Valeurs actuelles, jeudi 16 juin 2011
par Bruno de Cessole
Il se nomme Zhu Wenguang, alias Zorro, surnom que lui ont valu sa ruse, sa détermination, et ses exploits au service des opprimés. Sa spécialité : délivrer les jeunes femmes vendues par leur famille à des maris qui les traitent comme des marchandises et les brutalisent. Parfois en faisant intervenir la police, mais le plus souvent par la force. De Guangzhou, dans le sud de la Chine, à Hokkaïdo, au Japon, en passant par New York, le lecteur l’accompagne dans ses missions mais aussi dans ses souvenirs d’amours qui ont mal tourné. Qu’on ne s’y trompe pas, le livre de Christian Garcin n’a rien d’un banal roman policier qui se prévaudrait d’un exotisme d’emprunt. Il s’agit d’un texte d’une haute qualité littéraire, raffiné et mélancolique, semé d’incidentes inattendues, qui initie le lecteur aux subtilités de la civilisation chinoise. Du très grand art.
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Le choix des libraires.com, mercredi 27 avril 2011
par Diane Schittenhelm et Clo Brion
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Lire au jardin... ou ailleurs, vendredi 8 avril 2011
par Martine Rieffel
Tagblatt, mars-avril 2011
Bons baisers de Guangzhou.
Un roman chinois de Christian Garcin par Laurent Bonzon
Après La Piste mongole,
Christian Garcin poursuit avec bonheur sa double vie romanesque en Extrême-Orient, dissimulé à moitié derrière l’un de ses personnages. À la fois récit initiatique, subtil roman à tiroirs et enquête policière, Des femmes disparaissent
met en scène un détective redresseur de torts, Zhu Wenguang – dit Zuo Luo, ou encore Zorro. Dans
La Piste mongole, le jeune Chen Wanglin, possible héritier d’une fonction de chaman, se laisse plus ou moins gouverner par ses rêves et devient écrivain dans le seul but de les raconter. Dictés par ses visions, ses récits déraillent souvent, passant d’un lieu à un autre, alternant de multiples narrateurs, prenant plaisir à égarer son éventuel lecteur… Un bonheur évidemment partagé par Christian Garcin, qui aime à multiplier les fausses pistes, les récits à l’intérieur des récits, les effets de double et de miroir, les personnages bondissant d’un roman à un autre. La preuve,
Des femmes disparaissent, son dernier roman est sous-titré « Un roman de Chen Wanglin ». Une façon de partager et de ne pas prendre toute la place, un moyen de laisser les personnages. s’autonomiser un peu plus, mais aussi de continuer à creuser tout en s’abritant. Car, tout comme
La Piste mongole, Des femmes disparaissent n’est pas de ces romans fabriqués par des auteurs en mal de décors exotiques ou de situations romanesques inattendues. Non, chez Christian Garcin, la piste mongole/chinoise/japonaise… est « sérieuse », possédant un sens véritable par rapport à son œuvre, traversant des paysages intérieurs qui font partie de son espace mental.
En Chine donc,
Des femmes disparaissent… pour de multiples raisons. La plupart du temps parce qu’elles sont maltraitées par leur mari ou par celui à qui leurs parents les ont vendues. Ce qui revient généralement au même. Redresseur de torts, le placide Zhu Wenguang – « tout d’un lutteur de sumo à la retraite, le chignon en moins » – s’est fait une spécialité de libérer ces créatures au destin funeste. Une vocation qui vient de loin chez ce détective, marqué par la disparition des trois femmes qui ont traverse sa vie : Yatsunari Sesuko, Zheng Leyun et Yang Cuicui. Cette dernière finissant par mourir après vingt ans de coma suite aux coups reçus de son yakusa de mari. C’est d’ailleurs la recherche de ce meurtrier qui décide Zuo Luo., à partir pour New York puis au Japon, guidé par son instinct et par les conseils surnaturels d’une femme medium, mais aussi d’un vieux chien pelé qui n’en est plus à sa première vie. Une enquête poétique au pays des morts et des souvenirs menée de main de maître par un écrivain qui multiplie les détours par les histoires et les contes traditionnels, les chansons chinoises et l’humour de tous les pays. Véritablement réjouissant.
La Marseillaise, dimanche 20 mars 2011
Zorro en Chine par Claudine Galéa
Fabuleux. Deux livres de Christian Garcin à l’intention des adultes et des enfants. Où les animaux parlent comme les hommes, où les hommes se transforment parfois en animaux. Christian Garcin s’intéresse depuis longtemps à la Chine, sa littérature, son art, sa philosophie, sa culture. Son mélange de sagesse et d’ironie. Il a traité de la question avec sérieux dans des livres comme
L’encre et la couleur, Itinéraire chinois, Carnet Japonais, Du Baïkal au Gobi, Une odeur de jasmin et de sexe mêlés. Désormais, il joue avec ses connaissances et mélange les genres en de savoureux romans d’imagination, comme on le disait autrefois.
Des femmes disparaissent se présente à la fois comme un roman d’aventures, un film policier, un roman classique chinois avec imbrication d’histoires dans l’histoire, un mélodrame amoureux, un conte pour adultes, une parodie des films, de kung-fu, un roman d’initiation, un récit de voyage, une légende aux frontières du fantastique.
Au centre, un détective, Zhu Wenguang, dit Zuo Luo, qu’on peut encore appeler Zorro. D’emblée, le glissement nominal, le jeu sonore qui conduit à la transposition en notre héros masqué en encapé de noir, décrivent le projet romanesque : une construction artificielle où l’auteur s’amuse à changer d’espace, de temps et de corps, à jouer les démiurges tout en disparaissant derrière l’identité d’un autre. Tout est usurpé et sous contrôle. Tout est vrai puisque tout est écrit. Tout est faux puisque tout est inventé. Sur la page de garde, le nom de l’auteur est suivi du titre du livre et de cette curieuse inscription, « un roman de Chen Wanglin ».
