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  Croissant fertile et croix gammée
Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine

  Martin Cüppers
Klaus-Michael Mallmann

  Étude
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine

  352 pages
18,50 €
ISBN : 978-2-86432-591-8

Résumé

Klaus-Michael Mallmann et Martin Cüppers ont élaboré la première étude globale allemande sur la relation entre l’Allemagne nazie et le Moyen-Orient arabe de 1933 à 1945. Une relation fondée sur la haine de trois ennemis communs : les Juifs, les Anglo-Américains et les Bolcheviks.
Leur collaboration, qui s’est d’abord traduite par l’envoi d’armes et de finances allemandes dans le monde arabe dès avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, s’est ensuite concrétisée lorsque le IIIe Reich a entrepris d’étendre ses conquêtes à l’Orient. Celui-ci a rencontré alors dans les pays du Moyen-Orient une certaine sympathie, attisée notamment par la propagande pro-allemande orchestrée par le mufti de Jérusalem en exil à Berlin.
Celui-ci soutenait pleinement les projets allemands de destruction du Yichouv (présence juive en Palestine) avant la création de l’État d’Israël.
La défaite militaire allemande en Égypte, en 1942, n’a pas mis un terme à la collaboration germano-arabe.
Les Allemands tentèrent dès lors d’infiltrer le Moyen-Orient par le biais d’agents arabes et n’hésitèrent pas non plus à recruter des musulmans d’Europe de l’Est dans la Wehrmacht et dans la SS.


Revue de presse

Presse écrite

   Nonfiction.fr, mercredi 21 avril 2010
   Si Rommel avait gagné…
   par Nicolas Patin



   Guysen International News, samedi 2 janvier 2010
   par Cyrano

   Deux historiens allemands se sont penchés sur l’histoire des relations entre le IIIe Reich et le monde arabo-musulman. Ces liens se nouent dès 1933 avec l’arrivée au pouvoir du chancelier Hitler, ils se concrétisent avec l’envoi d’agents secrets et d’armes aux insurgés arabes de Palestine, puis au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avec la création d’unités de combattants musulmans au sein de la Wehrmacht.

   Le ciment de cette alliance était l’antisémitisme et l’objectif commun l’extermination des Juifs. Son principal artisan a été Hadj Amin Al-Husseini, grand mufti de Jérusalem.
   Pourtant, cette alliance entre l’Islam et le régime nazi n’allait pas de soi, et cela pour plusieurs raisons. Mein Kampf contient une diatribe contre l’Islam, mais les Musulmans ont fermé les yeux sur ce passage hostile ou l’ont ignoré : les éditeurs avaient pris soin de l’expurger de l’œuvre d’Adolf Hitler dans sa traduction en arabe ; les mesures antisémites prises par Hitler en 1933 favorisaient l’immigration juive en Palestine ; jusqu’à 1938. les nazis cherchaient à ménager la Grande-Bretagne alors que les nationalistes arabes de Palestine étaient en guerre ouverte avec la puissance mandataire. Cet obstacle sera levé après l’invasion de la Tchécoslovaquie par le Reich en 1938, prélude à la Deuxième Guerre mondiale.

   Hadj Amin Al-Husseini et Al-Gailani, deux notables arabes exilés à Berlin
   En 1941. Hadj Amin Al-Husseini, mufti de Jérusalem, a déjà un lourd passé d’agitateur en Palestine. Responsable d’émeutes et d’attentats anti-juifs, il est recherché par la police britannique.
   Al-Gailani, ex-premier ministre du gouvernement irakien, est l’auteur d’une tentative de putsch en Irak et, avec Al-Husseini, l’un des responsables de l’insurrection anti-britannique dans ce pays.
   Après l’échec de cette insurrection, malgré le soutien des forces allemandes1, les deux hommes ont pu clandestinement quitter le Proche-Orient et gagner Berlin, où ils ont offert leurs services aux autorités allemandes. Les complices d’hier, devenus rivaux, se disputent âprement la place de leader du monde arabe. Le mufti triomphera de cette compétition. Le gouvernement allemand met à sa disposition des fonds, des locaux, du personnel, ce qui lui permet de créer un service de renseignement très performant. Il devient l’interlocuteur incontournable des nazis sur toutes les questions concernant le monde arabo-musulman.
   Le mufti a l’honneur de s’entretenir avec le chancelier Hitler en novembre 1941. Ses activités le conduisent aussi à rencontrer Mussolini. Il joue un rôle déterminant dans l’engagement de Musulmans dans l’armée allemande.

