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  La mort en dédicace

  Didier Daeninckx

  Deux nouvelles

  96 pages
9 €
ISBN : 2-86432-335-4

Résumé

     Venu sur les côtes de Bretagne pour y retrouver le souvenir de sa compagne disparue, le narrateur est témoin d’une scène étrange qui va l’inciter à en savoir davantage : au cours d’une fête dans une auberge, un vieux marin est empêché de chanter en breton sur l’air d’une complainte traditionnelle. Le lendemain, il est retrouvé mort. Le récit dévoilera qu’un complot de septuagénaires protège le secret de la cargaison du « dundee de Bob ».
     Sur un mode cher à Daeninckx, les bribes d’une histoire s’ajustent jusqu’à faire resurgir une page d’Histoire oubliée.
     De la seconde nouvelle, on ne donnera que les mots de la dédicace qui, par deux fois, est l’envoi qui précède la mort : « À Fiona, qui sait qu’il ne faut chercher aucune excuse, qu’il faut préférer faire face à son destin en acceptant d’en payer le prix. »



Extrait du texte

     La mort en dédicace
     Ils m’ont ballotté cent fois comme un colis dans leurs fourgons depuis cette nuit sur laquelle ma vie a buté. Je n’arrive toujours pas, après des années, à pointer le moment exact où tout a dérapé. Le ciel noir, déchiré par les éclairs, le bruit assourdissant des impacts de balles sur les carrosseries, les cris des blessés, puis soudain, résonnant au bout de mon index crispé sur la détente, le cliquetis démesuré du chien percutant le vide, l’inutilité aberrante du flingue que m’avait procuré Fiona juste avant notre seule nuit d’amour... Chaque geste, chaque détail est là, à sa place, terriblement présent et par-dessus tout, ce regard, mon regard, qui se pose, à droite, sur le corps de José allongé sur la banquette arrière. Je revois le sang qui gicle par saccades du trou béant à quoi se réduit sa gorge. Le flot s’épuise à mesure que la vie s’enfuit. Protégé par la portière ouverte, je tente de m’agenouiller, de me lever pour venir à son secours, mais une masse sombre s’abat sur moi, me plaque la face contre l’asphalte rougi, poisseux. Un talon m’écrase la main, la pointe du soulier fait glisser jusqu’au caniveau le revolver que je viens de lâcher, les coups pleuvent, on me tord les bras dans le dos, les mâchoires des bracelets de menottes claquent sur mes poignets. Je perds connaissance un moment, et quand je reviens à moi, les flashes des photographes ont remplacé ceux des armes. On me soulève par les aisselles, puis on me jette sur le plancher métallique d’un premier fourgon de police dont la sirène lacère les rêves des Parisiens endormis.
     Ce sera la seule fois où je traverserai la ville maintenu immobile par quatre paires de brodequins. Par la suite, pour les interrogatoires, les reconstitutions, les audiences du procès, les transferts, je voyagerai encadré, enchaîné, mais assis. Et je ne cesserai de répéter cette dédicace qui précédait la célèbre signature, sur la page de garde du livre qu’elle m’avait prêté : « À Fiona qui sait qu’il ne faut chercher aucune excuse, qu’il faut préférer faire face à son destin en acceptant d’en payer le prix. » J’en avais fait ma devise.



Extraits de presse

     Pages des libraires, n° 70, juin à août 2001

     Un homme désespéré par la disparition de sa compagne vient se recueillir sur la côte bretonne. Plus loin, après dix années passées en prison, un autre homme s’évade, avide de revoir la femme aimée l’espace d’une nuit. Deux hommes, deux nouvelles. Chacune d’elles s’ouvre sur une froide scène de fusillade. Le narrateur de La Complainte oubliée est embarqué malgré lui dans les ténèbres d’une histoire remontant à la Seconde Guerre mondiale. La Mort en dédicace raconte la folle cavale d’un homme victime d’une machination. Avec le sens du détail qui le caractérise et son goût immodéré pour la dénonciation des affaires « qui dérangent », Didier Daeninckx nous offre deux récits courts dont les chutes, par le côté tout à la fois atroce et absurde de ce qu’elles révèlent, laissent le temps en suspens, comme un doigt qui n’en finit pas d’appuyer sur la détente, avec un petit goût amer en guise de non-fin.

 

     Le Journal du dimanche, 10 juin 2001
     Noirs et bien teigneux
     par Christian Sauvage

     P’tit coup d’blues ? Envie de vacances ? Plus rien à lire ? Offrez-vous donc quelques lignes d’un bon polar ; le remède est radical. À côté de la grosse cavalerie (Grisham, P.D. James, Connelly, Comwell et autres Higgins Clark), quelques petits livres musclés, noueux comme un coup de trique, teigneux aussi, bien teigneux. Deux Noires et un jaune.
     Traiter Didier Daeninckx de « jaune » n’est pas à recommander. Avec son air de mousquetaire anar, il en a déquillé pour moins que ça. Non, Daeninckx, qui pratique d’habitude un polar engagé comme d’autres font de la chanson du même nom, publie chaque année des petits livres, de grosses nouvelles, chez Verdier, éditeur de qualité, sous des couvertures bouton-d’or. Jaunes, quoi. Après – pour ne citer que les derniers – Cannibale (1998), superbe évocation de la venue (contrainte et forcée) de Kanaks à l’exposition coloniale à Paris en 1931, La Repentie (1999) et Le Dernier Guérillero (2000), souvenirs de la queue de la comète gauchiste, du temps où Lionel s’appelait « Michel », voici La Mort en dédicace. Deux nouvelles ici, dont la dernière, qui donne le titre au recueil, vous coupera le souffle au final. S’il s’agit encore d’une dérive gauchiste, la première nouvelle, elle, prend des allures de « Fantasia chez les Breizh Atao », ces quelques Bretons qui par amour de la Bretagne ont accueilli avec trop d’égards l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. En 56 pages, Daeninckx vous ficelle une véritable histoire policière (sans flics mais avec douaniers). De la belle ouvrage.

