bienheureux qui sèment mais ne récoltent pas. Ne les oublions pas.



L’œuvre

Aux éditions Verdier

  Les Grands Textes de la cabale

Le Zohar, traduction et commentaires (6 volumes), Genèse tomes I, II, III, IV : 1981, 1984, 1991, 1996, Livre de Ruth, 1987, Cantique des cantiques, 1999, Lamentations, 2000
Moïse Cordovéro. Le Palmier de Débora, traduction et commentaires, 1985
Lettre sur la sainteté, La relation de l’homme avec sa femme, traduction et commentaires, 1986, 1993
Le Livre hébreu d’Hénoch, traduction et commentaires, 1989
L’Ecclésiaste et son double araméen, traduction et commentaires, 1990
Moïse de Léon. Le Sicle du sanctuaire, traduction, annotation et présentation, 1996
Joseph de Hamadan. Fragment d’un commentaire sur la Genèse, édition et traduction, 1998


Chez d’autres éditeurs

La Cabale, collection « Ouverture », Jacques Grancher, 1988
Joseph Gikatila. Le Secret du mariage de David et Bethsabée, édition critique, traduction, commentaires, éd. de l’Éclat, 1994
Cabale et cabalistes,
Bayard, 1997
R. Moses de Leon’s Sefer Sheqel ha-Qodesh, Cherub Press, 1996


