Littérature française
  Verdier
L'Image
Chaoïd
Deyrolle
Antigone
L’Éther Vague
Farrago
Fourbis

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
divers

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines
  Détours fertiles
La Passion

Art et architecture
  Collection « Art et architecture »
L’Imprimeur

Tauromachie

Cuisine

Revues

Retour Accueil

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  Afrique & histoire
Revue internationale d’histoire de l’Afrique

 

  Parution semestrielle
Fondateurs : Pierre Boilley, Jean-Pierre Chrétien, François-Xavier Fauvelle-Aymar, Bertrand Hirsch.

  Retour à la fiche ouvrage

Extraits de presse

   Bulletin critique du livre en français, janvier 2006

   Ce deuxième numéro d’Afrique et histoire intitulé Maîtriser le temps ; Le Sénégal imaginé ; Égo-histoire africaniste ; Historien en temps de crise, Lettres d’Éthiopie poursuit le questionnement qui est au coeur du projet de cette revue spécialisée (et internationale) : la mise en valeur des dynamiques historiques propres au continent africain et le refus des préjugés le concernant (exotisme « ethnographique » et misérabilisme humanitaire). Deux dossiers montrent la place de l’Afrique dans le monde. Le premier dossier, consacré aux « temps de l’histoire », aborde la question de la périodisation. Un entretien passionnant avec le médiéviste Jacques Le Goff ouvre cette partie : il y discute et remet en cause la périodisation classique de l’histoire européenne et ouvre des pistes stimulantes pour l’histoire de l’Afrique. Les contributions suivantes sont tout aussi remarquables notamment celle de Catherine Coquery-Vidrevitch consacrée à la périodisation pour l’ensemble du continent africain. Deux enseignants-chercheurs à l’université de Burundi proposent une périodisation pour la région des Grands Lacs, tandis que Pierre Kipré de l’ENS d’Abidjan présente quatre phases majeures de l’histoire du Golfe de Guinée. Pour sa part, Jean Boulègue présente un texte écrit à Tombouctou au XVIIe siècle par un lettré de cette ville. Le second dossier, présenté dans la rubrique « Questions » et coordonné par Florence Bernault, porte sur les problèmes posés par les réactions à chaud des connaisseurs d’un domaine, confrontés à une actualité dramatique. Il aborde principalement le génocide du Rwanda de 1994, mais aussi les situations en Côte d’Ivoire et au Mali. Est mis en avant un « combat pour l’histoire », riche de questions posées à la fois en termes intellectuels et moraux, en termes d’analyses et d’interventions. Dans la rubrique « Varia », les textes de Sylvie Thénault et d’Alain Ricart prolongent ces interrogations sur l’histoire et l’actualité et sur la relation du chercheur à son terrain. Notons, dans cette même rubrique, deux très bons articles (de deux doctorants venus d’Allemagne) : l’un sur l’évolution d’une classification ethnique au Sénégal (de 1816 à 1920) et l’autre sur les idées des administrateurs français en Afrique noire, à partir des années 1930, quant au rôle de leurs collaborateurs indigènes. Les deux contributions de Manfred Kropp et Bernard Salvaing, réunies dans la rubrique « Atelier », illustrent un autre enjeu essentiel de la pratique historienne en Afrique : l’édition, la traduction et l’étude minutieuse de documents manuscrits, ici en langue peule et guèze. La rubrique « Lettres » publie trois essais littéraires originaux consacrés à différents moments de l’histoire de l’Éthiopie contemporaine. Ce deuxième numéro est d’une grande qualité, très spécialisé sans doute, et justement riche et stimulant. Au total 371 pages : du bel ouvrage que l’on souhaite trouver dans toutes les « bonnes » bibliothèques.



   L’Histoire, septembre 2005
   Afrique romaine

   L’Afrique du Nord à l’heure de la culture grecque et de l’Empire romain : un hommage à l’historien Yvon Thébert.

