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  Back in the sixties

  Pierre Bergounioux

  64 pages
7,50 €
ISBN : 2-86432-383-4

Résumé

     La génération de l’après-guerre vieillit, mal, comme toutes l’ont fait. Ses espoirs ont périclité mais nulle ne fut plus riche, jamais, de pareils souvenirs.
     L’un d’entre eux conserve, contre vents et marées, la tangible consistance de la réalité. Isolée, pâlie, soumise au blocus des États-Unis, Cuba s’ancre dans la mer des Caraïbes comme un fragment préservé de nos jeunes années. On peut y marcher les yeux ouverts mais on se demande alors si l’on ne serait pas en train, pour le coup, de rêver.



Extrait du texte

     [...] Il n’y a pas que la peinture qui manque, à Cuba, qui souffre, en revanche, d’une pléthore de moustachus en uniforme du ministère de l’Intérieur. Des bonnes âmes ont dit tout cela mieux que je ne le saurais faire. C’est pourquoi j’ai parlé des rêves. Ils ont beau être immatériels, ils n’en sont pas moins réels. L’un d’entre eux s’attarde dans la mer des Caraïbes, précaire, pâli mais tangible, encore. Je l’ai fait.



Revue de presse

Presse écrite (extraits)

     Page, avril 2003
     par Emmanuel Favre

     Triste bilan pour Pierre Bergounioux. Sa génération, celle du babyboom, du plan Marshall et de la libération sexuelle, ne vieillit pas très bien. Les grands combats pour une société plus juste, plus généreuse, ne sont que de vagues et lointains souvenirs. Rien ni personne n’a pu empêcher la faillite du communisme ni la mainmise de l’argent sur la planète. Pour Bergounioux, « les trente dernières années se ramènent à rien. Elles constituent une régression sans précédent dans les domaines de l’innovation intellectuelle et de la lutte politique ». Pire encore, « pas un haut fait ni un fait d’armes pour dilater le cœur de l’humanité, rien que des abattoirs, des charniers, des tueries de rats d’égout ». Une invitation à Cuba lui fournit l’occasion de revivre ses jeunes années, de se remémorer l’entrée triomphale de Castro et de ses hommes dans La Havane, la réforme agraire et la Baie des Cochons. Loin cependant de Bergounioux l’idée de faire une apologie du régime castriste. Il sait mieux que quiconque ce que signifient ces murs défraîchis, ces trottoirs délabrés, ces boutiques mal achalandées. Son discours est apolitique, ailleurs (Bergounioux se méfiant qui plus est des belles âmes qui font feu de tout bois). Il fait sienne l’idée de Nicolas Bouvier selon laquelle on ne voyage pas pour se nourrir d’exotisme, mais pour que la route nous plume, nous rince, nous essore. Son Cuba n’a rien à voir avec celui des touristes qui sirotent des daïquiris sous les cocotiers. Il préfère s’émerveiller des Plymouth Belvedere et autres Buick Skylark, modèle 1953, qui lui rappellent sa collection de voitures miniatures, passer toute une matinée à regarder les gens qui l’entourent ou se promener dans les rues sans distinguer le rêve de la réalité. Une façon assez politique, finalement, d’entrevoir le monde.

 

     Europe, juin-juillet 2003
     par Karim Haouadeg

     Ce livre est né d’un voyage à Cuba. D’un déplacement, d’un changement de lieu. Mais le titre indique assez qu’il s’agit avant tout d’un livre sur le temps. Temps vécu et temps de l’histoire. Temps de l’espérance et temps de la désillusion. Progrès et réaction.
     Les premières pages sont un admirable et terrible réquisitoire contre l’évolution récente de l’Occident. Trente ans de régression et de médiocrité. L’ère de la « mondialisation » étant, d’une manière apparemment paradoxale, l’ère du rétrécissement de l’horizon intellectuel et mental. Un monde d’individualités anomiques dont les perspectives temporelles sont à l’image du marché, dont on sait qu’il n’a aucun projet, mais se contente d’évoluer, jour après jour, au rythme des cours de la bourse. Se rendre à Cuba c’est, pour Pierre Bergounioux, échapper momentanément à ce temps aveugle de l’Occident, à la faveur de ce qu’il vit comme un retour. Back in et non pas back to, notons-le. Un retour dans et pas un retour à ou un retour vers. Pas de nostalgie au sens propre du terme, mais au contraire une capacité à se rendre présents des temps révolus, des plaisirs et des désirs anciens : l’émerveillement de l’enfant devant les modèles réduits de voitures des années cinquante, ces mêmes voitures américaines dont Cuba semble être le dernier refuge, jouets immenses et dérisoires; l’entrée en dialogue avec ces inscriptions qui recouvrent les murs, pleines de sens contrairement au langage inarticulé des tags, dont les borborygmes se répètent à l’infini sur nos murs. Toutes ces petites choses, insignifiantes pour d’autres, mais que Pierre Bergounioux saisit avec une acuité remarquable et intègre à cette réalité, première pour lui, la réalité vécue. C’est précisément parce que, comme Husserl, il considère cette réalité vécue comme première, que l’apparition dans son horizon de pensée d’éléments hétérogènes, étrangers à son vécu quotidien, à la faveur d’un voyage, le fait pénétrer dans une dimension qu’il pense lui-même comme celle du rêve. Et le seul rameau d’or dont il ait besoin pour accéder durablement à ce monde du rêve, et pour y faire entrer le lecteur avec lui, cette chose qui mêle jusqu’à les confondre passé, présent et avenir, qui identifie temps vécu et temps historique, qui nous rend contemporains de ceux qui vécurent et luttèrent pour elle, porte un nom démodé : elle se nomme Révolution. C’est elle que Pierre Bergounioux, dans une langue lumineuse, chante. Et ce chant n’est pas un requiem (d’autres, suffisamment nombreux, s’y complaisent). Spartacus ou Robespierre sont vivants sous sa plume, et il accomplit ainsi ce qui est la vocation même de la littérature : faire qu’un instant au moins, celui de la lecture, le mort ne saisisse pas le vif.


Radio et télévision

« Les Jeudis littéraires », par Pascale Casanova, France Culture, jeudi 5 juin 2003