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  En somme
pour un usage analytique de la scolastique médiévale

  Alain Boureau

  96 pages
13 €
ISBN : 978-2-86432-636-6

Résumé

« Depuis vingt-cinq ans, je charge obstinément de scolastique tous les thèmes psychanalytiques possibles.
Pour expliquer mon entreprise, je dois d’abord tenter de définir un investissement personnel, qui passe aussi par les enchantements et puissances de la parole médiévale.
Le chapitre III se saisit de l’histoire de Thomas d’Aquin. Mon investissement et mon objet concordent : il se trouve que mon affection admirative s’adresse à une figure éminente de la pensée scolastique. J’espère suggérer là une approche des mécanismes inconscients par une attention dirigée vers la composition même des textes, dans leur formalité plus que dans leur contenu ; j’ai l’ambition de montrer comment un tel corpus suggère de nouvelles méthodes d’analyse, peut-être applicables ailleurs.
Ensuite, j’entends montrer que des enjeux collectifs justifient cette résurgence du passé des scolastiques. Enfin je brosse à gros traits le paysage scolastique pour y situer mes remarques. »


Revue de presse

Presse écrite

   Sigila, n°29, printemps-été 2012
   par Béatrice Delaurenti

   Historiens et psychanalystes, à l’affût des secrets du passé, liront avec bonheur ce petit ouvrage dont l’auteur parcourt depuis vingt ans les controverses de la scolastique médiévale ; son œuvre originale a exploré entre autres le mythe du droit de cuissage (1995), la naissance de la démonologie dans l’Occident médiéval (2004), les transformations du culte marial au tournant du 13e siècle (2010). Alain Boureau dévoile ici pudiquement la dialectique qui s’est nouée entre l’auteur et l’objet de ses livres. Il écrit en amoureux de la période médiévale, conscient et fier de l’être. Son objectif est de mettre en évidence une proximité entre scolastique et psychanalyse.
   Les textes théologiques et philosophiques du Moyen Âge se prêtent à une histoire intellectuelle, à l’étude des méthodes de travail universitaires, mais ils livrent aussi, de façon inattendue, des repères et des outils d’introspection. C’est à partir d’une analyse serrée qu’Alain Boureau y croise des thématiques psychanalytiques, sans toutefois se lancer dans des interprétations inopportunes. Le corpus est médiéval, le mode de raisonnement est celui d’un médiéviste, mais certaines questions se sont posées aux scolastiques comme plus tard aux freudiens : la hantise du doute, qui serait un des « universaux du trouble humain » ; l’exigence de raisonner sur des cas concrets ; le rapport au langage, les bévues des copistes, discrets glissements de sens qui font une place à l’individu dans l’histoire des textes. Sur le ton librement suggestif d’une conversation au coin du feu, l’ouvrage met en évidence l’actualité des écrits scolastiques, leur modernité accessible à tout lecteur, même non-médiéviste, même non-historien.



   Études, juillet-août 2011
   par Michel Fédou

   Auteur de savantes études sur le Moyen Âge, Alain Boureau livre un petit écrit très personnel sur ce qui fait, à ses yeux, l’intérêt de la scolastique. Il décèle à travers celle-ci une interrogation centrale: qu’est-ce que l’âme? Cette question donne lieu dans les Sommes à des argumentations serrées, dépourvues d’allusions personnelles, toutes tendues vers des solutions « scientifiques »; mais l’auteur propose d’y voir aussi une variante libre du « moi », de la « conscience », et même de « l’inconscient », la tradition chrétienne étant convoquée au service d’une telle interrogation sans cesse reprise et approfondie. Plus qu’au contenu, l’attention se porte à la forme même des textes scolastiques. Le point de vue ici choisi conduit certes à des enquêtes inattendues, ainsi lorsqu’on voit l’auteur traquer, à travers des démonstrations de Thomas d’Aquin, telle ou telle « obsession » personnelle de celui-ci. Une gêne peut même surgir: l’intention première de la pensée scolastique, tant orientée vers le mystère de Dieu, est-elle assez honorée? Il reste qu’Alain Boureau, par les options mêmes qui lui sont propres, sait partager sa passion pour cette pensée, en restituant le contexte social de son élaboration et en faisant paraître l’actualité des questions alors soulevées. Son livre, « en somme », est un hommage appuyé à la raison scolastique.



   L’Histoire, mai 2011
   La scolastique et nous

   La scolastique est d’abord une méthode de construction de la vérité par la contradiction. Elle désigne les techniques intellectuelles de questions disputées par lesquelles la philosophie médiévale, telle qu’elle était enseignée à l’université, se pensait par cas. Cas étranges, ou aberrants : existe-t-il une droite et une gauche dans les corps célestes se demande Bonaventure dans son Commentaire des sentences (vers 1253) ? Depuis plusieurs années, et parmi d’autres, Alain Boureau s’est emparé avec avidité de ce corpus, le révélant pour ce qu’il est : la première « science de l’homme ».
   Il y revient dans ce livre attachant et proprement déconcertant, qui démarre comme une confession et s’achève à la manière d’une synthèse sur l’« institution scolastique ». Alain Boureau y explicite les raisons intimes et philosophiques de son attachement. Car si les scolastiques pensent l’unité de la nature humaine, c’est pour conjurer la dispersion d’un moi qui doute de la réalité du monde – et c’est en cela que leurs interrogations peuvent rejoindre la psychanalyse des inquiétudes contemporaines. Ainsi dans le cas précédemment cité : la question de Bonaventure n’a de sens que si l’on comprend la distinction entre ce qui structure objectivement l’espace (des directions : les points cardinaux, indépendants de la place du sujet) et ce qui permet à l’homme de s’y repérer (des orientations : la droite et la gauche, de son point de vue). L’interrogation sur les corps célestes permet donc de poser, en la déplaçant, la question de la désorientation ici-bas.
   Alain Boureau consacre de belles pages à la traque « des mots égarés et trouvés » dans les manuscrits, où c’est le lapsus des scribes, écrivant un mot pour un autre, qui permet de se frayer un chemin dans les incertitudes du sujet. Les philologues qui veulent les corriger ne sont que des « fanatiques de la banalité ». Alain Boureau prête l’oreille à l’écart des pensées, pour se retrouver lui-même.