   Une opinion publique arabe-musulmane favorable à l’axe
   Les auteurs estiment que l’opinion publique des pays arabo-musulmans était, à une écrasante majorité, favorable à l’axe et « la rue arabe » exprimait ouvertement son admiration pour Hitler que certains considéraient comme un sauveur, le douzième imam envoyé sur terre selon des prédictions anciennes.
   Les motivations variaient d’un pays à l’autre : pour les habitants de l’Irak, de l’Iran et de l’Egypte, les Allemands apparaissaient comme les futurs libérateurs du « joug britannique » ; pour les Arabes de Palestine, les nazis étaient leurs alliés contre l’ennemi sioniste.
   Le dénominateur commun de l’alliance avec le Reich était l’antisémitisme, attisé chez les Musulmans par les radios allemandes avec les discours enflammés du mufti contre les Américains, les Britanniques, les Bolcheviks, présentés comme les valets de « la juiverie internationale ». Cette propagande haineuse en arabe se déversait sur le Proche-Orient, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
   Les sympathies envers l’Allemagne nazie se manifestaient par des graffitis sur les murs des villes, par le salut « Heil Hitler » au lieu de « Salam », par des attentats et des sabotages à l’arrière des lignes anglaises en Palestine et même, en Irak, par de véritables affrontements avec les troupes britanniques.
   Parmi les dirigeants ou les futurs dirigeants arabes favorables à Hitler figuraient le roi d’Arabie Saoudite, Ibn Séoud, Gamal Abdel Nasser, lecteur des Protocoles des Sages de Sion et Anouar al Sadate.

   Al-Husseini et la Shoah
   Le zèle antisémite du mufti, parfaitement informé de l’extermination des Juifs d’Europe par ses amis Himmler, Goebbels et Eichmann, l’a amené à envoyer un délégué visiter un camp de concentration et à effectuer des démarches pour s’opposer à un accord (négocié avec le Joint par l’intermédiaire de la Croix Rouge) prévoyant le sauvetage d’enfants de Pologne, de Hongrie et de Slovaquie : cela renforcerait le judaïsme en Palestine pour le mufti ! À la suite de son intervention, le projet fut annulé.
   Après la guerre, alors que les crimes monstrueux de l’Allemagne nazie et de ses alliés ont éclaté au grand jour lors du procès de Nuremberg, des « historiens » ont tenté de présenter les prises de position du mufti comme liées à un opportunisme politique, â une alliance de circonstances (« les ennemis de mes ennemis sont mes amis »), et non pas comme une adhésion au nazisme. M. Cüppers et K.-M. Mallmann démontrent qu’une telle interprétation ne résiste pas à l’analyse des faits. Les pressions exercées par le mufti en faveur de la déportation d’enfants juifs en sont un exemple, parmi d’autres.

   L’Afrikakorps en juillet 1942 : un péril mortel pour le Yichouv
   En juillet 1942, après avoir vaincu les Britanniques, l’Afrikakorps, sous les ordres du Feld-maréchal Rommel est aux portes de l’Egypte qu’il s’apprête à envahir. C’est l’ultime étape avant le Sinaï et la Palestine. Le commandement allemand prévoit l’envoi de spécialistes des assassinats de masse, forts de leur expérience sur les populations juives de l’est européen, tueries réalisées avec le concours de supplétifs locaux2.
   Et l’on imagine ce qui serait advenu du Yichouv, sans la victorieuse contre-offensive de la huitième armée britannique dirigée par le maréchal Montgomery. Les supplétifs locaux n’auraient pas manqué pour l’accomplissement de l’extermination des Juifs de Palestine, pas plus que n’avaient manqué les « bonnes volontés » en Lituanie pour participer à l’assassinat de plus de 130000 Juifs en 1941.

