Accueil
Littérature française
  Collection jaune
L’Image
Chaoïd
Fondation empreinte

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
grecque
japonaise

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines

Art et architecture

Tauromachie

Cuisine

Revues


vidéos

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  La Cérémonie de la naissance

  Benny Lévy

  128 pages
12 €
ISBN : 2-86432-431-8

Résumé

   L’acte de naissance de Benny Lévy – la publication d’entretiens avec Jean-Paul Sartre sous le titre « L’Espoir maintenant » – fut suivi d’une tentative de mise à mort.
   Le bruit du scandale recouvrit les voix en dialogue des deux hommes. La volonté d’élaborer une « pensée à deux », caricaturée en « détournement de vieillard », fut vilipendée sans examen par les sartriens. La naissance d’une orientation de pensée, partant de la pensée de Sartre et développant certaines de ses intuitions dans un sens inattendu, mais dont Sartre reconnut la pertinence, fut immédiatement ensevelie par La Cérémonie des adieux. L’inattendu était inacceptable.
   Si les tensions s’apaisèrent avec le temps, le parfum du scandale resta attaché au nom de Benny Lévy, lorsqu’il n’était pas purement et simplement tu.
   Le scandale ne saurait interrompre la pensée. L’orientation avait été donnée par les entretiens, durant de longues années, entre Sartre et Benny Lévy. Ce dernier s’efforça pour sa part, loin de toute polémique, de réaliser le programme esquissé dans « L’Espoir maintenant ».
   Les textes réunis ici témoignent de ce travail. Grâce à Sartre, Benny Lévy était né, abandonnant les pseudonymes pour revenir à la « réalité juive » (Sartre). Tout restait cependant à faire pour sortir de l’ignorance de cette réalité. La naissance de Benny Lévy eut lieu dans la confusion. Il dut s’arracher à cette confusion et, pour cela, quitter Sartre grâce à Sartre.
   L’ouvrage s’achève par un extrait de cours dans lequel Benny Lévy revient, en 2002, sur sa relation avec le philosophe, et dessine le trajet qui le conduisit à la décision de rompre avec la cérémonie de la naissance pour faire retour au réel du Juif.


Moteur de recherche dans l’ouvrage

  Accès à l’outil documentaire



Extraits de presse

   Bulletin critique du livre en français, avril 2005

   L’article qui donne son titre à ce recueil de textes a d’abord été publié en anglais. Dans La Cérémonie de la naissance, il est question de la naissance (de Jean-Paul Sartre) au travers de l’ouvrage Les Mots. Mais, d’une certaine façon, ce titre, passé en tête de recueil, déborde Sartre et nous parle plus précisément de la relation entre Sartre et Benny Lévy, dont on sait qu’il fut, sous un autre nom, son secrétaire. Cette relation, il est vrai, fait à Sartre la place d’un éveilleur, et comme le précise B. Lévy, un éveilleur au Retour, un éveilleur à la pensée du Retour. Dès lors, cette cérémonie de la naissance – B. Lévy naissant grâce à Sartre – qui s’est probablement opérée au milieu d’une grande confusion, est aussi devenue une cérémonie des adieux. B. Lévy a quitté Sartre, grâce à Sartre, en devenant simultanément un bon révélateur de certains points difficiles de la doctrine de Sartre. La relation entre les deux écrivains est certes complexe, mais elle a permis à l’un et à l’autre de déployer son œuvre ou la fin de son œuvre. B. Lévy le précise d’ailleurs : « je ne vous le cache pas, je cherche, dans ces allers-retours, les accrocs, les accidents ». C’est dire si la discussion, article par article, se raffine et prend de l’ampleur. Les quatre premiers articles datent cependant des années 1975-1986, tandis que les deux derniers datent de 2000-2002, ce qui indique aussi que leur teneur diffère largement. Le seul point commun est sans aucun doute le mode d’écriture. On pourrait parler d’une écriture « à la citation ». Les textes de Sartre sont abondamment cités, au cœur d’un commentaire qui dérive par rapport à eux, afin d’établir le plus souvent autre chose. À dire vrai, cela donne à cet ouvrage une double dimension : celle du commentaire de passages de Sartre et celle de l’élaboration de la pensée propre de B. Lévy. Partant de la question sartrienne de la révolution, des rapports entre le possible et les limites, l’auteur débouche sur la découverte d’un Sartre « imprévu », le Sartre qui a fécondé le « retour des juifs ». On se retrouve devant la même question que celle de la révolution, mais sous un autre angle, celui des rapports entre le particulier et l’universel. Pour ceux qui maîtrisent bien la pensée de Sartre, et désormais la pensée de B. Lévy, cet ouvrage est passionnant, très suggestif, et d’une très grande cohérence.