Lors de son périple qui le mènera de la Chine au Japon en passant par le Chinatown new-yorkais, Zuo Luo découvre qu’il est un héros auprès d’un certain Chen Wanglin (apparu dans le précédent roman de Christian Garcin,
La Piste Mongole), lequel a tout raconté de son histoire. Mystère de la notoriété, de la rumeur, ou d’une forme de télépathie sans croyance, on ne saura jamais. Accepter que d’étranges associations se produisent, fait incontestablement partie du charme de ce roman. Mais revenons au début.
Zuo Luo est une forme de justicier, un outsider au grand cœur : il tente de sauver les femmes maltraitées. Lorsqu’au Bembo Café à Guangzhou, il fait face à quatre maffieux japonais, l’auteur nous régale d’un pastiche désopilant, la version française d’un western au pays des Jaunes. Zuo Luo est aussi un Tintin d’aujourd’hui Toujours en retrait, faussement cool, c’est un taiseux, un observateur affûté, excellent cogneur si cela devient nécessaire. Trois femmes hantent le livre, mortes ou disparues, victimes de la brutalité des hommes. Certains liens vont se nouer, et sur une durée de trente ans racontée en un mois à travers trois contrées, comme dans tout bon roman policier, on découvrira le motif personnel qui fait agir Zuo Luo. Pour cela, il faut accepter de remonter le temps et d’écouter attentivement les histoires qui émaillent le récit principal, dont certaines sont très anciennes, la plupart assez brèves, quelques-unes délicatement longues. Il faut également penser que les belles femmes sont des magiciennes, que les chiens n’ont pas toujours été chiens, et que, dans tout être vivant, un sage veille duquel on peut apprendre beaucoup. Enfin, les histoires d’amour ont leurs musiques secrètes, airs d’opéra chinois, chansons ou comptines, et leur poésie naïve ou sophistiquée est une sucrerie qui fond dans la bouche.
Des femmes disparaissent est un délicieux passe-temps, plus complexe qu’il n’y paraît, extrêmement inventif et maîtrisé, car jamais le lecteur ne s’égare alors qu’il emprunte divers chemins de traverse, voyage en des temps et des histoires reculés. Le dernier chapitre à Hokkaido est une merveille. Une fillette vient clore l’histoire des femmes disparues, le temps d’une visite au Lac Sacré où un crapaud est peut-être l’ultime avatar d’un héros qui a prêté ses dons à Zuo Luo.
À côté de ce roman qu’on déguste comme un Mao Fan (avis aux amateurs), Christian Garcin a écrit un livre pour enfants qui se passe autour du fameux lac sacré, le Lac Riche, autrement dit le Baïkal, où il est allé se promener il y a quelque temps
1. [...]
L’imaginaire est le meilleur ami du roman. Christian Garcin applique la définition aux adultes comme aux enfants, et c’est un grand plaisir de lecture.
1. Aux bords du lac Baïkal, L’École des loisirs, 2011.
Télérama, n°3189, samedi 26 février 2011
Sélection Télérama/France Culture : Des femmes disparaissent de Christian Garcin par Nathalie Crom
Ce n’est pas la première fugue chinoise que s’offre Christian Garcin. Il y a onze ans,
Le Vol du pigeon voyageur, son premier roman – il avait publié auparavant des poèmes, des essais littéraires, des récits –, déjà l’avait emmené en Chine, et déjà sur les traces d’une femme disparue, en l’occurrence la fille du narrateur. Fausses pistes, hasards heureux ou pas, indices fantasques et anecdotes sibyllines jalonnaient l’itinéraire de ce personnage, et la même logique narrative est à l’œuvre dans
Des femmes disparaissent. Où l’on croit un temps qu’on va accompagner le personnage principal, un détective privé chinois du nom de Zhu Wenguang, dans son entreprise consistant à aider à la libération et la fuite de jeunes femmes mariées de force, vendues par leurs parents, séquestrées et battues par leurs frustes époux. Où l’on se retrouve très vite immergé dans une affaire romanesque bien plus rêveuse et mélancolique qu’il n’y paraissait de prime abord. Derrière l’intrigue centrale, disons quasi policière, se profilant et s’imposant un tout autre enjeu.
Confronté à ces femmes souffrantes qu’il arrache au joug conjugal barbare, à ces femmes au destin accablé, c’est à celles qu’il a aimées, et perdues, que pense le placide et mutique et énigmatique Zhu Wenguang, alias Zuo Luo, alias Zorro. Trois femmes précisément, trois visages, « Yatsunari Sesuko, Yang Cuicui, Zhang Leyun, trois douces présences arrachées un jour à lui par le hasard, la violence, ou de ce que l’on nomme le destin, se disait-il, qui n’est que l’assemblage à la fois hasardeux et violent de circonstances d’une stricte et obscène neutralité, totalement vierges d’objectifs ou de la moindre intention. » Cette quête intime sur les traces de ses amours perdus se mêle à son activité de détective, l’entraîne de la Chine vers New York et le Japon. Il y a énormément de fantaisie, de vivacité, de vraie et élégante drôlerie dans ce parcours – mais tout cela modulé par un désenchantement discret et tenace, un secret fond d’anxiété.