   L’Afrique antique à travers un hommage à Yvon Thébert, historien érudit de cette Afrique septentrionale d’avant l’invasion arabe, explorateur et archéologue de la ville de Bulla Regia, en Tunisie, pendant trente ans, mort en 2002.
   De ce beau dossier réuni par la revue Afrique et histoire (n°3), dirigé par Yann Potin, nous privilégierons un article d’Yvon Thébert lui-même, paru en 1995 dans le catalogue de l’exposition « Carthage » du Petit Palais. Il y étudiait l’apport hellénique, à partir de la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C., dans les royaumes numides d’Afrique du Nord avant leur romanisation.
   Dès le roi Masinissa, la culture grecque imprègne la vie de cour, et le commerce entre les Numides et les cités helléniques est florissant, ceux-ci fournissant celles-là en céréales, ivoire et bois précieux. Sur le plan architectural, les mausolées empruntent à celui d’Alexandre le Grand à Alexandrie ou de Mausole à Halicarnasse.
   Au-delà du témoignage de sympathie à la mémoire d’Yvon Thébert, ce numéro d’Afrique et histoire a l’avantage de montrer que la polémique n’est jamais absente de l’histoire de l’Antiquité. À preuve cette contribution de 1978 publiée dans les Annales et où Yvon Thébert, commentant le livre de Marcel Bénabou sur La Résistance africaine à la romanisation (1976), contestait une vision de l’histoire très conforme aux discours en vogue alors sur la décolonisation.
  Yvon Thébert rappelait notamment que Rome ne fut pas la seule pourvoyeuse de civilisation, que l’Afrique du Nord avait été en étroite relation avec le monde grec (Meriem Sebaï, université Paris I).
   Dans le même numéro, relevons l’article de Patrick Boucheron (université Paris I, membre du comité de rédaction de L’Histoire) à propos d’une communication d’Yvon Thébert, également très polémique, quoique négligée lors de sa publication en 1988, sur le « triomphe » supposé du christianisme dans l’Empire romain. L’auteur y relativisait l’ampleur des persécutions contre les chrétiens et, surtout, il y niait l’idée que la « nouvelle religion » ait submergé l’empire. C’est par un processus de capillarité, au prix d’une lente maturation au cours de laquelle les autorités romaines ne le distinguèrent pas du judaïsme dont il était issu, que le christianisme finit par s’imposer.



     Libération, samedi 31 janvier et dimanche 1er février 2004
     L’Afrique continue de souffrir de notre vision exotique
     Entretien avec Jean-Pierre Chrétien. Par Christophe Ayad et Marie-Laure Colson

     Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherche au CNRS, décrit les raisons pour lesquelles le continent s’embourbe dans les conflits, les causes de l’échec de la démocratie dans ces sociétés, et les erreurs d’analyse commises par l’Occident.
     Depuis une trentaine d’années, il se rend une fois par an dans la région des Grands Lacs, au Burundi ou au Rwanda. En 1993, il publie
Burundi, l’histoire retrouvée (Karthala) puis Le Défi de l’ethnisme, Rwanda et Burundi : 1990-1996, chez le même éditeur, en 1997. L’Afrique des Grands Lacs, 2000 ans d’histoire, vient d’être réédité en poche (Flammarion). Jean-Pierre Chrétien a aussi dirigé des ouvrages collectifs : Rwanda, les médias du génocide (Lieu, 1995) et Les Ethnies ont une histoire (Karthala, rééd. 2003). Enfin, il est cofondateur de la revue Afrique & histoire, dont le premier numéro est sorti en septembre, chez Verdier.

     Peut-on vous présenter comme un africaniste ?
     Non, justement pas. Je suis un historien qui travaille sur les sociétés africaines. Africaniste renvoie à une vision particulière de l’Afrique, essentiellement celle de l’ethnologie. Le mot africaniste implique l’idée d’un autre monde, longtemps considéré comme inaccessible, exotique. C’est l’image de l’Afrique traditionnelle, comme si le traditionnel donnait une réponse en soi. On décrit, on classe, on fixe une sorte de photographie de l’Afrique, en fait une photographie de la fin du XIXe. Comme s’il avait fallu attendre la conquête européenne pour que le film commence. Cette vision implique que tout changement vient de l’extérieur. Nous, historiens, insistons au contraire sur la banalité des situations africaines.