   Les volontaires musulmans dans les armées d’Hitler
   À partir de 1941, des milliers de Musulmans, d’origine turque, croate, bosniaque… se sont engagés dans la Wehrmacht, et tout a été fait pour les y accueillir en frères : fez spécialement conçu pour eux au lieu du képi, alimentation sans porc ni alcool, unités majoritairement musulmanes avec un encadrement germanique, imams assurant le respect de la religion de Mahomet, et même conférences sur la parenté (?) entre les idéologies de l’Islam et du national-socialisme. Le couronnement de cette fraternité d’armes a été la constitution d’une division musulmane de Waffen-SS.
   On sait peu de choses sur les exploits de ces guerriers, affectés en Yougoslavie à la lutte contre les partisans de Tito, sinon qu’ils ont commis des crimes de guerre contre les populations civiles.
   Mais ces tentatives de création de divisions islamiques ont abouti à un fiasco : des désertions massives ont conduit à leur dissolution avant la fin de la guerre.

   Après la défaite allemande : une collusion souterraine
   Les criminels de guerre allemands ont été nombreux à échapper à la justice. Certains ont fui vers l’Amérique latine, d’autres vers les pays arabes : en Egypte, ils ont pu accéder à des postes de responsabilité comme conseillers militaires du Raïs ; Aloïs Brunner, chef du camp de Drancy, a trouvé refuge en Syrie ; enfin d’anciens SS sont devenus instructeurs dans les camps palestiniens du Liban.
   Hitler est demeuré populaire dans le monde arabe. Le mufti, membre du « haut-comité arabe » a poursuivi sa lutte contre Israël et contribué à l’union sacrée, le Djihad, contre « l’entité sioniste » en 1947 et 1948.

   Conclusion
   Cette étude très fouillée des relations entre l’Islam et le IIIe Reich est le fruit de travaux de recherche considérables, dont témoigne une imposante bibliographie comportant une longue liste d’archives allemandes.
   Ces relations s’inscrivent dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale au cours de laquelle les nazis ont trouvé des alliés, des recrues et des collaborateurs dans les pays occupés, y compris parmi d’anciennes nations ennemies3.
   Il faut remercier les éditions Verdier d’avoir fait traduire cet essai. Un petit bémol cependant, quelques maladresses dans l’écriture ou la traduction. Mais ce sont là des défauts mineurs : ce livre, qui fourmille de détails inédits ou peu connus, passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’histoire.

   Notes
   1. Les forces allemandes ont pu disposer librement des aéroports de Syrie et de stocks d’arsenaux de l’armée française, grâce à l’obligeance du régime de Vichy.
   2. Leur chef est l’Obersturmbannführer Walther Rauff, inventeur des camions de la mort, dont les gaz d’échappement provoquaient l’asphyxie des détenus.
   3. C’est ainsi que les forces de Vichy se sont opposées au débarquement américain en Afrique du Nord, du 8 novembre 1942, tandis qu’elles ont ouvert les portes de la Tunisie au corps expéditionnaire allemand.



