Acta, mardi 23 décembre 2008
Céline Michon Richard par Florian Pennanech
La Liberté, samedi 5 juillet 2008
Un essai sur Pierre Michon par Alain Favarger
Fils d’instituteurs né dans la Creuse en 1945, Pierre Michon est un écrivain rare, qui publie peu, en général des livres brefs, à la langue épurée et ciselée. Cet auteur du silence, convaincu que la littérature a besoin de patience et de secret, fascine depuis la parution de son premier livre,
Vies minuscules (Gallimard, 1984), une petite cohorte d’admirateurs et d’inconditionnels. Parmi lesquels le critique littéraire Jean‑Pierre Richard, auteur en 1954 du fameux
Littérature et sensation (Ed. du Seuil). Dans un petit essai stimulant, il s’attache à décortiquer l’univers et les obsessions de Pierre Michon, en particulier l’imprégnation de ce dernier par Rimbaud (on aurait pu ajouter Haubert, Melville ou Faulkner) et par les œuvres de Goya et Van Gogh. Chez le maître espagnol, c’est la recherche d’une forme d’équilibre qui attire, dans l’exaltation d’une culture de la sensation, proche des jouissances simples, ce goût de l’instant qu’apportent la douceur de l’air, les oiseaux d’une tonnelle, le soleil dans les verres, les causeries infinies ou les œillades des majas.
Désir de sensualité contrastant avec les visions cauchemardesques hantant par ailleurs ce peintre de la noirceur et de la chute. Cependant que dans les toiles de Van Gogh, Michon traque les motifs du vent et de la colère, des cyprès tordus aux champs de blé soulevés et cardés par le mistral, ce perturbateur finissant par gouverner l’acte créateur. Une belle métaphore du maelström artistique.
Pages des libraires, avril-mai 2008
Filiations Par Aurélien Montryan
[…] Sur Pierre Michon, on lira avec profit et plaisir le bref livre que lui consacre Jean‑Pierre Richard. Dans ce recueil de cinq études, Richard, fidèle à sa méthode critique « thématique », qui interroge les rapports entre une écriture et le monde sensible, traverse l’œuvre de l’auteur de
Vies minuscules en s’arrêtant, précisément, sur quelques-unes des « vies » d’anonymes ou d’artistes (Rimbaud, Goya, Van Gogh), qui fournissent à Michon sa matière textuelle. Entre les « destinées minimales » et les destins exemplaires, Michon révèle, selon Richard, une sorte d’égalité, une équivalence existentielle : une difficulté à vivre, voire un échec fondamental. Toutes ces vies, surtout, sont des méditations et des médiations, qui permettent à l’auteur d’écrire, plutôt que son autobiographie, son « autolégende », et de faire courir, « de page en page, comme le signe d’une surprenante moisson d’être, ou de devenir. »