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Douane d’amour (Dogana d’amore) |


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Roman
Traduit par Danièle Valin
Épuisé |

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128 pages
ISBN : 2-86432-239-0 |
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Sur la côte de Ligurie, tout près de la frontière française, Martino, rescapé d’un accident, jeune homme en marge de la vie, réapprend le quotidien sur le Pélican, bateau chargé de lutter contre la pollution des eaux. Dans cette région d’Italie défigurée par la spéculation immobilière – qu’on se rappelle certains textes d’Italo Calvino –, Martino accomplit sa tâche comme une étape vers l’inaccessible – et peut-être coupable – pureté. Deux femmes incarnent pour lui l’hésitation du désir : Margherita, séparée de son mari, institutrice dans un village dépourvu d’enfants, et surtout Armida, une jeune religieuse qu’il a connue à l’hôpital et dont la vocation incertaine permet la naissance entre eux d’une relation hors du temps plus encore qu’ambiguë. Dans l’éblouissement solaire, sur une mer à la transparence perdue, ces personnages doivent dépasser de récentes et profondes blessures. La splendeur des paysages leur est une promesse interdite. La découverte d’une truite et l’attachement de plus en plus exclusif que Martino concevra pour elle, sont le lien fuyant qui unit ces trois destins : figure poétique, ondoiement du mystère entre deux eaux, figure ambivalente de la vie, la truite initiera le jeune homme à des mystères où l’élan vital et l’abandon, voire la régression vers l’univers indistinct de l’origine, se confondront en un seul parcours qui sera salut et perdition. Au terme d’un siècle qui, à travers le virtuel, en vient à remettre en cause la notion même de réalité, Nico Orengo poursuit un rêve périlleux mais illuminant : étreindre le monde sensible sans médiation. |

Martino se rendit à la source et chercha la truite. Tout en lui jetant du pain et du fromage, il lui raconta qu’il avait construit une petite maison de verre : il pourrait la garder avec lui sur le bateau. La truite tournait autour des bulles, chassant la mie de pain devant elle. Elle n’avait plus faim et en faisait un jeu. Martino la pria de rester tranquille, enfonça verticalement un doigt dans l’eau et le poisson s’arrêta, l’enveloppant de sa queue, sans le toucher. Nous allons partir en voyage, dit Martino. Tu monteras dans le bateau et nous irons faire un petit tour. Même si tu ne peux le comprendre, ce seront des vacances. Et nous ne serons pas seuls, nous aurons quelqu’un avec nous, quelqu’un qui prendra soin de nous. La truite se détacha du doigt de Martino pour plonger dans la mer. Martino attendit de la voir affleurer à nouveau, scruta le fond à l’aide du hublot puis, perdant patience, remit le moteur en marche. Il voulait arriver à Garavan pour faire le plein de gas-oil en vue de leur départ imminent. |

La Quinzaine littéraire, 1er septembre 1996 par Marie-José Tramuta Passer la douane
Dans une de ses nombreuses lettres offertes à l’insatiabilité du lecteur, Voltaire écrivait que « la douane des pensées est plus sévère que celle des fermiers généraux, et qu’il est plus aisé de faire passer des étoffes en contrebande que de l’esprit et de la raison ». J’ignore si Nico Orengo, romancier et poète né en 1944, a noté le propos, mais nul doute que Douane d’amour qu’il publia en Italie en 1986 vient s’ajouter au difficile passage et l’illustrer dans l’ordre des sentiments. Douane des sentiments, douane d’amour, passages interdits franchis grâce à la puissance et à l’apparente simplicité d’une langue dépouillée et contenue, fort bien rendue par la traductrice Danièle Valin et qui permet le prodige. Dans une Ligurie côtière saccagée, Martino, un jeune homme rescapé d’un accident de moto, semble vivre en marge de l’existence, n’était le travail que lui a trouvé sa tante, mère Luciana (religieux et religieuses peuplent l’univers romanesque de Nico Orengo 1: « Monsieur Bosio lui dit qu’il cherchait quelqu’un qui ait la patience – il ne dit pas : de perdre son temps – de rester sur le Pélican le plus possible à la recherche des taches de pétrole, des déchets, des eaux mortes et, ajouta-t-il, “de tirer souvent le canon”. » C’est à la faveur de cette circonstance qui inscrit cette fable moderne dans un contexte très actuel, que Martino, héros quasi intemporel (« pour lui, depuis longtemps déjà, les heures en mer étaient plus nombreuses que celles passées à terre ») va faire la rencontre de “la” truite et que s’accomplira le prodige et le premier passage mais aussi la première transgression. Car Martino est aussi un être de chair et de sang qui, sur la terre ferme, croise l’existence de deux jeunes femmes dont le destin va être implacablement mêlé au sien. Margherita, institutrice en sursis dans un village à l’agonie, séparée de son mari, ébranlée par l’absence d’amour. « L’enfer, c’est de ne plus aimer », dira-t-elle à Martino quand elle le retrouve après une longue séparation, incapable alors de comprendre combien les mots l’enferment et la condamnent. Et c’est surtout Armida, jeune religieuse qui l’a soigné après son accident et qui sera victime de la seconde transgression, fatale contrebande qui précipitera son destin marqué par la vision d’un puits qui faillit engloutir son enfance et d’une culpabilité qu’elle définit comme « le contrepoids du bonheur ». Existences malmenées, ballottées, condamnées, transfigurées peut-être, engluées à coup sûr mais auxquelles la métaphore du Pélican, variante du mythe de Sisyphe, fait don d’un salut improbable mais tenace, celui de la poésie dont le lecteur gardera longtemps la promesse.
1. Lire notamment On a volé le Saint-Esprit, trad. de l’italien par Louis Bonalumi, Flammarion, 1990. |

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