Articles et contributions à des ouvrages collectifs

     « Traduire est-ce trahir ? », Les Nouveaux Cahiers, n° 72, 1982
     « Les autres dieux dans le Zohar », dans Colloque des Intellectuels Juifs de langue française, Éd. Denoël, 1985
     « Observations sur l’œuvre de Gershom Scholem », en coll. avec E. Smilévitch, Pardés, I, 1985, p. 7-30
     « Une théosophie transhistorique de l’holocauste, esquisse d’un modèle à partir de la pensée cabalistique », Pardés, 9-10, 1989, p. 211-221
« The Body of engenderment in the Hebrew Bible, the Rabbinic Tradition and the Kabbalah », dans Fragments for a History of the Human Body, Zone 3, 1989, p. 48-73     
     « De la création à la procréation : le corps d’engendrement dans la Bible hébraïque, la tradition rabbinique et la cabale », Pardés, 12, 1990, p. 69-89
     « Autorité et controverse dans le judaïsme », Pardés, 12, 1990, p. 9-13
     « Une querelle à Jérusalem : la féminité de la Chekhina dans la cabale », Pardés, 12, 1990, p. 13-25
     « Hiérarchie des anges et hiérarchie sociale », Rapport pour la Table Ronde n° 2 du Congrès de l’Association des Sciences Politiques (année 1990) : « Théologies et politiques »
     « La pensée d’Emmanuel Lévinas et la cabale », L’Herne, Emmanuel Lévinas, Paris, 1991, p. 378-386, réédité dans Le Livre de Poche, avril 1993
     « Étudier la cabale », Pardés, 14, 1991, p. 112-115
     « La Bible et l’Entretien infini », La Bibliothèque, Éditions Autrement, Paris, 1991
     « Aspects de la cabale à Safed après l’Expulsion », dans Inquisition et pérennité, D. Banon (éd.), Paris, Le Cerf, 1992, 139-148.
     « Une sagesse excentrique », L’Humilité, Éditions Autrement, série Morales n° 8, Paris, Sept. 1992, p. 26-36
     « Le corpus zoharique, ses titres et ses amplifications », dans La Formation des canons scripturaires, édité par Michel Tardieu, Paris, Le Cerf, 1993, p. 75-105.
     « Pratiques religieuses et pouvoir de l’homme dans la cabale », Pardés, 17, 1993, p. 62-66
     « Philosophie et souci philosophique : les deux grands courants de la pensée juive », Archivio di filosofia, La Storia della filosofia ebraica, Rome, n° 1-3, automne 1993, p. 247-254
     « Oralité et écriture dans le journal mystique de Rabbi Joseph Caro » (1488-1575), texte présenté au Colloque « Textes, mystiques et écritures » organisé par l’université de Paris IV (Sorbonne), sous la direction de Roland Goestschel, en mai 1993 (sous presses)
     « Genèse 1:26-27 : l’image de Dieu, le couple humain et le statut de la femme chez les premiers cabalistes », Rigueur et passion, Hommage à Annie Kriegel, éd. par S. Trigano, S. Courtois, M. Lazar, Le Cerf-L’Age d’homme, Paris, 1994, p. 341-361
     « La datation du Chi’our Qomah d’après un texte néo-testamentaire », Revue des Sciences Religieuses, n° 2, avril 1994, p. 131-144
     « À propos de l’édition française du Talmud par le rabbin Adin Steinsaltz », Les nouveaux cahiers, n° 119, 1994-1995, p. 9-13
     « Réponses aux réactions suscitées par ma critique de l’édition du Talmud par Adin Steinsaltz », Les nouveaux cahiers, n° 120, 1995, p. 35-38
     « La controverse d’amour dans le Zohar : Moment critique de l’émanation et modèle idéal », dans La controverse et ses formes, édition Alain Le Boulluec, Paris, Le Cerf, 1995, p. 71-97
     « Quelques remarques sur Adolphe Franck, philosophe français et pionnier de l’étude de la cabale au XIXe », Pardés, automne 1994, p. 239-244
     « Les couleurs, configurations du monde divin ; métaphores théosophiques et instruments théurgiques », à paraître dans les Actes du Colloque sur la couleur, Paris, ENSBA-EREC, (sous presses).
     « Union and Unity in Tantricism and Kabbalah », en collaboration avec E. Chalier-Visuvalingam, dans Between Banaras and Jerusalem, éd. H. Goodmann, Éditions de l’université de New York (SUNY Press), 1995, p. 223-242.
     « Expérience et symbolique du nuage dans la Bible, la mystique juive ancienne et la cabale médiévale », dans Les Nuages et leur symbolique, Albin Michel, Paris, 1995, p. 133-161
     « The Reverberations of the Kabbalah in Modern French Thought », Shofar An Interdisciplinary Journal of Jewish Studies, 1996, Purdue University, Indiana, vol. 14, n° 3, p. 32-47
     « Una teosofia transtorica dell’olocausto. Scorcio di un modello a partire dal pensiero cabalistico », dans Pensare Auschwitz, edizioni Thalassa de Paz, Rome, 1996, p. 237-248.
      « Pensée, Voix et Parole dans le Zohar », Revue d’Histoire des Religions, 213-4/1996, p. 385-414
     « Le aleph des cabalistes », Histoire de l’Écriture, ouvrage collectif édité par A. M. Christin, Paris, Flammarion, 1997 (sous presses)
     « Nouvelles approches du judaïsme et vieilles controverses », note de synthèse, Archives des Sciences Sociales des Religions, n°100, décembre 1997, p. 31-45
     « Le réseau des âmes dans la mystique juive du Moyen Âge », dans L’Âme, éd. par M. Cazenave, Paris, Albin Michel (sous presses)
     « Une version inconnue du Sefer Tashak de R. Joseph de Hamadan », suivi de l’édition critique annotée d’une section araméenne inédite de cet ouvrage, Kabbalah : Journal for the Study of Jewish Mystical Texts, vol. II, 1997, p. 169-205
     « Moïse de Léon, la rédaction du Zohar et la prophétie : réponse à Yehudah Liebes », Kabbalah : Journal for the Study of Jewish Mystical Texts, vol. III, 1998


Éditions et préfaces

Maïmonide, Le Guide des égarés, Verdier, Lagrasse, 1979. Édition revue et modernisée
Saadia Gaon, Commentaire sur le Sefer Yesira, éd. Bibliophane, Paris, 1986. Préface
Éliane Amado-Lévy Valensi, La Poétique du Zohar, Paris, édition de l’Éclat, 1996
Ryvon Krygier, La Loi juive à l’aube du XXIe siècle, Paris, Messer, 1995


Publications de vulgarisation scientifique

Cinq articles pour l’Encyclopédie Universelle de Philosophie, Dictionnaire des œuvres, PUF, 1992
Quinze articles pour le Dictionnaire des Œuvres et pour le Dictionnaire des Auteurs, éd. Laffont, collection Bouquin, 1994
Élie, l’homme qui ne mourut jamais, Paris, éd. Gallimard Jeunesse, 1996
Les Visiteurs du ciel, (en collaboration), Paris, éd. Gallimard Jeunesse, 1997


Publication audiovisuelle

Éden, Jérusalem, docudrame en collaboration avec Ghislain Allon, diffusée sur La Cinquième, 22 décembre 1996