Biblioblog, samedi 26 février 2011
Le blog K-libre, mercredi 23 février 2011
par Gilles Marchand
L’express.fr, le mercredi 9 février 2011
Le Zorro chinois de Christian Garcin par François Busnel
Christian Garcin nous entraîne sur les talons d’un zorro chinois pour un road-movie noir et musical. Est-ce un roman policier ? Est-ce un conte moderne ? Les deux. Et rien de tout cela. Christian Garcin, véritable manieur de rêves, emprunte aux différents genres littéraires pour créer le sien, où se croisent la logique rigoureuse de l’enquête et le délicieux farfelu de la fantaisie. Reprenons : Des femmes disparaissent se présente comme le récit des investigations du détective chinois Zhu Wenguang, dit « Zuo Luo », ou encore « Zorro », pour retrouver la piste de femmes vendues par leurs familles à des maris indélicats – ces derniers les séquestrent, les battent, les violent. Mais au bout de quelques pages la nostalgie de l’enquêteur ainsi que d’inexplicables traditions mystiques conduisent le lecteur à suivre les indications fournies par un chien de Manhattan en qui notre Zorro croit reconnaître la réincarnation d’un ancien compagnon.
Foutraque ? Oui. Pourtant on se prend à suivre, avec un plaisir que renforce l’écriture simple et belle de Christian Garcin, les tribulations de notre moderne Zorro, de Guangzhou à New York en passant par Hokkaido, au Japon. Chez Garcin, la narration est lente, subtile, parsemée de dialogues souvent drôles et de contes philosophiques très factuels. Ainsi Zorro se remémore-t-il trois femmes qui ont marqué sa vie et dont il n’a pu infléchir le sort bien davantage qu’il ne pousse son enquête, laissant le hasard ou le destin guider ses pas. Ce détective amateur (il était autrefois vigile dans un magasin de prêt-à-porter) vit dans un monde intérieur que l’auteur nous présente au fil des pages. Pas bavard, le détective. « Parler n’était d’une manière générale pas son fort. Expliquer encore moins. Et surtout, il détestait raconter. » Idéal, pour un polar, non ?
Roman noir, road-movie, légende fantastique, ce livre déroutant propose une revigorante plongée dans le monde actuel. Christian Garcin alterne descriptions des délices de l’Asie et horreur de ces destins brisés. Le contraste est saisissant. Il propose, au passage, une belle réflexion sur la vengeance, exhumant un vieux conte chinois, celui de la barque et des deux moines (dont on ne dira rien dans cette chronique). Ajoutons que, pour une parfaite immersion dans l’univers de notre détective justicier des temps modernes, Garcin propose une « bande-son », chapitre par chapitre, en puisant dans le répertoire peu connu mais passionnant de l’opéra chinois. Surprenant.
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Wodka, vendredi 4 février 2011
par Mapero
Des femmes disparaissent chroniqué par Jean-Baptiste Harang, février 2011
(article non publié)
Christian Garcin est né à Marseille en 1959 et y vit toujours, attaché à sa ville comme la balle au jeu de Jokari, par un élastique. Il attend le coup de raquette qui va l’envoyer dinguer au bout du monde, ou sur ce quai « M » de la gare de Lyon, dans le froid vivifiant d’un matin gris, un tout petit sac sur l’épaule, pour un ou deux jours à Paris, le passage obligé, contraint, contrariant, du service après vente du dernier livre, puisque
Des femmes disparaissent. Christian Garcin n’aime pas trop qu’on parle de lui et encore moins qu’on n’en parle pas. Son désir de reconnaissance l’encombre et la conscience qu’il en a le chagrine. Il préférerait être zen comme les contes orientaux qu’il insère dans ses livres. Mais non, il n’est pas tranquille, il a écrit un très beau livre, on le lui dit, cela ne le rassure pas. « Ne me demandez pas pourquoi j’écris des livres, je n’en sais rien. J’ai écrit sur le tard, et bien plus tard m’est venue l’idée de publier. Aujourd’hui encore j’ai parfois peur d’être un imposteur ».
Pas si tard que ça : en 1993, jeune trentenaire, il envoie par la poste un manuscrit à Gallimard,
Vidas : « J.B. Pontalis l’a accepté, j’étais étranger à ce milieu, je ne savais pas que c’était difficile de se faire éditer, j’ai trouvé ça normal ». C’est plus tard que les choses vont se gâter avec Gallimard. La collection s’appelle L’un et l’Autre, mais en l’espèce « l’Un et les Autres » eût mieux convenu, puisque le livre est composé de vingt-quatre vies brèves de personnages célèbres, inconnus ou inventés : « Je payais là mon tribut de lecteur, j’avais étudié l’Histoire de l’Art, vu tous les films projetés à l’Utopia, à Avignon, pendant mon service militaire, je lisais de la poésie, Suétone, les vidas des troubadours, Quignard, alors, forcément, on y trouve des empereurs romains, des peintres, toutes sortes de gens, je n’étais pas écrivain ou je ne le savais pas, je venais de passer neuf ans comme cadre commercial à vendre des produits alimentaires pour collectivité à la Cofrapex ». La Compagnie Française d’Approvisionnement et d’Exportation a disparu et Christian Garcin est devenu écrivain, avec plus de trente titres publiés.
Avant cela Christian Garcin avait obtenu un diplôme enviable : BTS de guide-interprète, français, anglais, espagnol, italien, Dieu sait pourquoi, sinon que sa grand-mère lui avait dit : « Tu seras voyageur et tu iras en Chine ». Il se fit voyagiste et se rendit en Chine, pour la première fois en 1991, et sans désemparer depuis.