     Vous avez l’impression qu’en France on reste marqué par une tradition africaniste ?
     Quand on doit expliquer des situations, on cherche l’expertise ethnologique : qu’est-ce qui se passe en Sierra Leone, au Soudan, quelles populations, quelles traditions ? Je pense à la région des Grands Lacs. Qu’est-ce qu’être hutu et tutsi au XIXe siècle, à la fin de la colonisation ou aujourd’hui ? Il est évident que la conception que l’on se fait de ces collectivités n’est pas la même, elle a bougé. On n’a rien dit si on dit : « C’est un héritage du passé. » C’est une vision qui refuse aux sociétés africaines d’être actrices de leur propre destin, de leur propre histoire.

     N’est-ce pas la même vision de l’Afrique qui sous-tend Le Livre noir du colonialisme, dirigé par Marc Ferro ?      Comment expliquez-vous l’actuel succès de toute une littérature dénonçant le colonialisme ou le néocolonialisme, la fameuse « Françafrique » chère à François-Xavier Verschave ?
On peut se demander s’il n’y a pas un phénomène de générations, un peu comme il y a eu une nouvelle génération en Allemagne qui s’est interrogée sur le IIIe Reich. Les nouvelles questions sur la mondialisation, le choc des civilisations, provoquent un retour à une vision assez globale de l’histoire. Il y a aussi des interrogations liées à la confrontation « raciale » dans la société américaine, et la vogue de l’afro-centrisme, c’est-à-dire le fait de considérer que seuls des Noirs peuvent s’occuper de l’histoire africaine.
Par ailleurs, les échecs, les impasses de l’Afrique, le génocide au Rwanda et d’autres crises amènent les gens à s’interroger. La « Françafrique » selon Verschave met effectivement le doigt sur des problèmes réels, et le livre de Ferro est rempli de choses exactes. Le problème, c’est cet accent mis uniquement sur le rôle des étrangers, qui peut aller jusqu’à une véritable théorie du complot contre l’Afrique. Le livre de Marc Ferro, par exemple, met en scène une série de situations d’exploitation et de domination, mais il n’y a aucune interrogation sur ce qui se passe concrètement dans les sociétés africaines à l’égard de cette domination. L’impact colonial existe, mais si, à chaque crise, on dit que c’est la faute des colonisateurs et on n’analyse pas le jeu des acteurs africains, on risque de cautionner une déresponsabilisation totale : il n’y a plus d’histoire, il n’y a que des tireurs de ficelles à l’étranger.

     Ce concept de renaissance africaine, prôné par le président sud-africain Thabo Mbeki, relève-t-il de cette démarche ?
     C’est ambigu. Certains utilisent le concept de renaissance africaine dans un sens afro-centriste : pour eux, le virus du sida ne serait pas le même en Afrique et ne relèverait pas des mêmes traitements. Mais dans l’idée de renaissance africaine, il y a aussi une résurgence du panafricanisme qui a échoué au moment des indépendances. Or, dans l’Afrique du Sud postapartheid, il y a la réapparition de ce rêve de grands ensembles africains.

     D’autres, comme Jean-Paul Ngoupandé ou Stephen Smith, cherchent au contraire à décomplexer le passé colonial en insistant pour que l’Afrique reconnaisse sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive en ce moment.
     La vision de l’Afrique en France passe par des phases. Il y a d’abord eu l’anticolonialisme des années 60, puis un tournant à partir du Sanglot de l’homme blanc et du grand colloque de Médecins sans frontières. Ce fut positif, cela a redonné une responsabilité aux acteurs africains. Mais ce fut aussi le début du règne de l’humanitaire, de l’ingérence et des ONG. Il ne faut pas tomber d’un extrême à l’autre. La culpabilisation pure et simple des sociétés africaines n’est pas une réponse plus satisfaisante que les autres. Le problème, c’est tout ce qu’on ne voit pas dans ces sociétés-là. Tous les dirigeants ne sont pas complètement nuls et pourris, il y a des mouvements associatifs, une créativité intellectuelle et artistique, des solidarités multiples. Un tas de choses nous échappent, qui sont comme couvertes par les crises les plus sanglantes.