   Libération, mercredi 30 décembre 2009
   par Olivier Wieviorka

   Si les guerres opposant Israël à ses voisins dominent depuis plus de quatre décennies l’actualité, elles ne doivent pas occulter les relations tendues qui opposèrent, dès le premier XXe siècle, Juifs et Arabes, la Seconde Guerre mondiale jouant un rôle essentiel. Deux historiens allemands rappellent cette évidence. La victoire de Hitler fut saluée par une large partie des élites et des populations, bien que la politique d’émigration un temps lancée par le IIIe Reich vers la Palestine ait jeté un froid. Le conflit déclenché contre la Grande-Bretagne suivi de l’invasion de l’Union soviétique rattrapa ce faux pas, en renforçant l’alliance objective qui pouvait unir l’Allemagne et une partie du monde arabe. L’Allemagne expédia armes et experts, soutenant certains mouvements nationalistes, telle la révolte ourdie en Irak par Rachid Ali 1941. Les premiers succès de la Wehrmacht au Moyen-Orient furent salués avec joie, l’avancée des troupes en Egypte déclenchant une vague brutale et meurtrière d’antisémitisme.
   Pour sa part, le Grand Mufti de Jérusalem ne dissimula jamais l’intérêt qu’il portait à la politique raciale du Führer, rencontrant à de multiples reprises Adolf Eichmann et dépêchant des délégués visiter le camp de Sachsenhausen. Assis sur une documentation de première main, ce livre apprend beaucoup sur l’histoire de la région, en offrant la profondeur de champ nécessaire pour en percevoir la complexité des enjeux.



   Le Monde, vendredi 18 décembre 2009
   Le livre du jour : Le IIIe Reich et les Arabes
   par Samuel Blumenfeld

   Il n’existait à ce jour aucune étude globale retraçant l’évolution des relations germano-arabes entre 1933 et 1945, et portant un regard critique sur des positions idéologiques communes et des actions stratégiques concertées durant le deuxième conflit mondial au Proche-Orient. Le travail accompli par deux historiens allemands, Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, comble un vide historiographique.
   Leur thèse est simple. Loin d’être un lieu de coexistence entre Juifs et Arabes, la Palestine devient, à partir de 1929, le théâtre d’affrontements sanglants. Une haine commune vis-à-vis du « Yichouv », la minorité juive qui habite la Palestine, fonde une affinité croissante. La politique étrangère allemande soutient indirectement les nationalistes arabes, qui découvrent chez les nazis des alliés susceptibles de les soutenir dans leur combat d’émancipation. Cette alliance stratégique passe par des connivences idéologiques. À partir de 1938, plusieurs articles parus en Egypte, en Syrie ou en Libye comparent le Führer au prophète Mahomet. Al-Husseini, le mufti de Jérusalem, leader des Arabes de Palestine, soutien indéfectible des nazis durant toute la guerre, fait, dès le début des années 1930, référence aux Protocoles des Sages de Sion – un faux document forgé en Russie par la police du tsar.
   Le débarquement de l’Afrikakorps en Libye, en 1941, marque le début de l’intervention directe de l’Allemagne au Proche-Orient. L’objectif est de chasser les Britanniques. Il s’agit aussi – c’est l’un des cet ouvrage – d’étendre au Yichouv, avec l’aide de collaborateurs arabes, l’extermination commencée en Europe. Les plans sont déjà dessinés. Les nazis ne pourront donner suite à ce projet à cause de l’échec de la bataille d’El-Alamein.
   S’appuyant sur des archives allemandes, Cüppers et Mallmann montrent comment plusieurs des leaders de la population arabe de Palestine, à commencer par le mufti de Jérusalem, furent des protagonistes de ce conflit. Il reste à écrire la version arabe de cet épisode, à partir d’autres archives, mais ce n’est pas l’objet de ce livre passionnant.
   Enfin, l’ouvrage offre un éclairage bienvenu sur les racines de l’actuel conflit israélo-arabe et la persistance de la propagande nazie dans certains mouvements islamistes. Là aussi, le passé permet plus que jamais d’éclairer le présent.



