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  L’Anthologie du renoncement

  Bayhaqi

  Traduction de l’arabe
Accompagnée de 400 notices biographiques par Roger Deladrière

  336 pages
22,10 €
ISBN : 2-86432-196-3

Résumé

« Le jour de la résurrection, quand on pèsera l’encre des savants et le sang des martyrs, c’est l’encre des savants qui l’emportera. »
Ainsi parlait Bayhaqi, qui vécut au début du XIe siècle dans le Khurasan. Il jeûna chaque jour d’une vie qu’il voua à recueillir, approfondir et transmettre les paroles des saints personnages depuis la naissance de l’islam.
Son Anthologie rassemble les hadiths du Prophète, les sentences des sages, les vers des grands poètes consacrés au renoncement, attestant ainsi, dans la pensée et la pratique de l’islam, une longue tradition autour de ce thème que Bayhaqi lui-même résuma par ces mots : « Celui qui aime Dieu ne saurait avoir besoin de rien d’autre que Dieu. »



Extraits de presse

     Bulletin critique des Annales islamologiques, n° 13,
     par Geneviève Gobillot,

     À la suite du Traité de soufisme de Kalabadi, de l’Enseignement spirituel de Gunayd, du Tabernacle des lumières de Gazal, de deux œuvres d’Ibn ’Arabi : La Vie merveilleuse de Dhû-l-Nûn et La Profession de foi, enfin de La Lucidité implacable de Sulami, Roger Deladrière propose la première publication en français d’une œuvre d’Abu Bakr Ahmad b. ’Ali al-Bayhaqi (m. 458/1066), le Kitab al-Zuhd al-kabir. Cette remarquable traduction s’avérera précieuse, aussi bien pour les spécialistes et les chercheurs que pour tout lecteur désireux d’acquérir une connaissance approfondie de la spiritualité islamique.
     L’anthologie se présente, en effet, comme un recueil de traditions traitant de l’ensemble des thèmes relatifs au renoncement : le contentement de peu (qana’a), l’isolement (’uzla), l’effacement de soi (humul), l’abandon du monde (tark al-dunya), l’opposition à l’âme et à la passion (muhalafat al-nafs wa-l-hawa), la limitation des espoirs (qasr al-amal) et l’empressement à accomplir les œuvres avant le terme de sa vie (al-mubadara bi-l-’amal qabla bulug al-agal), le zèle dans l’obéissance (al-igtihad fi-l-ta’a), la sauvegarde de la condition de serviteur (mulazamat al-’ubudiyya), la piété scrupuleuse (wara’) et la piété vigilante (taqwa).
     Cette œuvre met en évidence un aspect souvent méconnu de la personnalité de Bayhaqi, présenté le plus souvent sous l’angle de son appartenance au groupe des théologiens as’arites puisqu’il fut élève d’al-Hakim al-Nisaburi (m. 405/1014) et contemporain de Guwayni et Qusayri et que, suite à la persécution contre les as’arites qui commença en 440/1048, il adressa une lettre au vizir ’Amid al-Mulk al-Kunduri dans laquelle il prend la défense de son groupe. Subki nous a transmis le texte de cette missive dans laquelle il affirme avec force sa conviction de l’appartenance d’al-As’ari aux Ahl al-sunna wa-l-gama’a (Tabaqat al-safi~iyya al-kubra, Le Caire, 1964-1976, Tome III, p. 395-399).
