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  Les Deux frères

  Luca Doninelli

  récit
Traduit par Bernard Simeone

  112 pages
13 €
ISBN : 2-86432-175-0
Épuisé

Résumé

     Dans une famille bourgeoise des bords du lac Majeur, le narrateur de ce récit découvre que son père, magistrat, a longtemps tu sa double vie : une autre femme, un autre fils. Tous deux détruits par l’excès et la folie, tous deux sacrifiés par l’égoïsme ou la lâcheté du père.
     C’est la confession tardive de ce dernier, pressentant sa mort prochaine, qui suscite ce livre marquée par l’ampleur symphonique et passionnée du style : des cœurs mis à nu y traversent en chasseurs solitaires, comme le voulait Carson Mc Cullers, une contrée de glace et de feu, avant d’atteindre à l’immense et nécessaire compassion.
     À travers la découverte d’un frère disparu qui deviendra son alter ego et lui rendra, malgré ressentiments et ratages, l’amour du père, le narrateur devient adulte et conquiert sa liberté au prix d’obscures répétitions : d’une génération à l’autre passent les mêmes gestes, les mêmes contradictions douloureuses.



Extrait du texte

     Durant l’une de nos promenades juste avant sa mort, je découvris, par hasard, que mon père connaissait l’allemand. Il ne nous l’avait jamais dit : voilà un trait caractéristique de sa personnalité, savoir l’allemand mais entretenir des relations apparemment si distantes avec sa propre famille qu’il ne le dit à personne. Il connaissait l’allemand et sa littérature, et moi qui préparais ma licence de philosophie et ne connaissais pas cette langue, je me sentis humilié par une citation en langue originale tirée d’un texte de Hegel. Il dit qu’il avait appris l’allemand pour pouvoir lire cet auteur, indispensable à qui aimait le droit. Mais il n’avait pas lu seulement les textes concernant le droit ; le passage qu’il me cita traitait de la belle âme romantique, destinée selon Hegel à la folie. Ce sont des pages terribles, que je connais très bien, et dans lesquelles le philosophe se réfère, non sans mépris intellectuel, à la malheureuse aventure de son ex-ami, le poète Hölderlin. Eh bien, mon père cita cette page pour parler de sa première femme, dont la folie ne semblait faire naître en lui aucune pitié. Bien qu’il l’ait aimée jusqu’à la mort, sa rancœur envers elle fut encore plus durable, au-delà même du trépas. Il décrivit cette pauvre malade comme une âme pure vouée au tourment, étouffée par sa propre vertu. Pourquoi tant de cynisme ? Lui-même l’ignorait. C’était comme si un démon le forçait à couvrir de boue ce qu’il avait aimé. Quand bien même il ne l’aurait jamais admis, il ne tolérait pas son propre manque de foi.



Extraits du dossier de presse français

     Dans cette moderne famille des Atrides, les crimes s’accomplissent sans effusion de sang, par le seul biais de l’esprit. Si la folie de Carlotta peut éventuellement avoir d’autres origines que le climat conjugal, le suicide de William, accepté, presque encouragé par le père, qui ira jusqu’à ne pas lui porter secours quand il en était peut-être encore temps, est un meurtre proprement dit. Et c’est de cette faute qu’il veut se décharger en la confessant, sans réel remords, à son second fils. [...] Ce n’est pas sans raison qu’il est dit au cours du récit que « le romantisme trouverait dans cette histoire quelque chose de poignant », et que la grande image de Hölderlin domine la folie de ces personnages.

     Monique Baccelli, Europe, 1993