Il est des livres qui pourraient passer inaperçus tant ils parlent de tout et de rien, de la vie ordinaire, de choses infimes, bref du plaisir de vivre. Recueillir une émotion ou la beauté d’un paysage, capturer une scène prise sur le vif dans la rue ou saisir un instant de plénitude... Composé d’une succession de fragments ou de textes en prose, C’est la vie est de cette veine-là. Mais le terme prose a-t-il encore un sens quand la matière poétique est si présente qu’une lecture habite son lecteur, bien longtemps après que l’ouvrage a été refermé ? Anne Thébaud, La Quinzaine littéraire, 16 mai 1997.
Habité par le verbe qui donne une réalité concrète aux perceptions intimes, ce poète voyageur, plus que sa sensibilité, livre ses impressions. [...] Gil Jouanard aiguise son acuité pour pénétrer et renouveler sans cesse son désir et ses sensations du monde : un square, une carte postale, un légume, un paysage, une région, une rencontre. Tout ce qui s’offre se doit d’être un sujet d’étonnement. L’errance et les mots comme une patrie. La poésie, défi lancé au silence, comme l’expression la plus précieuse du langage. Écrits au fil de la plume, ces petits textes font penser à un omnibus : on prend son temps, on regarde, on s’arrête, on repart, on effleure une vérité. Vouloir tout avaler d’un trait serait en rompre le charme. [...] Sa langue riche, imagée, précieuse parfois, ne se donne pas : elle requiert de l’attention, exige un effort. Á déguster au compte-gouttes. Notes bibliographiques, juin 1997.
Gil Jouanard appartient à la famille de ces prosateurs raffinés qui délivrent la poésie de son carcan formel. D’un livre à l’autre, il fait jouer le prisme d’une langue délicate, habile à capter la lumière des lieux, la fugacité des impressions de voyage, à dresser des croquis, à fixer la partition du monde. Créations, avril 1997. |