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Roman
Traduit de l’espagnol par Bernadette Paringaux
Épuisé |

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128 pages
ISBN : 2-86432-213-5 |
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Ce récit est la confidence murmurée d’un éveil. Au sortir de l’enfance, deux figures initiatrices vont guider l’héroïne vers l’âge adulte : le père et l’amie. Celle-ci, Bruna, vit à Cochabamba, un vieux quartier de Madrid aux sonorités exotiques, lieu métaphorique d’une zone interdite que les deux jeunes filles commencent à explorer. Plus que l’anecdote c’est le caractère volatil, mais prégnant comme un rêve, de la narration qui capte le lecteur. Des errances au côté de son père, dans les rues d’un autre Madrid, elle gardera leur goût commun pour les lettres et la nostalgie inguérissable d’une relation qui n’a pas eu lieu. Bruna puise amplement dans la mémoire personnelle de l’écrivain. Mais le souvenir est comme en retrait, il n’est là que pour laisser affleurer une musique oubliée : celle de la jeunesse. |

Bien souvent, un arrêt d’autobus désert par une froide après-midi m’a renvoyé cette image lointaine et adolescente de Bruna, avec son manteau noir à large col, les cheveux si courts que le vent les soulevait à peine – elle fumait, distraite. Derrière, entourée d’eucalyptus, la maison abandonnée du fou. Je n’avais jamais connu la peur, mais dès que Bruna m’eut parlé de lui, cet homme qui se promenait seul les nuits de pleine lune occupa mes rêves, comme toutes les histoires qu’elle me racontait dans le terrain vague : les contes d’Edgar Allan Poe ou les films du cinéma Roma. Cycle d’épouvante. J’écoutais ses récits et je sentais peu à peu la frayeur me gagner. C’est peut-être pour cela que ma première image de la peur, la plus lointaine, est celle de cette maison, du murmure du vent dans les arbres et de la voix douce de Bruna, émerveillée, prise dans ce monde de fantômes et de revenants. Cette même fascination, je l’éprouvais à l’égard du remords poignant qui me tenaillait durant tout le trajet du quatorze, après m’être échappée précipitamment du collège en sautant par-dessus la clôture, cachée parmi les arbres afin de tromper les surveillants. C’était la grande aventure. Tandis que je courais sur le chemin qui m’éloignait du collège, tremblant et riant encore, je songeais à Bruna qui m’attendait à l’arrêt d’autobus, à Cochabamba, dans le terrain vague, et je sentais que chaque escapade, telle une rupture brusque et libératrice, m’éloignait davantage de mon enfance, mais je savais également que si Bruna ne s’était pas trouvée là-bas, je n’aurais jamais eu le courage d’agir de la sorte ; ainsi, les jours où elle ne m’attendait pas à l’arrêt du fou, je n’osais même pas passer près de la maison. Je contemplais, déçue, l’arrêt désert et je me découvrais déconcertée, perdue dans le quartier, puis je me lançais en courant à sa recherche. La maison était loin derrière moi, mais l’odeur des eucalyptus et le bruit du vent dans les branches me poursuivaient jusqu’à ce que je passe le coin de la rue, en direction du terrain vague. |

Le Monde, 17 mars 1995 par Florence Noiville
Quels souvenirs obsédants, quelle part enfouie de son existence Sonia García Soubriet tente-t-elle inlassablement de mettre au jour ? Quel malentendu avec elle-même s’acharne-t-elle à vouloir lever ? Dans Bruna, comme dans L’Autre Sonia son premier récit, cette jeune femme originaire de la Mancha explore les territoires oubliés de l’enfance, consignant l’une après l’autre les plus infimes réminiscences, traquant les plus volatiles des sensations. Ses pages sont pleines de bruits, d’odeurs, de couleurs : cliquetis nocturne et rassurant de la machine à écrire paternelle, draps « collants et froids », ciels « mous et humides » des étés espagnols, air « poisseux » où voltigent les moustiques, « craquements secs » provoqués par les « courses rapides des rats sautant de palmier en palmier » Chaque image en appelle une autre, insolite parfois. Comme celle des rats, justement : « Nous les attendions toutes les nuits, trop fatigués pour les attraper et vérifier s’il était vrai que, lorsqu’on leur coupe la queue, elle continue à vivre en sautant convulsivement, et qu’une autre, beaucoup plus longue, leur pousse aussitôt après. » Mais ce récit d’un temps perdu ne coïncide avec aucun souvenir heureux. Sans doute parce que la narratrice ne s’aime guère. Sans indulgence, elle décrit son « sourire faux de petite fille gentille », son « sentiment d’être infiniment vulgaire et insignifiante », « coupable de se laisser porter par la vie ». Promenant son dégoût d’elle-même à travers les rues de Madrid, la narratrice de Sonia García Soubriet traverse clandestinement la ville, chaque jour, pour rejoindre Bruna, une adolescente qui est un peu son âme damnée. Imprévisible et délurée, cette créature charmeuse l’initiera, entre deux lectures de Frankenstein, au vagabondage et à la désinvolture, à l’amour, à l’audace, aux provocations, aux coquetteries, aux après-midi d’errance entre un cinéma et un terrain vague. Un programme qui dessine un art de grandir lié, comme il se doit, aux interdits, aux silences et à la transgression. D’une écriture élégante et subtile, Sonia García Soubriet compose ainsi le bref récit d’un bouleversement ordinaire : le passage de l’enfance à l’âge adulte. La qualité des notations, l’art d’effleurer sans peser, font le charme discret de cette description.
Infomatin, 13 mars 1995 par Gérard de Cortanze
Sonia García Soubriet pratique le texte court, le récit qui n’est plus tout à fait une nouvelle mais n’est pas encore un roman. Dans L’autre Sonia, elle nous fait découvrir un petit village de la Manche où une étrange cousine jouait avec la mort. Dans Bruna, la jeune femme qui donne son titre au premier des deux récits composant ce livre erre dans une banlieue désolée, entre un vieux cinéma et un kiosque à journaux, sous le regard fasciné d’une petite fille. Le second texte voit une femme parcourir les rues de Madrid en compagnie de son père ; dans l’un et l’autre, les lieux sont remplis des souvenirs de l’enfance, de ses espoirs et du caractère trop volatil de ses rêves. L’enfance, ce « voyage oublié », comme l’appelle Jean de la Varende nous est restituée ici avec une belle amplitude et de subtils miroitements. Les insectes qu’il nous est donné d’observer deviennent nos commensaux, nos frères, les compagnons de jeu d’une jeunesse enfuie. Mystérieux et émouvant. |

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