Après la Cofrapex, et sa première publication, Garcin se trouve à la tête de trois années de chômage indemnisé, d’une maison à payer, d’une famille à nourrir, il décide de consacrer ce temps compté à préparer le Capes de lettres, prof, un bon petit métier dont il n’a ni la vocation (il serait temps), ni le dégoût, bien au contraire, et le voilà prof de français en 1996, à trente-sept ans, et la chance d’un poste à Marseille. Quinze années plus tard, il n’est toujours pas très à l’aise avec ce métier qu’il exerce à temps de plus en plus partiel, temps compressé par l’écriture. Il préférerait qu’on n’en parle pas. N’en parlons plus. Et en route vers l’Orient.
« Mes arrière-grands-pères maternels étaient tous les deux navigateurs. Dans notre maison de famille, j’ai vécu une enfance orientale, entre des objets chinois, indochinois, japonais, Annam, Siam, Cochinchine étaient d’improbables banlieues, des vases, des aquarelles, des bibelots, toutes choses qui ont encore leur place chez ma mère. Il n’est pas avéré que nous ayons des ancêtres chinois, les recherches qu’on peut faire n’en disent rien mais ne prouvent pas le contraire ». À ce moment de la conversation Christian Garcin lève le regard et semble voir dans le nôtre qu’on cherche sur son visage un indice, une pommette saillante, une paupière bridée, allez savoir, une piste mongole : « N’empêche que je suis né avec cette tache sur la hanche, non ne vous inquiétez pas, elle disparaît dès les premières années de l’enfance, cette tache brune, donc, qu’on appelle la tache mongolique. Tous les Mongols, sans exception, naissent avec ça ainsi que la plupart des Chinois. Vous verriez ma mère, on la prend toujours pour une Eurasienne. Je vais vous dire une chose encore plus stupide : un jour un dentiste m’a dit : Vous avez des gencives asiates. Je n’ai pas vraiment idée de ce que sont des gencives asiates, mais cela m’a touché. N’empêche, la première fois que je me suis rendu en Chine, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis senti bien, à l’aise, c’était pourtant il y a vingt ans, il n’y avait que des Chinois en Chine, ce n’était pas facile d’y faire du tourisme et pourtant, je me sentais chez moi, je n’avais encore rien publié, j’apprendrais plus tard combien le voyage est un moteur d’écriture ».
Alors Christian Garcin court le monde, l’Europe, l’Afrique du Nord lorsqu’il était guide interprète, puis de plus en plus tendu vers l’est, souvent avec un copain de régiment devenu prof de philosophie (« Nous sommes la dernière génération à avoir des copains de régiment »), plus récemment avec Éric Faye pour un livre à quatre mains à paraître chez Stock. Les voyages n’ont pas fait de Garcin un écrivain voyageur, mais un écrivain qui voyage dans tous les compartiments de la littérature, des vies brèves, des romans, des nouvelles, des poèmes, des lexiques, des portraits, des hommages rendus à ses admirations et même la traduction d’un inédit de Borges (La sœur d’Eloisa, Verdier 2003) vers qui il revient sans cesse comme la balle de Jokari à son socle originel, après avoir visité Faulkner, Kafka, Bernhard, et quelques autres.
À force de voyager Christian Garcin a contracté un mal curieux : le syndrome du Petit Poucet. Il jonche ses livres de petits cailloux blancs qui marquent une piste, des indices, des cairns que le lecteur aperçoit d’abord sans comprendre, puis retrouve un peu plus loin, dans l’explicite, comme un masque dévisagé, un visage démasqué. Un art de distiller de petits mystères que le récit viendra relever pour les éclaircir ou non dans un apparent désordre chronologique ainsi balisé pour ne s’y perdre pas. Puis, comme l’œuvre s’étoffe, le petit Poucet poursuit ses semailles d’un livre à l’autre, dans le dernier roman qui n’est ni la suite du précédent, ni le début du prochain, on retrouve des figures qu’on avait croisées sans savoir qu’on les reverrait : « J’aime bien lancer des passerelles entre mes livres ».
Des femmes disparaissent met en scène le fameux Zorro, Zhu Wenguang, dit Zuo Luo, dit Zorro, qu’on avait croisé dans
La Piste mongole, et qu’on retrouve ici sous la plume supposée de Chen Wanglin dont l’oncle figurait dans
La Jubilation des hasards, et bien d’autres qui ont laissé leur ombre dans les livres orientaux de Garcin depuis
Le Vol du pigeon voyageur. Zorro est un privé, une sorte de Humphrey Bogart solitaire, bagarreur et bedonnant, capable de cynisme et de sentiments, dont le travail est exclusivement consacré à la délivrance de jeunes femmes vendues par leur famille à des maris violents. Ce n’est pas un personnage imaginaire, Garcin l’a trouvé sous ce nom dans un journal du sud-est de la Chine, où ce trafic de jeunes filles est toujours pratiqué. Zorro conduit le lecteur de la Chine à New York, de New York au Japon, sur la piste de trois femmes dont l’écho incertain bat comme un cœur dans sa mémoire. L’enquêteur s’appuie parfois sur un chaman, sur un témoin réincarné en chien, sur un conte traditionnel, mais Christian Garcin ne veut pas s’en justifier : « Si vous saviez l’expérience que j’ai de ces choses, vous me prendriez pour fou, alors faites comme si je ne vous avais rien dit, et mettez tout sur le compte des coïncidences ». Chez Christian Garcin, bien au-delà d’un titre, le respect du hasard est une jubilation.
