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  Un été à Majorque
(Un estiu a Mallorca)

  Llorenç Villalonga

  Roman
Traduit du catalan par Jorge Serra et Raphaël Carrasco
Épuisé

  256 pages
ISBN : 2-86432-085-1

Résumé

     Un siècle après George Sand, arrive à Majorque Silvia Ocampo, poétesse mondaine, beauté créole à l’esprit affranchi venue exalter les passions enfouies d’une aristocratie insulaire décadente.
     Dans la splendeur rayonnante de cet été 35, évoluent doucement, comme en un dernier bal, tour à tour ridicules, inquiétants ou attendrissants, tous ces damnés, célébrant malgré eux un chant d’amour à l’île incomparable.



Extrait du texte

     Presque en même temps que la mère et la fille, arrivèrent aussi Miquel Milà et Hellen, son épouse, la Nord-Américaine qui, outre qu’elle était riche, était agréable. La nuit dernière, ils s’étaient rendus au Spideum, et ils parlaient de la femme de lettres argentine qu’ils avaient déjà connue à New York. Mme Maria demandait des détails. Milà se plaisait à en inventer car il était vaniteux. Il avait le nez tordu et une cicatrice sur le front. C’était le résultat d’un coup de poing reçu à l’époque où il était étudiant, et qui avait été une époque triste. Comme il écopait toujours, il était tenu pour lâche, alors qu’en réalité, c’était un héros. Devenu homme, il affronta des problèmes métaphysiques ; ceux-ci ne lui laissèrent point de trace sur la figure, mais le rendirent pédant. Pour finir il trouva refuge dans le paradoxe et le sarcasme, comme tant d’autres.
     D’après lui, et bien qu’il fût Majorquin – en cela il s’accordait avec George Sand –, les habitants de l’île étaient des crétins. Il est bien connu que George Sand, avec son grand cœur, aurait voulu nous civiliser : « Il faudra bien des années pour que le Majorquin soit actif et laborieux », écrivait-elle ; en attendant, « nous pouvons lui laisser sa guitare et son rosaire pour tuer le temps. Mais sans doute de meilleures destinées sont réservées à ces peuples enfants, que nous initierons quelque jour à une civilisation véritable sans leur reprocher tout ce que nous avons fait pour eux. » Et afin qu’il ne demeurât aucun doute sur les intentions généreuses qui l’animaient, elle finit d’enfoncer le clou : « Le bruit de nos luttes gigantesques n’a pas éveillé de leur profond sommeil ces petites peuplades qui dorment à la portée de notre canon au sein de la Méditerranée. Un jour viendra où nous leur conférerons le baptême de la vraie liberté et ils s’assiéront au banquet comme les ouvriers de la douzième heure. »
     Tout cela avait été écrit en 1838 et presque un siècle plus tard, Miquel Milà continuait de penser la même chose des Majorquins. Il était convaincu que ces derniers critiquaient Mme Ocampo pour les mêmes raisons qui, un siècle auparavant, les avaient conduits à malmener Mme Sand. Miquel Milà proclamait le droit pour chacun – et chacune – de vivre sa propre vie et Mme Maria, qui l’écoutait pleine de méfiance et n’avait jamais lu les livres de George Sand ni ceux d’Ocampo, finit par envoyer sa fille jouer dans le jardin.



Extraits de presse

     L’Express, 28 juillet 89

     Majorque, flattée par la visite et insultée par la visiteuse, ne savait pas répondre aux calomnies de George Sand sur les « petites peuplades », de l’île où elle passa un hiver avec Chopin. Villalonga, Catalan, mort en 1980, a relevé le vieux défi. En 1935, cent ans après George, une extravagante femme de lettres sud-américaine divorcée, « fuyant, elle aussi, les tempêtes de la vie », vient passer un été à Palma. Cette Silvina Ocampo, dont « on peut voir portrait dans le supplément du Larousse », fascine le petit monde snob et vieillot des insulaires, décrit avec un humour féroce. Scandale, intrigue fracassante de l’Éminente avec Antoni, fils de famille nigaud et joli garçon. Silvina, elle aussi, « met un point d’honneur à déplaire aux idiots, aux philistins ». On lit avec beaucoup de plaisir ses aventures à ombre d’une autre.

 

     L’Indépendant, 8 juin 1989
     par Charles Greiveldinger

     Un très beau texte, volontiers partagé entre l’humour, la causticité, voire une férocité dévastatrice, et la mélancolie sinon l’arrière-goût d’une amertume sans misanthropie. L’argument, c’est l’arrivée à Majorque quelque cent ans après George Sand, d’une poétesse mondaine, Silvia Ocampo, laquelle va réveiller les passions enfermées d’une aristocratie insulaire sur le déclin. La référence à George Sand est omniprésente, à tel point qu’on se dit que Silvia Ocampo n’est que le nom de George Sand dans l’imagination de Villalonga.