Le Monde, 29 mars 1996
C’est le mérite des œuvres immortelles, des œuvres-sources, de susciter toujours de nouveaux lecteurs et d’apparaître à leurs yeux comme des œuvres vives. Ainsi du Banquet de Platon. La séparation entre spécialistes universitaires et simples amateurs ou amoureux des textes est arbitraire. Cette magnifique leçon de lecture du Banquet, donnée par une helléniste distinguée, spécialiste du néoplatonicien Damascius – dont elle traduisit, chez le même éditeur, Des premiers principes –, l’atteste. Pour parler, avec respect, modestie et compétence de ce grand festin de mots sur l’amour et la beauté, rien n’est d’ailleurs plus nécessaire que de récuser cette séparation pour s’abandonner au « prodigieux transport qui [...] saisit à l’entour du bel objet..., l’apaisement délicieux qui le fait s’épanouir et engendrer ».
Libération, 2 mai 1996 par Marc Ragon
L’amour est enfant de Socrate Auteur d’une traduction critique des Premiers Principes de Damascius, Marie-Claire Galpérine fait entendre autrement la parole de Socrate quand, dans le texte du Banquet, il expose sa propre version de la naissance d’Éros. Socrate rappelle que Métis est l’aïeule d’Éros. « Grande divinité primordiale, fille d’0céan, Métis apparaît à l’origine du monde comme la pensée première. Elle est féminine. Et elle est ruse. » C’est à elle qu’Éros doit d’être « sans cesse en train de tramer quelque ruse » pour se procurer ce qu’il désire. Mais l’Amour ne peut jamais retenir ce qu’il obtient. En cela il est mortel, et ce désireux de la sagesse et de la beauté n’a donc rien d’un dieu – « l’autosuffisance divine exclut l’amour ». Au contraire, « Platon a fait de l’amour le symbole de la condition humaine dans sa dualité essentielle. Interprétant le mythe, Plotin dira de l’amant de la sagesse qu’il ne la chercherait pas s’il ne l’avait déjà trouvée ». Dans les pages suivantes, Marie-Claire Galpérine se révélera toujours plus attentive à la cohérence qui rattache le Banquet à la démarche mystique en général, et en particulier à l’œuvre du grand néoplatonicien que fut Plotin. Une lecture à laquelle l’helléniste Pierre Hadot sera sensible, puisque c’est aussi dans ce sens que le professeur au Collège de France renouvelle depuis des décennies notre compréhension du platonisme.
Choisir, juillet/août/septembre 1996 par P. Casadebaig
Cette brochure destinée à un large public constitue surtout une célébration de la lecture du Banquet, invitant à la faire ou à la refaire. La célébration ressortit plutôt à l’office de la rhétorique, mais elle peut avoir aussi, et c’est le cas en l’occurrence, une valeur protreptique. L’auteur, connue des spécialistes pour ses travaux sur la philosophie néoplatonicienne, insiste sur le fait que la généalogie de la dialectique l’assigne à la descendance de la déesse Métis, et annonce que « l’étude de la dialectique platonicienne dans le champ de la Métis devrait faire l’objet d’un travail ultérieur » (p 10). Ici se trouvent principalement évoqués l’élévation du discours de Diotime, et les paradoxes de la personnalité de Socrate, telle que la décrit Alcibiade. |