Le Matricule des anges, février 2011
Jeux de miroirs chinois par Pascal Jourdana
Une quête mémorielle menée par un détective de roman, lui-même inventé par un écrivain de roman, dans un récit ludique et savoureux de Christian Garcin. Le détective privé Zhu Wenguang, surnommé Zuo Luo, ou Zorro, a une spécialité : sauver les « jeunes femmes des campagnes pauvres vendues de force à d’autres paysans ». Il retrouve régulièrement l’un de ses indicateurs au Bembo café, un bar de Guangzhou, nom chinois de Canton. Entre un thé Mao fan et une bière mongole Altan Gobi, il recueille les informations de Bec-de-canard, et apprécie, impassible, les ondulations « émouvantes » de la jeune serveuse russe Irina. Un petit tour dans la cour pour administrer, toujours avec flegme, une formidable raclée à un yakusa japonais et le voilà parti pour une nouvelle enquête qui le mènera à New York et à Hokkaido, faisant remonter à la surface d’anciennes passions.
Des paysans frustes, des familles qui trahissent leur propre enfant, des femmes et des chamans qui s’enterrent, un vétéran de la triade (la mafia chinoise) réincarné en chien, une jeune femme de père chinois et de mère hongroise prénommée Cuicui et battue à mort par son mari, une petite fille japonaise aux jeux étranges… S’il est court,
Des femmes disparaissent, le nouveau roman de Christian Garcin, est foisonnant. Multipliant des scènes quasi semblables, reprenant certaines expressions à l’identique (semant parfois le doute dans l’esprit du lecteur comme dans celui de Zuo Luo), il y bouscule la chronologie et s’amuse à emboîter les histoires les unes dans les autres : le récit du passé de Zhu Wenguang s’interrompt pour narrer les histoires des jeunes femmes qu’il a cherché à sauver, ces histoires elles-mêmes s’ouvrant sur les aventures « authentiques et édifiantes » d’amants des temps passés qui fuient leur communauté, ou sur des contes traditionnels…
La fiction labyrinthique mise en place par la « trilogie Tramonti » et particulièrement La Piste mongole (voir l’article de Thierry Guichard dans le numéro 101 du
Matricule), lance donc de nouveaux rhizomes. On trouvait en effet dans ce roman une succession d’effets de miroirs et de renvois narratifs, qui trouvent ici un semblable traitement. Or l’auteur y donnait une place particulière à Chen Wanglin, chaman capable de « pénétrer les rêves d’autrui » et raconteur d’histoires, en particulier… celles du détective privé Zuo Luo !
La Piste mongole annonçait de la sorte un livre « à venir » de Christian Garcin, malgré tout signé, comme le stipulent note d’ouverture et sous-titre, par Chen Wanglin, qui quitte ainsi officiellement son statut de personnage pour devenir auteur.
Des femmes disparaissent poursuit une réflexion sur la fiction et son insidieuse diffusion dans le réel. La réplique lancé à Zuo Luo (« Je n’en reviens pas […]. Je pensais que vous étiez un personnage de fiction ») ou encore les propos métaphysiques de Yôko, la petite Japonaise, sur ces êtres qui l’entourent et qui « n’existent pas », sont autant d’indications. Mais aucune théorie littéraire là-dessous : tout est suggéré avec légèreté et un perpétuel amusement. Dès lors, loin de se perdre dans cette construction élaborée, on jubile des hasards et des clins d’œil de l’auteur (autocitations, références littéraires ou cinématographiques), de ses jeux de doubles (de triples), ou, plus simplement, de l’humour pince-sans-rire du récit, tel ce « Zuo Luo pouvait ainsi témoigner, à l’occasion, d’un tempérament quelque peu emporté » qui clôt un magistral déchaînement de violence. L’enquête ? Comme dans les films avec Bogart, on s’en fiche un peu, car le roman tient par la mélancolie du personnage, par sa quête mémorielle, et par une incontestable ambiance qui s’impose malgré le jeu sur les codes et les clichés, accompagnée d’un fonds musical qui va de l’opéra traditionnel chinois aux chansons populaires cantonaises ou au rock hongrois. Des airs qui, magie de la fiction, parviennent à devenir obsédants.
Zibeline, février 2011
La clé des songes par Aude Fanlo
Zuo Luo, Zorro chinois, est inspiré d’une réalité sombre de la Chine : un curieux justicier libère les femmes qui, vendues par leur famille pauvre, sont ensuite séquestrées et battues par leurs maris. Mais il apprend au cours de l’histoire qu’il est lui-même le personnage du jeune chaman écrivain du précédent roman de Christian Garcin,
La Piste mongole. Des femmes disparaissent, c’est donc d’abord un roman policier, à la façon de Chandler ou Melville : un héros taciturne et massif se lance sur la piste d’un yakusa sanguinaire lié aux trois femmes disparues de sa propre vie. Et si tous les ingrédients du genre sont réunis – du suspens, des interrogatoires musclés, des bars enfumés et des ruelles sombres, une intrigue qui nous emmène de la Chine au Japon en passant par le Chinatown new-yorkais, c’est pour mieux être déjoués : des yakusas impotents ou réincarnés en vieux chien fouineur, des rituels ancestraux de mort par enfouissement, une enquête qui se transforme en quête intérieure, le but se dissipant comme un mirage au fur et à mesure qu’on avance, le tout sous le regard sans âge d’animaux dubitatifs, la voix sans visage de contes traditionnels, et le rythme exotique d’opéras chinois… Ainsi l’œuvre de l’auteur se construit-elle comme un labyrinthe aux bifurcations multiples, où les personnages circulent d’un récit à l’autre, dans la réflexion curieuse de la réalité et des fictions qui s’engendrent en se réinventant. Et par la puissance chamanique d’une écriture drôle et mélancolique, où la clé de l’intrigue tient – et se dérobe – dans la coïncidence mystérieuse de destins croisés, et dans la convergence sans pourquoi des souvenirs, du passé et du présent, des mondes extérieurs et intérieurs.