     Or, l’auteur se montre dans cet ouvrage non seulement soucieux de faire en quelque sorte le point sur l’un des thèmes du soufisme qui sera l’un des plus contestés par certains docteurs de la loi islamique, mais il permet de se rendre compte, grâce au choix même de ses sources, que les plus grands traditionnistes de son époque, tout comme leurs prédécesseurs, y portaient un intérêt tout particulier. Roger Deladrière souligne en effet, dans son introduction, que l’un des rapporteurs les plus souvent cités, al-Hakim al-Nisaburi, est un traditionniste et non pas un soufi et qu’il a transmis à Bayhaqi, malgré cela, plus de sentences de Du-l-Nun al-Misri, d’Ibn Adham et de Sari Saqati, que Sulami, considéré pourtant comme la référence en matière de textes ascétiques et mystiques.
     Ceci n’a cependant rien d’étonnant si l’on considère que Bayhaqi a reçu les titres d’« homme célèbre par son renoncement et sa piété » et « humble devant Dieu » (voir Subki, Tabaqat, Tome IV, p. 8). Il a même rapporté, dans son Kitab al-madhal, une tradition relative à la vie de Safi’i, le fondateur de son madhab juridique, selon laquelle un homme serait venu interroger le grand juriste sur les fondements coraniques de la notion de consensus de la communauté (ittifaq al-umma). Safi’i, n’ayant pas trouvé immédiatement la réponse, prit la décision de mémoriser entièrement le livre sacré. Bayhaqi conclut : « Il semble que cet homme pouvait être al-Hadir », ce qui montre bien, en plus de sa vénération à l’égard du maître, à la fois sa familiarité et même sa conviction relativement aux phénomènes d’apparition de cet immortel guide des saints et des amis de Dieu (voir Subki, Tabaqat, Tome II, p. 243-245). De plus, s’il rapporte relativement peu de traditions traitant directement de la walaya, un grand nombre des sentences qu’il a recueillies ont servi de base à l’élaboration de ce grand thème de la spiritualité par les mystiques. Il est possible d’en donner pour exemple la tradition suivante, rapportée d’après Mu’ad Ibn Gabal : « Les serviteurs qui sont le plus chers à Dieu, ce sont les hommes pieux et effacés, que l’on ne cherche pas lorsqu’ils sont absents et que l’on ignore quand ils sont présents », présentée selon une autre variante et amplement commentée par Hakim Tirmidi dans son Hatm al-awliya’ (éd. Osman Yahya, Beyrouth, 1965, p. 363). Il est intéressant de remarquer, de plus, que, parmi les 989 sentences qui composent l’ouvrage, 167 sont des hadiths du Prophète, qui côtoient les traditions attribuées aux plus grands maîtres de la mystique et de la gnose.
     Cette publication comporte également un travail de recension très utile pour les chercheurs puisque chaque sentence traduite est suivie de la (ou des) référence(s) des recueils de traditions, des anthologies et des ouvrages dans lesquels elle figure également, sous la même forme ou selon une variante très proche. Cette recherche considérable et quasi exhaustive porte sur plus d’une soixantaine de titres allant des recueils de Buhari, de Muslim et de Tirmidi à ceux d’Ibn al-Mulaqqin et d’Ibn Hallikan en passant par Muhasibi, Sulami, Sarrag, Qusayri ou encore Ibn al-Gawzi par exemple. Il est aisé de saisir l’intérêt de cette méthode qui pourra servir de modèle aux éditions futures de textes de ce type, puisqu’elle établit les bases d’une recension générale des traditions relatives au domaine de la mystique.
     Enfin, il convient de noter que Roger Deladrière consacre une part importante à la biographie qui comporte l’identification de plus de 400 personnages rapporteurs ou transmetteurs de ces traditions spirituelles, ce qui apporte un outil précieux aux chercheurs ainsi qu’un enrichissement supplémentaire à la publication de ce texte important.