     Pourquoi continue-t-on à parler de l’Afrique en général, alors qu’on ne parle jamais de l’Asie comme d’un tout ?
     L’Afrique continue à souffrir de ces globalisations très anciennes et liées à une vision exotique. Il y a plusieurs Afriques, c’est évident. Pas 50 Afriques, celle des drapeaux et des États, mais plusieurs grands ensembles et des parcours fort différents, liés non seulement aux systèmes coloniaux mais aussi à des héritages historiques beaucoup plus anciens. Ce qui manque le plus sur l’Afrique ancienne comme actuelle, ce sont les réflexions de type régional. Pas la monographie ethnique, pas l’étude de tel territoire colonial, mais l’histoire des régions. Il y a des réseaux, des contacts, des ensembles linguistiques. C’est un problème qui n’est pas seulement scientifique mais politique, dû au repli sur le contrôle du pouvoir, pays par pays, et à tous les freins actuels aux communications, échanges universitaires, et mouvements migratoires. Les travailleurs migrants circulaient beaucoup plus à l’époque coloniale qu’aujourd’hui. Ça se faisait de façon spontanée.
Aujourd’hui, tout est devenu difficile. Les grands mouvements de population, ce sont les réfugiés. Maintenant, on va chercher les origines à la quatrième génération pour savoir si on est authentiquement ceci ou cela, alors que les identités dites ethniques étaient des lieux qui pouvaient changer de configuration, intégrer des gens d’ailleurs.

     Comment expliquez-vous ce paradoxe, que l’on peut observer en Côte-d’Ivoire par exemple : à mesure que l’Afrique avance vers la démocratie, elle se tribalise et sombre apparemment dans la violence ?
     Cette évolution n’est pas seulement politique. Le tribalisme politique s’est exacerbé, c’est sûr, mais le recours à des solidarités qui semblent être des extensions de la parenté apparaît souvent aujourd’hui comme le seul moyen de faire face à la misère sociale. Quand la moitié d’une population a moins de 18 ans, qu’il n’y a pas d’activité industrielle suffisante et que les terres manquent, la profession de milicien est une des rares issues pour les jeunes. On retrouve en ce moment, en Afrique, l’ambiance de l’Europe des XVe-XVIe siècles, quand conflits religieux et politiques se mêlaient, quand les bouleversements et le désarroi étaient tels que les gens s’installaient durablement dans des économies de guerre.
En Côte-d’Ivoire, on a aujourd’hui l’impression qu’il n’y a plus que le Sud et le Nord. Cela traduit le fait que l’État moderne n’a pas été intériorisé par les sociétés. Le modèle autoritaire, technocrate, apporté par la colonisation, est resté dominant. C’est un modèle mi-léniniste, mi-jacobin. Le résultat, c’est que les possibilités de débattre, de critiquer, sont restées en rade. À partir de là, au moment des élections nationales, ce qui est enjeu, ce n’est pas la gestion, c’est la proximité au pouvoir, la redistribution des postes. Alors, on mobilise les grandes ressources que sont la région, l’ethnie, la religion, etc. On parle de démocratisation, mais en Europe le suffrage universel n’est pas tombé du ciel un beau jour. Les Africains sont invités à mettre les bouchées doubles. Ils n’ont pas le temps d’attendre. Il y a aussi le fait que l’État s’effondre en Afrique, miné par les guerres civiles, les politiques de privatisation de la Banque mondiale, voire le développement des droits de l’homme qui remet en cause son autorité. L’échec de la démocratie est donc aussi dû à la faiblesse de l’État. On va de déception en déception : on a cru un moment au modèle ougandais. On a parlé du Bénin, du Sénégal, mais c’est loin d’être gagné. Reste l’Afrique du Sud, qui est un espoir.

