Quand Armand Gatti interroge la problématique de la science, il en
résulte un somptueux « Opéra mathématique » où le théâtre rencontre la
science et la poésie, comme visions du monde et formes d’abstraction
que l’on oppose habituellement.
À travers cette pièce, Armand Gatti poursuit sa « traversée des
langages » par quoi il s’efforce de trouver une improbable synthèse des
langages scientifique, philosophique, politique et métaphysique. Il
s’agit pour le dramaturge d’inventer un nouveau langage qui permettrait
ainsi de dépasser leur division. Et c’est en fin de compte la poésie
qui permet à Gatti d’inventer une perspective unifiée, un « langage
d’univers », grâce à une mise en symphonie de cette pluralité.
Le Couteau-toast d’Évariste Galois met en scène des personnages
qui ne sont pas des individus mais des groupes, des voix collectives –
ainsi : les groupes mathématiques, cycliques, commutatifs,
hypothétiques, ou encore le groupe des diseurs, avec au centre,
Évariste Galois, génie des mathématiques, mort dans un duel à 21 ans,
Gérard de Nerval et Auguste Blanqui, que le jeune mathématicien aurait
rencontrés en prison à Sainte-Pélagie. Tous ces personnages collectifs
se combinent selon des figures géométriques, trigrammes, hexagrammes,
issues du Yi-King, ou Livre des mutations, qui exprime la polarité au sein de l’univers entre le Yin (la femme) et le Yang (l’homme). |