La Croix, 14 septembre 1985, par Laurent Lemire, Ronde de nuit Envol de l’arbre amer est un livre en deux temps, deux confessions d’un même besoin de retrouver pour aimer. De celui qu’attend la jeune femme, on saura peu de chose, juste ce qu’il faut pour éveiller l’attention du lecteur. « Ses lèvres ont recherché d’autres paroles que j’écoutais depuis longtemps. » Ce premier thème, intitulé « Espace plomb », a été composé entre 1968 et 1969. « La peine est une histoire qu’il a tenue fermée », confie-t-elle. Plus loin, elle ajoute : « Aux lignes de son mal, j’ai confondu le mien. » Cette volonté d’osmose, de partage intense entre elle et lui est omniprésente à chaque vers. Le second thème porte le titre : Envol de l’arbre amer, écrit entre 1976 et 1979. Dix ans après, Nadine Cail y achève son rêve à la façon d’un somnambule. « Je m’en vais longeant les portes du sommeil » dans l’espoir d’y découvrir « mon amour de soleils de morts ». Nous assistons à un véritable son et lumière où les éléments déchaînés – le vent, le ciel, la terre – apparaissent dans une clarté du soir digne de la Ronde de nuit de Rembrandt. « Envol de l’arbre amer Où les branches s’éteignent Où grandissent les loups. » Ce bel appel d’amour s’adresse à la vie, à cet arbre masculin, image du cosmos vivant en perpétuelle régénérescence. La poésie de Nadine Cail est une poésie cosmique et son arbre est celui de la vie, celui du mazdéisme, la religion de l’Iran ancien. À bien des égards Envol de l’arbre amer s’apparente à une prière clamée au crépuscule. |