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Médaille Goethe, 2005
Prix Tanizaki, 2005 (Train de nuit avec suspects)
Prix Adalbert-von-Chamisso, 1996
Prix Akutagawa, 1993
Prix des jeunes auteurs, décerné par la revue Gunzô, 1991
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« Issu d’une famille de commerçants ruinée par les
bombardements, le père de Yoko Tawada s’installe à Tokyo juste après la
guerre avec un baluchon pour seul bagage. De lui, sa famille dit qu’il
est "contaminé par le mal rouge" – l’un des premiers mots dont
s’étonne sa petite fille, née en 1960. Comment la peau de son père
peut-elle être rouge tout en ne l’étant pas ? Elle n’aura pas fini de
s’interroger sur la peau et les mots…
Yoko Tawada raconte également dans Narrateurs sans âmes
le très beau petit livre qui la révéla en France (Verdier, 2001) –
comment la triple invocation "À Moscou, à Moscou, à Moscou !" était
devenue, en famille, l’image de l’inaccessible. Ses parents avaient
entendu l’appel lors d’une représentation des Trois sœurs de
Tchekhov. Pour les trois femmes, c’est la ville de leurs chimères.
Elles ne s’y rendront jamais. Pour les parents de Yoko, frappés par le
chômage, Moscou sonnait comme une formule magique. Ils l’évoquaient en
riant de leurs propres illusions. "À Moscou !" Le père n’en
poursuivait pas moins son projet "irréaliste" de fonder une maison
d’édition.
On pouvait le prévoir. Yoko Tawada commence par étudier le
russe, envisageant de se spécialiser en slavistique. À 19 ans, elle
part vers la ville mythique où se résume, pour elle, l’objet fabuleux
nommé "Europe". Ce voyage, la Japonaise le fera en train, son mode de
transport favori. Elle s’en explique dans Narrateurs sans âmes et dans les treize courts récits – treize "voitures", dit-elle – de Train de nuit avec suspects.
"J’ai lu dans un livre sur les Indiens que l’âme ne peut
pas voler plus vite qu’un avion. C’est pourquoi on perd son âme quand
on voyage en avion, et on arrive à destination mentalement absent. Même
le Transsibérien roule plus vite qu’une âme peut voler. Lors de ma
première venue en Europe, par le Transsibérien, j’ai perdu mon âme.
Quand je suis repartie par le train, mon âme était encore en route vers
l’Europe. Je n’ai pas pu l’attraper. Lorsque je suis revenue en Europe,
elle était en route vers le Japon […]. Je ne sais plus du tout où mon
âme se trouve."
Toute russophone qu’elle soit, et fascinée par la France, comme en témoigne le roman L’Œil nu
– autre nouveauté de cette rentrée –, Yoko Tawada choisit néanmoins
l’Allemagne. C’est le pays de Peter Schlemil, l’homme qui perdit son
ombre.
Pendant que le corps écrit du côté de Hambourg – là où
Yoko Tawada s’est installée –, l’âme poursuit ses voyages à la fois
chamaniques, fantaisistes et pleins d’ironique sagesse. Yoko examine
avec perplexité les situations où se trouve Tawada. « Le doute, par
ribambelles, enfante des ogres », lit-on dans Train de nuit.
Faut-il s’étonner que la jeune femme, devenue germanophone, ait
consacré sa thèse (en allemand) au thème de l’automate et des poupées
parlantes, particulièrement cher à Hoffmann : "Jouet et magie verbale
dans la littérature européenne."
Nous n’en sommes pas là, toutefois, quand Yoko Tawada
s’installe à Hambourg, en 1982. Venue faire un stage en librairie, elle
travaille d’abord dans une société d’exportation et de distribution de
livres – réalisant ainsi le rêve paternel. Après avoir parachevé ses
études de littérature allemande, elle se consacre à ses propres livres.
Elle écrit alternativement en japonais et dans sa nouvelle langue :
poésie, théâtre, textes courts, romans.
D’abord publiée en Allemagne, Yoko Tawada trouve un
éditeur au Japon. Dès lors, elle poursuit son œuvre double mais évite
de traduire elle-même ses textes japonais en allemand, alors qu’il lui
arrive de se traduire de l’allemand en japonais, voire de mêler dans un
même livre des textes en japonais, leur traduction allemande et des
textes rédigés en allemand.
Son traducteur français, Bernard Banoun, résume en une
belle formule ce rapport aux idéogrammes et à l’alphabet latin, qui est
un rapport aux signes : "Allemand et japonais : ce sont deux systèmes
de pensée, deux œuvres différentes à thèmes communs. Yoko le dit
souvent : lorsqu’elle parle l’anglais, elle se traduit de l’allemand,
alors qu’elle ne se traduit pas du japonais lorsqu’elle parle
l’allemand." Et c’est avec une certaine malice que la Japonaise évoque
Catherine Deneuve dans L’Œil nu – Catherine Deneuve, figure
onirique pour une jeune Vietnamienne venue de RDA, seule à Paris en
1988, ignorant tout du français et plongée dans les films où joue
l’actrice. Jeu de lettres aussi : le caractère C, disséminé dans le
texte, pose plus d’un problème à la langue allemande dont on connaît la
prédilection pour le K.
Juvénile, attentive, mobile, Yoko Tawada est d’une
incroyable souplesse. Elle se veut d’une "disponibilité totale,
mentale et sensorielle", une caisse de résonance pour des voix
polyphoniques. Elle aime s’associer d’autres formes d’expression,
alliant texte, piano et danse. »
Jean-Maurice de Montremy, Livres Hebdo, juin 2005
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Aux éditions Verdier |
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Romans |
Opium pour Ovide Un invité Le Bain (original en japonais) |