Le Magazine littéraire, février 2011
Tribulations en Chine par Jean-Baptiste Harang
Certains livres, comme des contrats d’assurance, doivent être lus avec attention, de toutes petites lignes contiennent parfois d’importantes informations qui pourraient se retourner contre vous lorsqu’il sera trop tard. Ici, dans le bas de la page 8, à gauche, avant même le prologue, on peut, on doit, à l’aide d’une loupe, lire ceci et ne jamais l’oublier « Chen Wanglin est un jeune Chinois (né en 1983) qui vit à Pékin. Il écrit toutes sortes d’histoires qu’il ne termine pas toujours. Le détective privé, Zhu Wenguang, dit Zuo Luo, ou Zorro, lui a inspiré ce récit […]. » Maintenant, vous pouvez y aller. Nous irons en Chine, à New York et au Japon. Avec Zorro. Zhu Wenguang, donc, est un détective spécialisé dans l’enlèvement de jeunes femmes mariées contre leur gré, malheureuses en ménage, violentées. Son métier est difficile, car trop souvent les femmes rendues à leurs parents, qui les avaient vendues naguère, sont aussitôt renvoyées. Il est seul : son unique ami, Bec-de-Canard, est son indic, trop timoré pour le suivre dans l’action. Mais Zhu Wenguang n’est pas seulement un professionnel aguerri; il a un cœur, et la nostalgie des femmes qu’il a aimées, et qu’il n’a jamais osé ou pu garder auprès de lui, justicier solitaire et entêté. (La solitude est le jardin de la mémoire.) De ces trois femmes, il va retrouver la trace ou la tombe, la fille ou la mère, l’âme ou l’ombre.
Des femmes disparaissent est un roman d’aventures. Bien sûr, tout au long du voyage de Zhu Wenguang, nous verrons renaître ces silhouettes perdues que l’éditeur présente ainsi sur la couverture (on s’en tient à ces mots, de peur d’en dire trop) : « De la belle Yatsunari Sesuko, qui a fini sa vie cloîtrée dans un temple bouddhiste, à la timide Zheng Leyun, dont la famille fut massacrée pendant la Révolution culturelle, en passant par la délicieuse Yang Cuicui jadis maltraitée par son yakusa de mari [...]. » Mais la véritable aventure est ailleurs, c’est une aventure littéraire. Christian Garcin, tout en gardant le style maîtrisé qu’on lui connaît, se permet, sans trébucher, de conduire le lecteur sur tous les registres de la narration, parmi lesquels une surprenante drôlerie et une petite touche de mélodrame. Le récit de ces aventures oscille entre la bande dessinée (
Lotus bleu ?) et les picaresques
Tribulations d’un Chinois en Chine – et ailleurs. Puis soudain tout cède la place à l’introspection la plus profonde, pour brutalement s’effacer devant un conte philosophique, sans jamais perdre le lecteur en route ni le fil de la narration malgré la liberté savante prise avec la chronologie. Parfois, on croit entendre Philip Marlowe, et tout à trac, au milieu d’un chapitre de pure narration, surgit, comme dans un film muet, un carton qui nous transporte d’une cocasse contingence sous le souffle du surnaturel : « Très brève histoire de Michele Chen et du chien Vieux-Fang, racontée par Zhu Menfei à son cousin Zhu Wenguang, dit Zuo Luo ». Et encore, vous n’avez rien vu parfois, c’est le chien qui raconte. Alors, avant d’embarquer dans cette superbe lecture, relisez plutôt votre contrat d’assurance. Surtout les petites lignes.
Lire, février 2011
Trois femmes et un détective par Christine Ferniot
Entre Asie et Occident, rêve et réalité… Décidément Christian Garcin sait brouiller les pistes de l’enquête. À Guangzhou, le détective privé Zhu Wenguang, alias Zuo Luo ou Zorro, a horreur qu’un type gras, en bas de survêtement Adidas et tricot Nike, le bouscule. Surtout lorsqu’il pue la transpiration. Que Zuo Luo voit rouge, et il aligne coup de genou dans les couilles et uppercut à la base du nez. En dehors de ces moments un peu tendus, Zhu Wenguang est un garçon avenant et corpulent ayant pour tâche essentielle d’aider des jeunes femmes à fuir leur mari épousé de force. Mais quand il débarque à New York chez son cousin, le voilà traité comme une star par la voyante Michèle Chen dont le neveu chaman a écrit les aventures de « Zuo Luo, le renard justicier ». Comment échapper à son passé, se demande Zuo Luo, repensant aux femmes de sa vie : Sesuko qui se laissa mourir de faim, Cuicui, plongée dans un coma irréversible, ou Zang Leyun, disparue après la révolution culturelle en laissant une petite fille. Bref, Zorro est un sentimental soupe au lait et Christian Garcin un extraordinaire conteur qui secoue les règles de la fiction pour en créer de nouvelles avec un aplomb irrésistible. Passé-présent, réalité-onirisme, chamanisme, l’auteur joue sur plusieurs dimensions, croise les époques tout en décrivant soigneusement des lieux contemporains. Des femmes disparaissent renoue avec d’autres livres de Christian Garcin
(La Piste, mongole, La Jubilation des hasards, Le Vol du pigeon voyageur) mais le lecteur novice plongera avec délice dans cette nouvelle aventure où Bogart rencontre Maggie Cheung pour interpréter une version musclée de
In the Mood for Love. En bouleversant nos habitudes de lecture, le romancier réussit à tout faire gober avec jubilation : la bière locale servie par une Russe dans un bar de Guangzhou, les Japonais qui s’expriment en chinois, les chiens qui parlent aux chamans et les privés grassouillets séduisants. La narration bousculée devient un plaisir ludique, les bagarres de coin de rue sont des morceaux de bravoure et lorsque Zuo Luo et la petite Yoko se plantent devant un lac, main dans la main, face à un crapaud qui s’essuie la bouche de sa patte avant gauche en roulant des yeux, on applaudit en réclamant la suite des aventures de Zorro et de son copain Bec-de-Canard.