     Le génocide rwandais a dix ans maintenant. A-t-on tiré, en Afrique et en Occident, des enseignements de ce qui s’est passé ?
     Dans les Grands Lacs, on se demande si, finalement, le génocide n’a pas réussi dans son objectif qui était de déchirer définitivement une société sur un clivage racial, que ce soit au Rwanda bien sûr, mais aussi au Congo-Kinshasa ou au Burundi. Au niveau du continent, quand on discute avec des intellectuels africains de haut vol, le génocide au Rwanda est un moment décisif. Mais à un niveau plus courant, je ne sais pas. L’information circule beaucoup plus entre l’Afrique et l’Europe qu’entre chaque région d’Afrique. Le médiateur, c’est la radio européenne ou américaine. Au niveau international, je me demande si on a toujours compris qu’on n’était pas devant une guerre tribale mais un phénomène extrêmement moderne, un fascisme tropical de nature tout à fait différent de ce qu’avait connu le Rwanda jusque-là (en 1959, puis en 1973, le Rwanda avait connu des massacres antitutsis). On parle peu du Rwanda dans les milieux officiels français mais on y pense beaucoup. Je suis persuadé que la volonté de trouver une solution d’arbitrage en Côte-d’Ivoire a été inspirée par l’échec français au Rwanda. D’ailleurs, quand on discute avec des rescapés du génocide, ils disent : « Si la France avait été en au Rwanda comme elle est en Côte-d’Ivoire, on n’aurait rien à dire. » On a enfin compris qu’il pouvait y avoir des enjeux idéologiques en Afrique qui dépassent largement les querelles de pouvoir entre Baoulés et Dioulas.

     On évoque de plus en plus un réinvestissement des pays occidentaux en Afrique au nom de la lutte antiterroriste. Au point qu’on parle aujourd’hui de recoloniser le continent.
     Effectivement, l’idée que l’effondrement de l’État et l’installation de zones de non-droit puissent profiter au terrorisme s’impose de plus en plus. La lutte contre le terrorisme va dans le sens de l’ingérence, voire de la mise en place de nouveaux protectorats en Afrique. Le problème est que cet interventionnisme new look s’apparente à une réponse purement policière. La lutte contre le terrorisme a abouti, pour prendre l’exemple de Djibouti, à l’expulsion massive de travailleurs migrants considérés comme dangereux (Yéménites, Somaliens, Éthiopiens, etc.). Le risque, c’est que ce genre de mesures achève de déstabiliser les États en Afrique, alors que ce dont ils ont besoin est exactement le contraire, une reconstruction effective.


     L’Histoire, n° 282, décembre 2003
     Gros plan sur l’Afrique

     Le continent noir a enfin sa revue. Éclectique et ouverte aux débats sur des publications récentes.
     Une revue consacrée exclusivement à l’Afrique : l’événement vaut d’être salué, tant la production éditoriale est pauvre en ce domaine, en France comme en Europe, ainsi que le rappelle, en préambule, Jean-Pierre Chrétien (CNRS-Paris-I), le directeur de la publication d’Afrique et histoire.
Non pas que le continent noir ne rencontre pas une écoute vigilante. Au contraire, un certain nombre de revues (Historiens et géographes, Esprit, Le Débat) ont publié des dossiers spéciaux, assez récemment, sur l’Afrique. Mais il n’existait pas vraiment de lieu identifiable où les africanistes puissent croiser et confronter leurs regards et leurs recherches. Telle est l’ambition d’Afrique et histoire, édité chez Verdier.
     Le premier numéro ouvre, sous la signature de Yann Potin (université Paris-I), sur la figure quelque peu inattendue de Saint Louis l’Africain. Prisonnier en Égypte, à Mansourah, mort à Carthage, ce roi n’est-il pas un acteur à part entière de cette région du continent qu’il voulut ramener à la foi chrétienne ? Ses croisades n’étaient pas seulement de conquête, elles avaient aussi une visée missionnaire.
     Yann Potin évoque, en outre, l’aspect légendaire de cette aventure, dont la conversion in extremis à l’islam du souverain, qui serait devenu par la suite un marabout respecté, n’est pas la partie la moins fascinante.
     Dans un tout autre registre, Bertrand Jalla (université Paris-X) interroge, dans ce numéro fort éclectique, le comportement politique des colons d’Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851. Alors qu’ils ne répondent que par 52,5 % de « oui » au plébiscite du 20 décembre suivant – un score sans commune mesure avec celui, écrasant, obtenu au niveau national –, ils rentrent dans le rang, les républicains en tête : l’heure est à la normalisation en Algérie.
     Forum de discussions, Afrique et histoire se propose également d’ouvrir des débats autour de publications récentes. C’est Le Livre noir du colonialisme publié au début de l’année 2003 chez Robert Laffont sous la direction de Marc Ferro qui en fournit ici l’occasion.