   Le Droit de vivre / LICRA, décembre 2009-janvier 2010

   Klaus-Michael Mallmann et Martin Cüppers ont élaboré la première étude globale allemande sur la relation entre l’Allemagne nazie et le Moyen-Orient arabe de 1933 à 1945. Une relation fondée sur la haine de trois ennemis communs : les Juifs, les Anglo-Américains et les Bolcheviks.
   Leur collaboration, qui s’est d’abord traduite par l’envoi d’armes et de finances allemandes dans le monde arabe dès avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, s’est ensuite concrétisée lorsque le IIIe Reich a entrepris d’étendre ses conquêtes à l’Orient. Celui-ci a rencontré alors dans les pays du Moyen-Orient une certaine sympathie, attisée notamment par la propagande pro-allemande orchestrée par le mufti de Jérusalem en exil à Berlin.
   Celui-ci soutenait pleinement les projets allemands de destruction du Yichouv (présence juive en Palestine) avant la création de l’État d’Israël. La défaite militaire allemande en Égypte, en 1942, n’a pas mis un terme à la collaboration germano-arabe. Les Allemands tentèrent dès lors d’infiltrer le Moyen-Orient par le biais d’agents arabes et n’hésitèrent pas non plus à recruter des musulmans d’Europe de l’Est dans la Wehrmacht et dans la SS.
   […]



   Le Nouvel Observateur, n°2346, jeudi 22 octobre 2009
   par Laurent Lemire

   Paru en 2006 en Allemagne, l’ouvrage avait fait grand bruit. Il montrait que des escadrons de la mort SS avaient été mis sur pied au Proche-Orient, en 1942, pour exterminer les 500 000 juifs de Palestine parallèlement à la Shoah. Et ceci avec l’approbation des pays arabes et du mufti de Jérusalem. Le projet capota avec la défaite des Allemands à El-Alamein. Au terme d’une méticuleuse enquête, les deux historiens expliquent  que le monde arabe ne s’est pas rapproché de Hitler pour des raisons stratégiques, mais bien par un antisémitisme fanatique.



   Transfuge, n°33, octobre 2009
   Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, « L’antisémitisme fanatique était à l’origine de la fascination des Arabes pour le nazisme »
   propos recueillis par Vincent Jaury, traduit de l’allemand par Guillaume Finkelstein


   Vous vous intéressez aux rapports germano-arabes, du début des années 1930 à la chute du IIIe Reich, en 1945. Qu’apporte votre ouvrage sur ce sujet peu connu ?
   La plupart des recherches sur le sujet s’interrompent, étonnamment, avec le début de la Deuxième Guerre mondiale. Dans Croissant fertile et croix gammée, au contraire, nous mettons l’accent sur cette période, à nos yeux, décisive. Nous avons ainsi pu démontrer – et c’était auparavant tout à fait méconnu – que, au plus fort de l’avancée des troupes de Rommel en Afrique à l’été 1942, une opération commando a été organisée afin de traverser le canal de Suez, occupé par les Égyptiens. Ces escadrons de la mort SS devaient manifestement étendre au Proche-Orient, et avant tout en Palestine, qui abritait alors quelque cinq cent mille juifs, l’Holocauste débuté en Europe. Heureusement, la défaite des Italiens et des Allemands à El--Alamein empêcha la réalisation de ce funeste projet.

   Comment expliquer cette sympathie du monde arabe pour le IIIe Reich ?
   Beaucoup de gens au Proche-Orient désiraient obtenir l’indépendance de leur pays, et c’est pour cela qu’ils souhaitaient une victoire allemande face aux mandats français et anglais. Cependant, nous nous sommes rendu compte que ce parti pris pour l’Allemagne nazie était également, bien souvent, la conséquence d’une haine radicale contre la minorité juive de Palestine. Bien que, de leur côté, les juifs palestiniens vécussent une existence paisible et intégrée, l’antisémitisme est très vite devenu une composante essentielle du projet de construction d’une nation palestinienne, soutenue avec force par d’autres pays arabes. Il n’est donc pas étonnant que le nazisme, dans son combat contre les juifs au Proche-Orient, ait pu devenir un modèle. Jusqu’à présent, une grande partie des recherches allemandes affirmait, à tort, que le monde arabe ne s’était rapproché d’Adolf Hitler que dans une logique stratégique, sans aucune affinité idéologique. Dans notre livre, nous avançons, au contraire, que l’antisémitisme fanatique était précisément à l’origine de la fascination des Arabes pour le nazisme.