Let’s motiv. Nord et Belgique, février 2011
par Marie-Lucile Kubacki
Le Zorro de Christian Garcin n’a ni cape ni sombrero. Il tient autant du renard que de Robert de Niro et s’appelle Zhu Wenguang, profession détective privé. La nuit, il enlève des jeunes femmes mariées de force dans les campagnes pauvres de la Chine pour leur rendre la liberté. Le jour, il trinque avec un dénommé Bec-de-Canard. Quand il flaire une nouvelle piste, il ignore que son enquête le mène vers les trois femmes de sa vie, qui lui tissent un destin en forme d’énigme. De New York à Hokkaïdo, il sera aidé par un chien mafieux, une medium et une enfant perdue. Après
Le Vol du pigeon voyageur, La Jubilation des hasards et
La Piste mongole, Christian Garcin complète sa curieuse galerie de personnages dans un road-trip sombre et délicat.
L’Humanité, jeudi 27 janvier 2011
L’arrière-pays chamanique du vrai faux roman policier par Alain Nicolas
Un Zorro chinois détective privé, libérateur de femmes martyrisées, dernière incarnation des héros polymorphes de Christian Garcin, au mieux de sa forme. Filles vendues par leurs parents, femmes battues, séquestrées par leur mari, espionnées par leur belle-famille et peut-être même leurs voisins, adolescentes enlevées rendues dociles par les menaces sur leurs enfants, toutes, elles n’ont qu’un espoir : que quelqu’un comme Zhu Wenguang leur vienne en aide.
Zhu Wenguang, alias Zuo Luo, autrement dit Zorro, est un de ces détectives privés qui se sont spécialisés dans ce domaine très particulier de l’intervention officieuse.
L’important pour réussir dans ce métier, en Chine aujourd’hui comme à Chicago dans les années 1920, c’est un bon réseau d’informateurs. Zuo Luo a ce qui lui faut d’indicateurs, de flics compréhensifs, de gens ordinaires aussi, qui relaient les appels au secours. Comme Bec-de-Canard, par exemple, un Bouriate, qui doit ce sobriquet à une grosse lippe et à un nom imprononçable.
Si l’on ajoute que Zuo Luo met dans cette quête un peu plus de lui-même qu’il ne devrait, on peut penser que nous tenons là les ingrédients d’un solide roman policier. C’est évidemment le cas, et Christian Garcin montre une fois de plus qu’il maîtrise parfaitement les codes de la littérature de genre, ce qu’on savait depuis (par exemple)
Le Vol du pigeon voyageur, brillante construction sur la forme du récit d’enquête de disparition.
Des femmes disparaissent est donc, d’abord, un vrai roman policier. Mais Garcin ne serait pas lui-même s’il ne nous emmenait pas ailleurs, ou plutôt s’il ne nous ramenait pas chez lui.
L’univers où nous avait fait séjourner longuement
La Piste mongole est l’arrière-pays de ce roman. Zuo Luo, dans la Chinatown new-yorkaise, rencontre des Chinois de l’outre-mer, les Chen. Elle est magicienne, et apprend en communicant avec la réincarnation animale d’un vieux bandit des Triades des éléments sur l’enquête de Zuo Luo. Lui est peut-être un chaman. Leur neveu n’est autre que l’auteur des
Aventures de Zuo Luo, qui acquiert d’un coup le statut de personnage de fiction ! Comment va réagir notre héros ? Va-t-il accepter cette érosion de réalité ? Va-t-il au contraire considérer son entrée en littérature comme une promotion ? Le suspense se déplace, les questions sur le statut des personnages, et donc l’état du lecteur, prenant peu à peu le pas sur les enjeux des enquêtes de Zuo Luo, mais sans les refouler.
Vous le saurez en lisant
Des femmes disparaissent, le thriller littéraire de Christian Garcin.
Point de vue, mercredi 19 janvier 2011
Fantômes chinois par J. C.
Zhu Wenguang, dit « Zuo Luo », ou encore « Zorro », exerce une activité particulière. Il sauve de jeunes épouses, vendues par leurs parents, puis maltraitées par leur mari. Un soir, il repense à trois femmes. Une amie d’enfance, et deux femmes sauvées par ses soins. Leurs parcours ressemblent à des contes, s’imbriquant les uns dans les autres, qui le replongent en enfance. Fin et délicat, frisant parfois le fantastique, un très beau livre.
Le Canard enchaîné, mercredi 5 janvier 2011
Ombres chinoises au Japon par André Rollin
Avec Des femmes disparaissent,
Christian Garcin, de la Chine au Japon, en passant par New York, mène un éclatant devoir de vengeance. Tel Zorro, Zhu Wenguang, Chinois au cœur blessé, va sauver la femme bafouée. Son rôle : dénicher les endroits où sont « séquestrées les jeunes femmes des campagnes pauvres vendues de force à d’autres paysans, ou à quelques citadins tout aussi pauvres ». Dans ce trafic de l’ombre et de la misère, Zhu Wenguang, appelé aussi Zuo Luo, apporte sa fougue et sa violence en un formidable tourbillon qui ravage aussi bien Guangzhou, en Chine du Sud, que New York ou Hokkaido.