     L’Intelligent, Revue Afrique, 26 octobre – 1er novembre 2003
     Naissance d’une revue

     Comme l’économie, l’édition connaît des cycles. Florissantes avant la Seconde Guerre mondiale, les revues semblaient vouées à un lent déclin. Il n’en est rien. Nous avons eu l’occasion de saluer ici (voir J.A.I. n° 2216, page 85) la naissance de plusieurs publications tournées vers le continent africain. Celle qui voit le jour en cette fin d’année chez Verdier grâce au travail de quatre universitaires – Pierre Boilley, Jean-Pierre Chrétien, François-Xavier Fauvelle-Aymar et Bertrand Hirsch – est particulièrement réussie. On sent d’emblée la « patte » d’un éditeur passionné par son métier : maquette élégante, correction soignée, couverture sobre et distinguée (grâce à une peinture de Pierre Soulages). Pour ce qui est du contenu, la revue est à la fois pointue et ouverte aux genres et aux thématiques les plus divers. Au sommaire du premier numéro, on trouve par exemple des articles sur la figure de « saint Louis l’Africain » et les voyages d’Ibn Battûta, une analyse des partis politiques et religieux en Ouganda depuis la fin du XIXe siècle ou encore un commentaire à quatre voix du Livre noir du colonialisme de Marc Ferro. Mais Afrique & Histoire affiche aussi d’emblée ses ambitions littéraires, avec, dans ce numéro, une très belle « Afrique intérieure » de Pierre Bergounioux. À travers la Sodis, la filiale de diffusion de Gallimard, elle bénéficie par ailleurs d’une très bonne mise en place dans les librairies.


     La Quinzaine littéraire, 16-31 octobre 2003
     Revues, Afrique et Histoire

     La parution de ce premier numéro, d’une facture superbe, est un événement, non seulement au sein de la communauté des chercheurs qui s’intéressent au continent africain, mais aussi dans le petit monde des revues francophones (quand bien même celle-ci est bilingue, publiant également en anglais). Résolument internationale, éditée par les éditions Verdier, forte de plus de 300 pages de grand format et d’un comité de rédaction impressionnant (il tisse sa toile de Lubumbashi à New York, de Ouagadougou à Londres ou Catane), Afrique & Histoire montre aussi qu’à l’heure de l’internet, et à condition justement de savoir pleinement utiliser les possibilités de l’outil électronique, les revues de papier conservent tout leur intérêt, et leur nécessité. Cette dernière, en l’occurrence, est d’autant plus manifeste que, comme y insiste dans son éditorial le directeur de la publication, Jean-Pierre Chrétien, il n’existe, en Europe, aucun périodique spécifiquement consacré à l’histoire de l’Afrique, à l’exception « du déjà vénérable Journal of Afircan history ». Une situation regrettable quand « les débats se multiplient d’autant plus que l’Afrique est aussi hors d’Afrique, qu’elle est socialement et culturellement aux portes de Paris, de Bruxelles, de Washington. Cette actualité quotidienne autant que les événements graves qui font la une des médias, comme le génocide du Rwanda, suscite des interrogations historiques renouvelées qui semblent, à tort ou à raison, sans réponses connues venant d’une discipline par ailleurs si présente dans les mémoires collectives ».
     Ancrée dans la tradition historique, mais ouverte à la transdisciplinarité, dénonçant la difficulté de circulation dans les institutions européennes qu’éprouvent les historiens venus du Sud, Afrique & Histoire veut se donner les moyens, sinon de répondre aux interrogations contemporaines, du moins d’en éclairer le contexte et les enjeux. Ce premier numéro est découpé en quatre entrées, « Varia » (avec en particulier « Saint Louis l’Africain : histoire d’une mémoire inversée », par Yann Potin), « Atelier » (où il est question de la BNF et de la documentation africaine à Bruxelles), « Questions » (« l’anticolonialisme cinquante ans après »), « Bulletin critique » (où sont recensées des publications en anglais, italien, allemand, français) et, enfin, « Lettres », qui clôt avec bonheur la revue sur un texte de Pierre Bergounioux, « Afrique intérieure ». Signalons que ce premier numéro contient également une longue série de « recommandations aux auteurs ».