   Quel intérêt le IIIe Reich avait-il à s’allier avec les Arabes ?
   Les sympathies arabes pour le IIIe Reich n’étaient naturellement pas inconnues de Berlin. Au début, il fallait se contraindre à la réserve, compte tenu des rapports de force en Europe. Plus tard, avec le début de la guerre, les nazis ont pris ouvertement parti pour les Arabes. Le IIIe Reich était très intéressé par l’idée d’une alliance avec le Proche-Orient, dans l’optique d’un affrontement avec les Anglais.

   Concrètement, comment s’est manifestée cette alliance avant, puis pendant la Deuxième Guerre mondiale ?
   Dès la fin des années 1930, le IIIe Reich fournit de l’argent et des armes au soi-disant soulèvement arabe en Palestine – en réalité, il s’agissait simplement d’actes terroristes perpétrés à l’encontre des Anglais et des juifs. En 1941, Hitler soutient même avec quelques troupes un coup d’état infructueux contre le mandat anglais en Irak. Un an plus tard, Rommel conquiert de nouveaux territoires égyptiens et prévoit une traversée du canal de Suez. Toutes les opérations militaires allemandes étaient accompagnées d’importantes mesures de propagande qui, dans les pays arabes, provoquaient des réactions enthousiastes. Au cours de la guerre, plusieurs milliers d’engagés volontaires arabes se sont mis à disposition des Allemands. En outre, d’importants leaders arabes ont fait preuve d’une coopération sans faille avec le IIIe Reich, avant, pour la plupart, de s’exiler en Allemagne.

   En quoi le mufti de Berlin a-t-il joué un rôle important dans cette alliance ?
   Amin el-Husseini, le mufti le plus sulfureux de Jérusalem, était à partir de 1921 le leader incontesté des musulmans de Palestine. C’est lui qui a fait prendre un virage radicalement antisémite au parti national palestinien, et cherché à faire alliance, dés 1933, avec les nazis. À partir de 1941, il s’exile dans l’Allemagne nazie tout en continuant à tenter de construire un empire arabe acquis à la cause d’Hitler. Pour les nazis, il était l’un des contacts les plus importants dans le monde arabe. Il se montrait également très informé sur l’Holocauste, travaillait à l’anéantissement des juifs en Palestine, et a d’ailleurs, à cet effet, rencontré Karl Adolf Eichmann

   Des implantations juives en Palestine ont même été menacées. Pouvez-vous préciser ?
   Alors que les troupes de Rommel, à l’été 1942, réalisaient leur avancée spectaculaire a travers la Lybie et l’Égypte, les Anglais s’attendaient à une défaite des Égyptiens, et même des Palestiniens. Craignant l’arrivée des Allemands dans la région, certains juifs ont commencé dans ces semaines décisives à se suicider ; d’autres se préparaient à défendre leur terre. Et les Arabes comptaient de leur côté sur l’avancée de la Wehrmacht vers la Palestine. À Jérusalem, certains tentaient déjà de s’approprier les maisons des juifs et inscrivaient des écritures arabes sur les murs, avant l’arrivée allemande. Nous avons toutes les raisons de penser que la majorité des juifs palestiniens a été assassinée, au moment de la prise de la région par les troupes allemandes. À ce titre, des commandos SS sont venus prêter main-forte à cette époque aux troupes de Rommel.

   Est-ce que le monde arabe a fait un travail de mémoire sur cette alliance avec le IIIe Reich ?
   Malheureusement, non. Au contraire. L’admiration pour Hitler et le IIIe Reich a perduré après 1945 dans toutes les parties du monde arabe. Les propos des hommes politiques arabes comme les classiques de la littérature nazie remportent, là-bas, un franc succès. D’ailleurs, l’actuel régime iranien, avec sa grotesque négation de l’Holocauste, n’est que le prolongement de cette tendance. Dans notre livre, nous montrons que le conflit actuel au Proche-Orient ne date pas de l’établissement d’Israël en 1948. Il remonte en fait a une décision de l’administration palestinienne des années 1920 et 1930 : considérer l’arrivée de la minorité juive comme une véritable menace nécessitant une compensation. Nous pouvons noter qu’aujourd’hui, leur position n’a toujours pas changé.