   Le Nouvel Observateur, jeudi 21 avril 2011
   par André Burguière

   « En tombant dans un escalier, j’ai attrapé un doute sur la réalité », écrit Alain Boureau, meilleur historien actuel de la scolastique, dans un essai d’auto-analyse d’une grande élégance d’écriture. Évoquant l’accident qui lui a laissé des séquelles psychologiques graves, il nous raconte comment la radicalité de la réflexion de Thomas d’Aquin ou de Siger de Brabant sur les fondements du réel, dans laquelle il avait montré l’émergence de la pensée moderne, lui permet de combattre sa propre névrose et de se comprendre lui-même. Un texte éblouissant.



   Le Magazine littéraire,
n°507, avril 2011

   Alain Boureau, éminent médiéviste, fut et reste un interlocuteur privilégié pour les psychanalystes. En décidant de se pencher de plus près sur la scolastique et sur celui qui fut son fer de lance, Thomas d’Aquin, il saisit l’occasion d’interroger son propre parcours et d’écrire un livre personnel. « Le discours scolastique, muni des possibilités d’une causalité ample, a l’impertinence de demander souvent pourquoi : « tout est là. Alain Boureau alterne entre rêveries intimes sur ses motivations et solides analyses des arguments qu’il trouve dans Bonaventure, Pierre Lombard, Pierre de Jean Olivi… « Le langage, pour les scolastiques, agit. » Le ton est rare, soucieux de justesse. Mais peut-être le livre remplirait-il mieux son programme d’action s’il était moins méditatif.



   Le Monde des livres,
jeudi 24 mars 2011
   En somme. « Pour un usage analytique de la scolastique médiévale », d’Alain Boureau et La Vie écrite. Thérèse de Lisieux, de Philippe Artières : Freud, Thérèse et les autres
   par Nicolas Offenstadt

   Les historiens nourrissent souvent un rapport particulier avec les documents qui fondent leurs travaux, leur « corpus » de sources, facilement qualifié du possessif « mes sources », qu’il s’agisse d’arides listes comptables, de procès ou de chroniques historiques. Arlette Farge a naguère évoqué avec ferveur le « goût de l’archive » qui anime ces chercheurs.
   Après plusieurs gros volumes sur les maîtres de la scolastique (cette forme de pensée théologique qui procède par opposition d’arguments et par « dialectique entre le cas concret et les élaborations qu’il permet »), le médiéviste Alain Boureau convie ses lecteurs, en un petit livre, à s’approprier ces textes médiévaux. En somme entend à la fois convaincre de l’intérêt très contemporain des penseurs scolastiques des 13e-14e siècles, dire l’importance qu’ils ont eue pour l’auteur et, enfin, inviter à les lire par-delà les difficultés que ces œuvres latines présentent de prime abord. « Faire des textes scolastiques sa lecture de chevet » : le slogan est simple, la réalisation sans doute moins évidente.
   « Depuis vingt-cinq ans, je charge obstinément de scolastique tous les thèmes psychanalytiques possibles », écrit Boureau, qu’une mauvaise chute, il y a quelques années, a conduit à interroger plus avant le double registre et scolastique (voir son portrait dans Le Monde des livres du 6 mars 2009). L’historien veut montrer combien le sujet, le « je », était déjà présent chez ces grands savants médiévaux, Thomas d’Aquin ou Richard de Mediavilla (auquel Boureau vient de consacrer un livre), et combien leurs œuvres composent une véritable « science de l’homme » : « Le scolastique, c’est l’être qui veut tout connaître, tout comprendre, tout expliquer, tout dire. » L’humour n’était pas absent, comme en témoigne une savoureuse analyse grammaticale du dominicain Richard Helmslay, qui s’opposait à la confession annuelle établie en 1215 pour « tout fidèle des deux sexes » : ce qui, disait ironiquement le prêcheur, ne peut concerner… que les hermaphrodites. Convoqué à Rome, Helmslay dut se rétracter.
   En proposant un dialogue psychanalytique et « anthropologique » avec les textes scolastiques, Alain Boureau ouvre des chemins de traverse pour revisiter l’histoire religieuse et théologique du Moyen Âge. À sa manière, et pour une période plus tardive, Philippe Artières fait de même en rendant compte de la vie de Thérèse de Lisieux. Les textes jouent, là encore, un rôle essentiel. [...]
   Thérèse, c’est [...] tout le travail hagiographique et savant qui a porté sur sa vie et ses œuvres jusqu’aux éditions les plus récentes. Cette « sainte de papier » semble donc « l’objet d’un discours infini », un peu comme la lecture des scolastiques par Alain Boureau.



   Lettre(s) de la Magdelaine, lundi 21 février 2011
   Interroger la formation du lien de l’homme au monde, avec Alain Bourreau, médiéviste, Élisabeth Wetterwald, critique d’art
   par Ronald Klapka