     Magazine littéraire, octobre 2003
     L’Afrique aux regards de son histoire
     par Valérie Marin La Meslée

     À quoi correspond ce grand vent d’histoire qui souffle sur le continent ? « L’Histoire de l’Afrique est mûre, elle a gagné ses lettres de noblesse », affirme François-Xavier Fauvelle-Aymar, l’un des quatre historiens fondateurs de la revue Afrique & Histoire : « Hommes de terrain, administrateurs coloniaux, anthropologues et ethnologues ont ouvert le chemin un siècle durant mais, aujourd’hui, la discipline historique peut s’extirper de cette gangue pour s’exercer à part entière. »
     L’ambition de cette revue, qui se veut à la fois pointue et ouverte, est de fournir un lieu d’expression francophone aux chercheurs européens et africains, quand jusqu’ici la recherche en passait incontournablement par les grandes revues anglo-saxonnes. Afrique & Histoire revendique sa dimension littéraire, marquée par sa rubrique « Lettres » ouverte aux écrivains et essayistes. Pierre Bergounioux l’inaugure, décrivant son Afrique intérieure, celle d’une enfance nourrie d’images issues de l’exploitation coloniale.



     Livres-Hebdo, 4 juillet 2003
     Verdier lance la revue Afrique & histoire
     par Christine Ferrand

     Un groupe d’historiens réunis autour de Pierre Boilley, Jean-Pierre Chrétien, François-Xavier Fauvelle-Aymar et Bertrand Hirsch vient de créer Afrique & histoire, une revue internationale consacrée exclusivement à l’histoire de l’Afrique. Éditée par les éditions Verdier, elle a pour vocation de montrer « l’effervescence des réflexions historiques sur l’Afrique, la richesse de recherches confrontées sans cesse au brouillage des frontières disciplinaires et aux revendications de sociétés vivantes vis à vis de leur passé ». Animée par des historiens, elle se veut ouverte à l’ensemble des sciences sociales et à l’archéologie « dès lors que la dimension du temps et les problématiques historiques sont prises en compte ». Paraissant deux fois par an, Afrique & histoire publiera des articles de fond réunis autour d’un thème, des études sur des questions qui font débat, des analyses critiques d’ouvrages récents sans exclure les essais littéraires contemporains.
     Le premier numéro paraîtra début septembre avec notamment des articles de François-Xavier Fauvelle-Aymar et Bertrand Hirsch, Voyage aux frontières du monde : topologie, narration et jeux de miroirs dans la Rihla de Ibn Battûta ; Yann Potin, Saint Louis l’Africain ; Bertrand Jalla, Les colons d’Algérie à la lumière du coup d’État de 1851 ; Henri Médard, La naissance et le déclin des partis politiques et religieux en Ouganda (1887-1997), etc.