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Théâtre |
Orphée ou Izanagi, pièce radiophonique Till Comme le vent dans l’œuf Le masque de la grue rayonnant dans la nuit |

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Textes courts et poésie |
Talisman,textes brefs Mais les mandarines doivent être volées aujourd’hui même,prose poétique, textes oniriques, poèmes Seiches voyageuses, original en japonais Là où commence l’Europe, prose et poèmes Métamorphoses,cours de poétique à Tübingen Seulement là où tu es, il n’y a rien,poèmes et proses |


Télérama, mercredi 21 septembre 2005
Les alphabets du rêve
par Michèle Gazier
En japonais ou en allemand, ses héroïnes traversent les frontières avec des mots subtils.
Quarante-cinq ans et l’air d’en avoir vingt de moins, Yoko
Tawada, poète et écrivain japonais dont quatre récits ont été publiés
en France, arrive à notre rendez-vous, visage lisse et parfaitement
reposé. Pourtant, elle est arrivée ce matin de Hambourg où elle réside,
par le train de nuit, comme l’héroïne sans nom de ses récits Train de nuit avec suspects.
Pourquoi l’Allemagne ? À cause des auteurs germaniques qui sont en un
sens sa famille. Dans son Panthéon intime, Kafka (certes Pragois)
occupe une place privilégiée au côté du poète Paul Celan. Ou de Kleist,
Büchner, E. T. A. Hoffmann… Yoko Tawada se sent proche de cette
littérature entre poésie et fantastique qui a trouvé son épanouissement
chez les romantiques allemands. Les deux récits qu’elle publie, Train de nuit avec suspects, écrit en japonais, et L’Œil nu,
écrit en allemand, mettent en scène des personnages de femmes qui «
vivent éveillées dans la logique du rêve ». Des errantes qui
franchissent les frontières sans autre but que ce franchissement. «
Quand on traverse des frontières concrètes, des espaces s’ouvrent au
rêve. Ce sont ces espaces-là qui pour moi sont importants », note Yoko
Tawada avec gravité.
Ainsi, dans L’Œil nu, la jeune Vietnamienne envoyée
par son gouvernement pour participer à des réunions communistes à
Moscou et qui par glissements successifs se retrouve seule à Paris. Et
ne recommence à exister qu’en allant voir les films de Catherine
Deneuve. Pourquoi Catherine Deneuve ? « Le premier film qu’elle voit
est Indochine. Et elle est vietnamienne… Deneuve y joue un
personnage à la marge, peu intégré au système colonialiste. Elle a
souvent ce type de rôle de femme entre deux mondes. Et dans Répulsion,
de Polanski, mon film préféré, elle est même tout à fait marginale. Mon
personnage ne veut pas devenir Catherine Deneuve, elle s’attache à elle
car elle l’introduit dans la culture européenne. Ce visage de femme
blonde est la porte d’entrée d’un univers auquel elle n’aurait jamais
eu accès. »
Pas de frivolité chez Yoko Tawada, qui réfléchit toujours
avant de répondre aux questions. Pour elle, les mots sont un
engagement, et ce qui nous définit le plus sûrement. Dans sa vie,
dit-elle, l’écriture est tout. Le reste, cinéma, musique, apprentissage
d’autres langues (l’allemand, l’anglais et bientôt le français) est «
une variante de l’écriture ».
La langue de tous les jours est sans mystère. C’est celle
de la littérature qui lui importe. Elle jongle avec les idéogrammes
japonais et l’alphabet allemand, qui lui a permis d’écrire « je », de
parler d’elle (Narrateurs dans âmes), l’emploi de la première
personne étant impossible en japonais. « Je trouve passionnant qu’avec
ce simple alphabet on puisse écrire tant de choses, dit Yoko Tawada.
Les idéogrammes sont comme une BD. Leur lecture fait appel à une
perception visuelle, on ne les décompose pas. L’alphabet, lui, invite à
l’analyse. » De ce rapport aux idéogrammes, l’écrivain a gardé une
certaine esthétique des mots sur la page. La forme des mots, leur
dessin ont, à ses yeux, une importance aussi grande que leur musique.
Les personnages féminins de Yoko Tawada lui ressemblent.
Elles savent l’importance du hasard, qui nous révèle davantage que nos
projets. « Dans les ateliers d’écriture où j’enseigne, les gens ont
tendance à se lancer dans des récits autobiographiques. Et c’est
ennuyeux et pauvre. Moi, je leur dis : “Sortez, allez en ville, lisez
les publicités, les affiches, tout ce qui vous tombe sous les yeux.
Vous allez trouver des phrases qui vous parleront. Notez-les. Elles
vous racontent bien mieux que vos confessions.” »
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Textes de Yoko Tawada publiés en revue |
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