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L’Année des pluies (Las Aguas esmaltadas) |


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Roman
Traduit de l’espagnol par Dominique Blanc |

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160 pages
13,60 €
ISBN : 2-86432-193-9
Épuisé |
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« L’année des pluies – nous avions dans les douze ou quatorze ans –, nous avons quitté l’école et du jour au lendemain nous sommes devenus des hommes alors que jusque-là, pour nous, le monde s’étendait à peine au-delà de San Andrés de la Sierra. » San Andrés de la Sierra, c’est ainsi que se nomme ce petit village espagnol protégé, jusque dans la guerre civile, des fureurs de la modernité. Le roman l’évoque dans une langue proche de l’oralité et travaillée par les réminiscences de l’enfance : riche, populaire, pleine de vigueur quand ce n’est pas de verdeur, d’alacrité ou de cruauté avec, aussi, ses moments d’émerveillement. Personnages entiers et frustes, luttes brutales, amours frénétiques, coutumes insolites, légendes et croyances habitent ce récit qui mêle l’ironie – voire le sarcasme – et la truculence à une évocation parfois hallucinée et onirique des êtres et des paysages. |

Au cabanon, la Lapinette lui apprenait un jeu par jour : — Où veux-tu aller aujourd’hui, Nazarín ; au Ciel ou en Enfer ? — Je ne sais pas... ! Où tu me diras. — On va au Ciel avec les lèvres, et en Enfer avec le zizi. — ... ? ! — Voyons, voyons, viens ici. Il a été comment aujourd’hui mon petit, gentil ou méchant ? — Je suis toujours gentil, Flori. — Comment gentil, eh ? A-lors-au-jour-d’hui-mon-pe-tit-va-a-ller... au Ciel ! Flori lui indiquait le chemin à parcourir et Naza passait, point par point, par où elle lui disait de passer : les yeux, les joues, la bouche, les lobes des oreilles, l’arrière du cou, le sillon entre les seins, les mamelons, rosés et doux comme des grains d’anis : — Aah ! Arrête, arrête ! Tu dois t’arrêter là, c’est une auberge. Et Naza allait d’une auberge à l’autre et Flori le faisait s’arrêter à chacune d’elles. Après les auberges, le chemin continuait par le bord des seins, les aisselles, la taille, le nombril et le bas-ventre : — Attends, Nazarín, attends ! Maintenant il te faut faire très attention, tu dois traverser un bois très dangereux. Naza avançait avec précaution, très lentement, pour se mettre à l’abri des dangers, car à la sortie du bois l’attendaient, entrouvertes, les portes du Paradis. Quand il y avait passé un moment, la Lapinette faisait mine de se mettre en colère et, le saisissant par les cheveux, elle lui fermait les portes de la Gloire en lui disant : — Qui t’a donné la permission d’entrer ici ? Tu vois quel petit diable tu es ? Alors pour te punir, maintenant tu vas aller en Enfer ! Un soir où Naza voulut aller au Ciel, Flori, la Lapinette, ne le laissa pas faire. Quand Naza lui demanda pourquoi, elle lui répondit : — Parce qu’aujourd’hui j’ai du sang, Nazarín. Flori baissa les yeux, pleurant à moitié, et Naza la regarda, stupéfait, sans comprendre un mot de ce qu’elle lui disait. Au bout d’un moment il lui demanda si elle voulait bien être sa fiancée. Flori fit oui de la tête. Naza lui dit aussi qu’elle devrait attendre qu’il grandisse pour se marier avec elle et Flori lui promit de l’attendre, pourvu qu’il ne tarde pas trop. Naza se fit peu à peu à l’idée d’être avec elle pour toujours, car il n’aimait pas seulement baiser mais aussi la regarder, la caresser, l’avoir près de lui et la sentir heureuse. |

Indications, juin 1994 par E.B.
L’année des pluies est bien plus qu’un roman, il est la mémoire vivante d’un petit village espagnol perdu dans les collines au sud de Salamanque : San Andrès de la Sierra. Comme une grand-mère au coin du feu les soirs de veillée, l’auteur nous conte ici sur le ton de l’anecdote et de la confidence, les événements tantôt graves, tantôt cocasses qui égrènent les journées des habitants de San Andrès. Des hommes, des femmes, des enfants, préservés des horreurs de la guerre civile à peine terminée, vivent loin de toutes les tentations de la « grande ville » dans un petit univers clos, où stagnent encore les légendes et les croyances des ancêtres. À la croisée de La Guerre des boutons et de la trilogie des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol, L’Année des pluies est un régal pour qui aime les histoires simples et les personnages authentiques ; la saveur des unes et la verdeur des autres plongent le lecteur dans un monde qu’il regrette d’avoir oublié ou bien de ne pas avoir connu.
Sud Ouest, 12 juin 1994 par F.G.
La vie rurale a longtemps inspiré la littérature espagnole. On croyait le genre épuisé, enlisé dans une tradition réaliste qui avait fait son temps. Le voici renouvelé avec L’Année des pluies, chronique d’un village espagnol hors du monde et du temps. À San Andrès on parle un langage sans fioritures et les gestes de l’amour ignorent les subtilités de la séduction courtoise. On craint moins Dieu que la fatalité et on n’accorde qu’une importance relative à la mort. Au loin, la guerre gronde. Des soldats passent parfois à la recherche de « rouges » mais tout le monde se tait, car « la guerre, elle n’a pas eu lieu. Celui qui a tiré un mauvais numéro n’a pu lui échapper, mais les autres ne l’ont pas connue ». Naza et Zaca, deux adolescents, s’intéressent, eux, aux femmes qui vont se laver à la rivière, et en particulier à Flori la Lapinette... C’est là un des beaux moments de ce livre qui fait songer à un retable médiéval, truculent, triste et violent.
La Montagne, 8 mai 1994 par Daniel Martin
Un roman proche de la chronique villageoise qui a pour cadre San Andrès de la Sierra, un coin paumé d’Espagne. Quelques maisons, une centaine d’habitants loin des fureurs du monde, des guerres, des révoltes. Comme hors du temps. L’Année des pluies, c’est l’année de l’éveil pour une bande de gamins arrivés à cet âge où les jeux de l’enfance n’ont plus d’intérêt mais les filles beaucoup, pour en parler, en rêver. On les retrouve, d’une page à l’autre, voyeurs rougissants, tripoteurs maladroits, amants débutants ou livrés aux fantaisies de veuves encore jeunes, amoureux fous noyés dans des histoires trop vastes pour ne pas tourner au tragique. Sous la verdeur des sentiments, sous le rire, sous la brutalité, se cachent dans ce roman des histoires d’une incroyable beauté. |

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