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  L’Enterrement

  François Bon

  Récit
Prix Paul Vaillant-Couturier

  128 pages
10,50 €
ISBN : 2-86432-142-4

Résumé

     Dans un village près de la mer, dans les marais et dans le vent, un matin de décembre, l’enterrement d’Alain. La famille n’a avoué de la mort ni comment ni pourquoi, et la journée s’en va de travers, comme avait fait la vie qu’on devine et reconstruit.
     Moment de bascule où se clôt un cycle, avant les forces neuves du recommencement : celui qui ici est tombé, tandis qu’un autre, son ami, doit continuer.
     Pour reconstituer au plus près cette journée blanche et rapide, trois heures d’une hallucinante scène réelle, l’auteur est revenu vivre dans son village natal de Vendée.



Extrait du texte

     Le père se tenait au portail, en avant, sur la rue. Tête nue, un peu penchée de côté et se retournait souvent, pour vérifier si ça suivait bien, derrière, la cour vide, ou s’inquiéter de quelque chose, qui n’aurait pas été à sa place. Je ne me suis pas présenté : je venais, c’est tout. Pourtant, à faire traîner comme ça le « monsieur... », c’est mon nom qu’il attendait. Les mots qui auraient tout facilité ne sont pas venus, on s’est serré la main. Mais ferme, en appuyant vraiment. Quand même, comme il ne me relâchait pas les doigts, tenus sans pression mais collés à sa paume sans que j’ose les enlever : « Un ami d’Alain », j’ai dit. Ça suffisait, c’était le mot de passe.
     Je me suis retourné, il s’était retourné lui aussi, au coin gauche du portail et on était maintenant à cinq pas, une silhouette et demie d’homme entre nous. Son chapeau à la main parce qu’il ne savait pas quoi en faire, et ce tressaillement nerveux, toujours le même, qui lui étirait encore une fois la joue rasée de trop près. « C’est par là », il me lança comme si j’avais pu aller ailleurs.
     Enfilade vide de la cour, au fond le hangar où le chien traînait la grande boucle d’une chaîne de fer, à côté du fourgon surélevé de la menuiserie. Le chien noir, on se connaissait : il s’est dressé droit, la queue à racler par terre. Et d’aboyer ainsi, tirant sa chaîne à s’en étrangler, finit comme quand ils hurlent à la lune. Chien bête à chagrin : il était donc arrivé ici, le chien d’Alain.



Extraits de presse

     Avec L’Enterrement, François Bon parvient à une simplicité et à une pureté de trait, à un haut dépouillement, que seul peut engendrer un travail de tous les instants sur la musicalité et le sens dans la langue. Venant après cinq romans et un gros essai sur Rabelais, ce court récit pourrait bien marquer un premier aboutissement, dix ans après la première parution, Sortie d’usine, aux éditions de Minuit. Le feu de la langue et une scansion singulière, comme venue d’un rythme primitif du corps, y accèdent en effet à toute leur plénitude. La composition y marie un entrelacs, savant et superbe, de lignes mélodiques. Bref, jamais François Bon ne s’était approché aussi près, avec une telle maîtrise de ses moyens, de ce qui s’identifie à un véritable requiem écrit.
     (...) Le texte se construit et avance en une succession de lentes révolutions sur lui-même, délivrant à chaque fois un peu plus de sens, se chargeant de notations et d’images qui, tels les instruments de l’orchestre, maintiennent la continuité tonale de l’ensemble.

     Jean-Claude Lebrun, Révolution, n° 662, 31 janvier 1992.

 

     L’écriture très originale du romancier-poète François Bon sonde les moindres frémissements d’émotions, et enregistre le tout-venant de la vie qui s’active.

     LÉvénement du Jeudi, 2 avril 1992.

 

     (...) Un court chef-d’œuvre où François Bon, prenant comme prétexte les funérailles d’un ami, Alain, rentre chez lui. D’une prose savante, qui mêle les tournures du lieu, une « parlerie savoureuse », à de longues phrases méditatives, il fait le tour d’une douleur dont personne ne dira mot.
     (...) Simenon aurait aimé ce livre laconique et reconnu la tristesse pesante qui imprègne son Rapport au gendarme ou Le Riche Homme.

     Raphaël Sorin, LExpress, 6 février 1992.