   Le Point, 17 mars 2005
   Benny Lévy
   par Bernard-Henri Lévy

 Puisque le nom de Benny Lévy semble devoir être décidément absent des cérémonies commémoratives du centenaire de la naissance de Sartre, qu’il me soit permis de revenir, une fois encore, sur l’importance qu’eut, à la fin des années 70, autant dire il y a un siècle, la rencontre du plus grand philosophe français vivant et du jeune chef maoïste. Du côté de chez Sartre, la rencontre remettait en route le moteur d’une pensée en panne depuis La Critique de la raison dialectique ; elle accouchait, au forceps du signifiant juif, d’un dernier Sartre, d’un très jeune Sartre, libéré de ses aveuglements et de ses impasses ; elle permettait à ce Sartre ultime d’envisager rien de moins que l’écriture de sa fameuse morale, la rupture rêvée avec l’hégélianisme et la remise sur le métier, via l’idée messianique, du vieux concept d’Histoire. Du côté de chez Benny – on le voit, très clairement, dans le recueil que les éditions Verdier ont intitulé La Cérémonie de la naissance – la rencontre permettait d’en finir avec le gauchisme ; d’amorcer une critique de fond, peut-être une sortie, du progressisme ; d’ourdir enfin, à l’insu de tous, en se faisant, tour à tour, le représentant de Sartre auprès des puissances lévinassiennes et celui de Levinas auprès du Saint-Siège sartrien, une extraordinaire conspiration philosophique au terme de laquelle toute une génération de jeunes intellectuels juifs oublieux, comme lui, de leur judaïsme se réapproprieront la Bible et le Talmud. Aventure majeure. Moment littéralement décisif. Deleuze insistait souvent sur l’importance, en philosophie comme dans les romans, des « personnages conceptuels ». De même faudrait-il dire, en philosophie comme au théâtre, l’importance des grandes scènes – et voir ici, dans ce jeu à trois, l’une des scènes philosophiques majeures de la seconde moitié du XXe siècle.



   Le Point, 24 février 2005
   Le Sartre de Benny Lévy
   par Bernard-Henri Lévy

   On connaît la scène. On se souvient de la rencontre, quelques années avant sa mort, entre le dernier Sartre, aveugle, presque impotent, incroyablement las et sombre, et un tout jeune homme, Benny Lévy, venu de la même souche maoïste dont on ne se lasse décidément pas de vérifier la puissance séminale. Et on se souvient du scandale, des cris de rage et de stupeur, quand parut, dans Le Nouvel Observateur, sous le titre apparemment peu sartrien de « L’Espoir maintenant », le fruit de ces échanges – on se souvient de la sidération de la « famille » face à l’image de ce nouveau Sartre expliquant qu’il avait, grâce à son jeune secrétaire, découvert les textes de la pensée juive et qu’il trouvait, dans ces textes, l’essentiel de ce qui lui semblait requis pour sortir des impasses philosophiques et politiques où il se sentait pris depuis vingt ans ; on se souvient des accusations de « détournement de vieillard » proférées à l’encontre de ce « petit rabbin talmudique » (sic) qui avait le culot de faire dire au plus grand philosophe français vivant qu’il y avait, dans leurs dialogues sur la résurrection des corps ou le messianisme, l’amorce d’un ouvrage qui, si le temps lui était donné de l’achever, ne devrait « plus rien laisser debout » de l’architecture de L’Être et le Néant et de Critique de la raison dialectique. Les éditions Verdier ont eu l’heureuse idée, vingt-cinq ans après, de rassembler les pièces du dossier. Elles nous donnent plus exactement, avec les textes écrits par Benny Lévy lui-même dans cette période et dans celle qui suivit, l’autre version de l’histoire, l’autre scène sur laquelle elle s’est jouée et dont on ne voulait étrangement rien savoir. Il y a là le texte de 1975 sur Sartre et le gauchisme. Le très beau « Apocalypse » de 1979. La réponse cryptée, trois ans plus tard, à la La Cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir. Un texte décapant sur Sartre et la Résistance. Un autre sur ce Sartre « juif pour deux » qui l’a ramené, lui, Lévy, sur les traces de son propre judaïsme. Un texte de 2002, enfin, juste avant sa disparition, où il esquisse le portrait d’un autre Sartre qui ne serait plus le père fondateur du progressisme contemporain. Et c’est, au fil des pages, toute une autre histoire qui s’écrit – une extraordinaire aventure à deux, une scène philosophique inouïe, une sorte de double naissance, à la lettre de connaissance, où l’on ne sait plus, soudain, si c’est Sartre qui naît à sa dernière pensée, Lévy à son propre nom, ou si l’on est en train, pour parodier un mot fameux de Sartre lui-même, de faire d’une pierre deux coups en assistant à la naissance, simultanée, de deux hommes libres. Lisez. C’est passionnant.