 

     Point de vue, 6 juin 2001
     par Xavier Houssin

     Juste deux nouvelles dans ce tout petit livre. Deux nouvelles qui oscillent entre le fait divers et l’Histoire. Oui, avec un grand H, même si on tend parfois à éviter de se souvenir de certains moments gênants. C’est un vieux marin qu’on empêche de chanter quelques couplets en breton dans un bar et que l’on retrouve noyé le lendemain. C’est un tueur de policiers en cavale confronté à un amour mortel. Avec Didier Daenninckx, tout se boucle. Étrangement. Jeu de miroirs et de ressemblances. Colin-maillard d’une littérature jamais bien loin de la réalité…

 

     Le Soir, 19 mai 2001
     Didier Daeninckx, le traque-mémoire
     par Pascale Haubruge

     Didier Daeninckx est de ceux qui n’hésitent pas à voir le mal à leur porte. Plutôt que de planter bien loin ses intrigues avec morts, il se plaît à les situer dans son pays, la France. Il en va ainsi des deux nouvelles de sa plume qui viennent de paraître en un recueil.
     La Complainte oubliée, la première, se passe en Bretagne. Un amoureux blessé y marche sur les traces de sa compagne décédée. Il erre sur les plages, mais aussi dans les tavernes. Dans l’une d’elles, un soir, il entend un vieil homme ivre chanter. Le lendemain, l’homme est retrouvé mort. Et si des indices expliquant la mort du vieux se trouvaient dans la rengaine ancestrale qu’il a chantée ? Le triste touriste enquête. Il se retrouve vite pris au piège de ses curiosités. Le lecteur le cueille au bout de l’impasse dans laquelle il s’est fourré... Parviendra-t-il à se tirer des griffes des ceux dont il a percé les sales secrets ?
     Le narrateur de La Mort en dédicace, la deuxième nouvelle, n’est guère mieux loti. Échappé de prison, il cherche à remonter jusqu’à celle, si belle, à qui était dédicacé ce fameux livre qui... C’est pour le moins alambiqué, mais Daeninckx s’arrange pour qu’on suive tout de même le fil de son récit. Écrites avec humour, les deux nouvelles ont de quoi nourrir les habitués de l’auteur. Il y traque comme de coutume, au fil de suspenses noirs, les mémoires politique et sociale françaises.

 

     Livres Hebdo, 20 avril 2001,
     Bref, c’est Daeninckx
     par Jean-Maurice de Montremy

     Un vieux marin breton qu’on assassine, un gentil lycéen condamné à perpète par amour. L’auteur de polars revient avec deux courtes nouvelles. Le « cocktail maison » marche à merveille.
     
Le nouveau « petit Verdier » de Daeninckx compte deux nouvelles pour moins de cent pages. Avec, toujours bien dosé, le cocktail maison : un homme va mourir, il se souvient. Il va mourir parce qu’il a été naïf dans un monde cynique. Il s’est laissé prendre malgré lui par les rouages mafieux.
     Et c’est la politique, en fin de compte, qui fait tourner la machine. Mais avant que le narrateur ne trouve la clé de l’énigme – et donc sa mort –, chaque récit fait le plein d’images, comme si le suspense et la grogne de gauche n’étaient, eux-mêmes, qu’un élément du décor.
     La Complainte oubliée, une soixantaine de pages, est l’un des textes les plus poétiques de Daeninckx. Un soir, dans une auberge bretonne, le narrateur assiste à l’éviction bizarre d’un vieux chanteur, qu’on retrouve mort. Malheureusement, le vieux chantait sa complainte – chiffrée – en breton. Il faut donc, à notre Parisien, reconstituer le texte, puis en déchiffrer les allusions. Tout renvoie aux patrons du centre de thalassothérapie où il loge et à un réseau de septuagénaires dont le passé plonge jusqu’aux heures noires de la collaboration, quand certains indépendantistes pactisaient avec les SS. Le temps de reconstituer le puzzle (et d’être abattu en posant la dernière pièce), l’enquêteur parcourt les Côtes-d’Armor et le Finistère, avec de superbes descriptions qui semblent l’un des moteurs du récit, dont on apprécie également la documentation historique.
     La Mort en dédicace, plus court, donne son titre au recueil. Daeninckx y retrouve la banlieue parisienne, maintenant en restructuration, mais la raconte au passé, du temps des manifestations de jeunes contre le gouvernement Balladur (souvenez-vous, le grand questionnaire national, etc.).
     Un lycéen gentiment politisé devient casseur, puis braqueur pour l’amour d’une Fiona en pantalon noir et pull rouge. Assassin de deux policiers, condamné à perpète, il s’évade – dix ans plus tard – pour retrouver sa Fiona. Cavale et souvenirs s’unissent pour faire revivre un Paris qui commence à disparaître. Mais voilà : Fiona lisait trop Jacques Mesrine.
     Pas de doute : le bref sied à Daeninckx.