 

     Croire, mai-juin 1996, n° 516,
     par Jean Borel,
     Islam spirituel

     Il est assez navrant de constater qu’en cette fin de XXe siècle, les deux manières les plus courants d’appartenir à une religion sont soit le laisser-aller soit le fanatisme, soit le relativisme et l’agnosticisme indifférents soit l’intégrisme farouche. Aux yeux des laxistes et des tièdes, devenus majoritaires dans les pays occidentaux soi-disant christianisés, l’absence de certitudes, de foi et de connaissances religieuses véritables apparaît comme le gage de la tolérance et de l’impartialité, et comme l’expression de l’intelligence éclairée. Quant au zèle excessif et mensonger des fanatiques, il substitue tout simplement la violence à la confiance, les passions les plus viles à l’ascèse intérieure, et il confond ostensiblement l’autorité souveraine et libre de Dieu avec le désir de puissance et l’arbitraire humains.
     [...]
     Il nous semble donc de la plus grande importance de dépasser le niveau des préjugés abusifs et faciles, des craintes et des mépris illégitimes pour découvrir un aspect plus caché, mais combien plus réel et vrai, de la vie musulmane authentique. De même qu’il y a une mystique chrétienne, il y a une mystique musulmane qui traverse toute l’histoire de l’Islam, des origines à nos jours, et qui représente la quête de Dieu à ses divers degrés, de la simple dévotion intériorisée aux états mystiques les plus élevés.
     On donne le nom de « soufisme » à l’ensemble de cette ligne historique ainsi qu’à tous les courants auxquels il a pu donner naissance. Et ceux qui appartiennent au soufisme s’appellent les soufis. Ce mot vient du mot arabe « çuf », qui est le froc de laine blanche que portaient les moines chrétiens, bien connus en Arabie à cette époque et auxquels le Coran fait plusieurs fois allusion. Chercher Dieu, c’est revêtir la laine, réellement ou symboliquement, à l’imitation des spirituels chrétiens.
     C’est à un rythme accéléré que l’on édite actuellement les textes fondateurs des différentes écoles de soufisme et que l’on met entre les mains du large public tous ces trésors de spiritualité dont il est précieux de pouvoir connaître le contenu, quand bien même il y faut du discernement et de la prudence. [...]
     L’Anthologie du renoncement de Bayhaqi rassemble enfin les plus belles sentences du Prophète Muhammad et des Sages consacrées à la vertu théologale du renoncement. Ce mot qui n’a plus de sens dans la pensée des modernes, qui est même négatif dans leur bouche, n’est que l’envers d’une ouverture et d’une expérience de l’être et du cœur à Celui qui seul peut les combler, et à partir desquelles tout le reste n’est que vent et illusion. « Car celui qui aime Dieu, dit Bayhaqi, ne saurait avoir besoin de rien d’autre que de Dieu. » Faudrait-il que tous ces témoignages des poètes inspirés et des spirituels de l’Islam sur le contentement de peu, la retraite extérieure et intérieure, l’effacement de soi, l’abandon du monde, la sobriété, l’empressement à obéir et la piété vigilante nous rappellent autant de conseils évangéliques qui n’ont plus cours chez tant de soi-disant croyants ? Faudrait-il que l’esprit prenne ce détour des trésors spirituels de l’humanité pour nous ramener à la raison ? Dieu seul le sait qui dirige toutes choses, et ce n’est certainement pas pour rien que tant de livres précieux sont publiés en Occident avant qu’il ne soit peut-être trop tard.

 

     BCLF, n° 567, décembre 1995,

     Roger Deladrière, professeur honoraire d’arabe à l’université Jean-Moulin Lyon-III, continue son œuvre de mise à la disposition du public français des écrits spirituels arabes médiévaux. C’est ici le septième livre publié depuis 1981 ; après avoir traduit deux textes d’lbn ’Arabî, La Vie de Dhû’l-Nûn al-Misrî et La Profession de foi, ainsi qu’un texte de chacun des soufis suivants, Kalâbâdhî, Junayd, Sulamî, Ghazzâlî, il présente L’Anthologie du renoncement d’Abû Bakr al-Husayn b Ahmad al-Bayhaqî, né dans le canton de Bayhaq, au Khurâsân, à quatre jours de marche de Nishâpûr, et mort en 1066 dans cette ville où il avait enseigné dix-sept ans après avoir voyagé à travers tout l’Orient musulman. Il s’agit d’un recueil de 983 courtes sentences indépendantes, précédées du nom de leur rapporteur et traitant de l’obligation de renoncement, zuhd, et de solitude humaine, ’uzla, à laquelle doit satisfaire tout ascète, zâhid, sur la voie du rapprochement mystique avec la divinité. Ces sentences avaient été classées par Bayhaqî en cinq parties, regroupées autour d’un ou plusieurs thèmes, l’isolement, l’effacement de soi, l’abandon du monde, l’opposition à l’âme et à la passion, la limitation des espoirs, l’empressement à accomplir les œuvres, la vigilance perpétuelle, l’obéissance, le respect de la condition de serviteur, la conscience scrupuleuse. Il s’agit de textes d’origines variées, 167 hadiths muhammadiens, mais aussi dicts de familiers du prophète – ’Aysha est très souvent citée –, de Compagnons, de grands soufis dont Hasan al-Basrî, Dhû’l-Nûn, ainsi que de grands imâms du fiqh, Malik ibn Anas et Shâfi’i. Ni Abû Hanîfa, ce qui est compréhensible, ni curieusement Ibn Hanbal, ne sont cités ; pourtant même si Bayhaqî était ash’arite, la tonalité générale de son appel à la soumission aux obligations religieuses est nettement hanbalite. R. Deladrière a enrichi son travail de six pages de bibliographie, d’un glossaire de plus de deux cents termes arabes, traduits et commentés en français, et surtout d’une série de courtes notices biobibliographiques très richement documentées sur chacun des trois cents personnages mentionnés dans le texte. Cet ouvrage constituera pour les spécialistes du sentiment religieux musulman médiéval un utile instrument de travail. Par ailleurs, il éclairera ceux qui s’interrogent sur l’universalité ou la spécificité des impératifs éthiques, et de la discipline de vie édictés par chacune des trois grandes idéologies monothéistes, d’origine moyen-orientale.