Garcin, déjà auteur de nombreux livres […], a le don de magnifier le clair-obscur : « Il espérait se fondre dans le métal rouillé de la porte, devenir moins visible qu’un chat noir fouillant les sacs poubelle dans la nuit, qu’une flaque grise sur un trottoir goudronné, qu’un renard roux dans un sous-bois d’automne… » Il est là dans son élément.
Trois femmes principales, trois femmes aimées – Zhang Leyun, Yatsunari Sesuko, Yang Cuicui –, se retrouvent, par des coïncidences inouïes, dans cette traque de « la lumière » que Zhu Wenguang mène à travers le monde. Toujours est-il qu’il y a une logique souterraine qui relie toutes ces histoires pour en faire le livre d’une aventure haletante. Avec Christian Garcin, on ne peut rester calmement dans, son fauteuil, il nous en éjecte avec une joie féroce en nous envoyant à la figure d’incroyables mafieux, de redoutables tirades, comme des yakusas venimeux. Et en toile de fond ces jeunes femmes, parfois toutes jeunes filles, qui illuminent cette obscurité dangereuse.
Elles tissent un réseau qui relie les continents, les événements de Chine comme ceux de Hongrie – Cuicui est née à Budapest – sans oublier le Chinatown new-yorkais qui brille de tous ses feux assassins. Zorro est toujours là quand il faut, avec sa patience et sa morgue. À Tanaka Daijiro, mafieux japonais, cloué sur un fauteuil, et tortionnaire de son ex-femme Cuicui, il lance, méprisant : « Le majestueux Yangtse, le père des fleuves de la Terre, dont nul ne peut, dans ton minuscule pays en forme de virgule, se représenter la puissance et la taille. »
La quête pour trouver l’affreux Daijiro, réfugié au Japon, est un moment grandiose. Garcin ne lésine pas, et son imagination est comme un livre d’enluminures. Il y a même la réincarnation d’un truand en chien !
Pour finir, nous nous trouvons non loin de la mer d’Okhotsk, au Japon, chez le fameux Daijiro, qui vit reclus, après un passage en prison, avec sa nouvelle femme et une gamine de 10 ans, Yoko, à qui son père ne cesse de répéter que sa mère est morte. Si le face-à-face entre le mafieux et Zhu Wengang est sordide, celui entre le justicier et la gamine, qui adore tuer les chats et les oiseaux, est déchirant. On passe de la violence à la douceur extrême.
Des femmes disparaissent ouvre cette entrée 2011 avec force et panache. Surprenant.
Biblioteca magazine, n°152, janvier 2011
Zhu Wenguang, dit Zorro, est un détective privé dont la spécialité consiste à secourir les jeunes femmes vendues par leurs parents dans les campagnes pauvres du sud de la Chine et qui, maltraitées par leurs maris, s’en remettent à lui pour les libérer. Mais cette fois, c’est bien au-delà du sud de la Chine qu’il devra se rendre pour démêler les fils de cet écheveau d’étranges disparitions qui concernent trois jeunes femmes, toutes de près ou de loin liées à son passé. De Guangzhou à Hokkaido en passant par New York, il devra faire appel à une médium et à la mémoire vive des contes traditionnels chinois pour répondre à l’appel de ces jeunes femmes par-delà le silence des années, ou du tombeau.
Livres hebdo, n°844, vendredi 3 décembre 2010
Les belles disparues par Alexandre Fillon
Originaire de la province de Sichuan au centre-ouest de la Chine, Zhu Wenguang a d’abord été vigile dans un magasin de prêt-à-porter de Deyrang. Au fil des années, le héros du désopilant nouveau roman de Christian Garcin s’est transformé en un efficace justicier opérant dans l’ombre. Surnommé « Zuo Luo, ou Zorro, du nom du célèbre renard masqué », Wenguang part sans relâche à la recherche de « jeunes femmes des campagnes pauvres vendues de force à d’autres paysans, ou à quelques citadins tout aussi pauvres ».
Monsieur respecte parfois la voie officielle, lorsqu’il parvient à faire intervenir la police, mais peut opter aussi pour la ruse ou la force. Il lui arrive de résoudre une affaire en un tour de main, sans avoir à utiliser ni couteau ni pistolet. Un coup de genou dans les parties, un uppercut à la base du nez et un crochet au visage suffisent même souvent à lui faire prendre le dessus sur son odieux adversaire.
De lui, on sait encore qu’il a un cousin propriétaire d’un restaurant à New York. Qu’il fume des cigarillos quand il est sous pression. Qu’il est affublé de grosses joues et d’un regard impassible lui donnant l’air d’un « lutteur de sumo à la retraite, le chignon en moins. Ou de la divinité dodue d’un autel domestique, le sourire en moins ». Qu’il utilise des relais ou des indicateurs. Comme Bec-de-Canard avec lequel il boit de la bière mongole et se chamaille volontiers.
Il convient également de préciser que le volume disponible chez Verdier en janvier prochain porte le sous-titre suivant : « Un roman de Chen Wanglin ». Ce dernier se trouve être un écrivain pas encore publié qui aurait couché sur le papier
Les Aventures de Zuo Luo, le renard justicier. Certains de ses récits seraient en revanche traduits en France, puisque Wanglin aurait rencontré un Français lorsqu’il était en Mongolie. Christian Garcin ayant quant à lui signé en 2009 chez Vernier
La Piste mongole, on serait tenté d’y voir comme une sorte de lien invisible…
Calou, l’ivre de lecture, janvier 2011
par Pascale Arguedas