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  Étoile variable

  Vittorio Sereni

  Poèmes
Traduit par Philippe Renard et Bernard Simeone
Préface de Franco Fortini
(édition bilingue)

  176 pages
12,20 €
ISBN : 2-86432-061-4

Résumé

     Pourquoi la poésie de Vittorio Sereni est-elle à ce point actuelle ? Peut-être parce que l’exil du poète, prisonnier des Américains durant la Seconde Guerre mondiale et ainsi exclu du choix historique de la Résistance, a fait de lui le spectateur impitoyable de toutes les crises de la conscience italienne des quarante dernières années. Dense, elliptique mais aussi pénétrée de langage oral et populaire, cultivant en permanence le double sens, sa poésie intense et transparente vient hanter la matière et les lieux, entretenant par-delà ces apparences un dialogue tendu avec les morts, au seuil d’une métaphysique simplement suggérée. Alors même qu’elle se définit comme en retrait par rapport aux choses et aux événements, cette œuvre demeure un témoignage paradoxal de « présence », et un univers d’une rare cohérence.



Extrait du recueil

     Altro compleanno

     A fine luglio quando
     da sotto le pergole di un bar di San Siro
     tra cancellate e fornici si intravede
     un qualche spicchio dello stadio assolato
     quando trasecola il gran catino vuoto
     a specchio del tempo sperperato e pare
     che proprio lì venga a morire un anno
     e. non si sa che altro un altro anno prepari
     passiamola questa soglia una volta di più
     sol che regga a quei marosi di città il tuo cuore
     e un’ardesia propaghi il colore dell’estate.

 

     Autre anniversaire

     Fin juillet quand
     de sous les tonnelles d’un bar de San Siro
     à travers grilles et arcades on entrevoit
     un quelconque quartier du stade ensoleillé
     quand s’extasie la grande cuvette vide
     miroir du temps dilapidé et qu’il semble
     que précisément là vienne mourir une année
     et on ne sait quoi d’autre une autre année prépare
     passons-le ce seuil une fois de plus
     pourvu que résiste ton cœur à ces lames de ville
     et qu’une ardoise propage la couleur de l’été.



Extraits du dossier de presse français

     Le Monde, 11 décembre 1987
     par Patrick Kéchichian
     L’angoisse de Sereni

     Un grand poète italien, mort en 1983, et encore trop peu connu en France.
     Mort en février 1983, Vittorio Sereni n’a pas encore connu en France la relative fortune littéraire de ses contemporains, Mario Luzi et Giorgio Caproni, ou même celle de son cadet Andrea Zanzotto. En Italie même, son rôle, important mais peu public, à la tête de la célèbre collection de poésie « Lo Specchio », chez Mondadori – où il fut l’éditeur de ses pairs déjà cités, et aussi d’Eugenio Montale, le grand aîné – a un peu éclipsé son œuvre propre.
     Né en 1913 à Luino, au bord du lac Majeur, Sereni publie son premier recueil, Frontiera (Frontière) en 1941. Ses goûts poétiques vont alors vers Saba, Ungaretti et Montale. Officier en Grèce et en Sicile durant la guerre, il est fait prisonnier par les Américains en 1943. Des deux années de captivité qu’il passera en Afrique du Nord et qui le marqueront en profondeur, il tirera les proses et les poèmes réunis en 1947 dans Diario d’Algeria (Journal d’Algérie).
     Les années de jeunesse à l’ombre du fascisme mussolinien puis l’expérience de la guerre, passée, par force, à l’écart d’un possible engagement dans la Résistance, donneront à Sereni, qui fut le traducteur de René Char, cette forme particulière de conscience historique qui habite l’ensemble de son œuvre.
     Le théâtre de toujours
     Ce n’est qu’en 1965 que paraît le grand livre de sa maturité. Son recueil majeur, Gli strumenti umani (Les Instruments humains). L’importance de cette œuvre, qui tranche sur les tendances néo-avant-gardistes alors dominantes, ne sera reconnue qu’avec retard.
     « Le point d’appui inébranlable de Sereni réside dans sa façon implacable de mesurer vie et mort sous leurs formes quotidiennes, à partir d’une expérience et non d’un savoir », écrit Franco Fortini dans sa solide préface au premier recueil du poète lombard traduit en français par Philippe Renard et Bernard Simeone, Étoile variable, chez Verdier.
     « Toi guide-moi, étoile variable, tant que tu peux... » Stella variabile est le dernier livre de poèmes de Sereni, paru deux ans avant sa mort. Fortement pensé et structuré, il rassemble, et parfois fait correspondre, des poèmes de ton et d’inspiration différents. Cette variabilité est contingence. Rien n’assure l’existence de ce qui devrait guider, éclairer et protéger.
     Les événements, les circonstances historiques ou intimes participent d’une confusion dont le poète prend acte et qu’il répercute : « Les temps depuis combien / de temps nous donnent-ils tort ? » Et dans Un lieu de vacances, le très beau et long texte central du livre :
               C’est le théâtre de toujours,
               c’est la guerre de toujours.
               La mémoire fabrique des
               désirs,
               puis on la laisse seule perdre
               son sang sur ces miroirs multiples.
     Le lyrisme – contenu, bridé – et le souci d’exprimer l’état d’une conscience dans toutes ses dimensions sont présents dans l’œuvre de Sereni, mais soumis à l’examen critique, à une ironie où le poète se prend lui-même parfois pour objet : « Rien de pire, pensais-je, qu’une chose / écrite qui ait pour héros le scripteur... » Pas plus que dans le temps et l’histoire, l’homme n’a sa demeure en lui-même. « Sans humilité ni orgueil / sachant ne pas savoir... », Sereni exprime avec une grande force, sans apitoiement, l’angoisse et l’incertitude qui sont au cœur de l’être et du temps.

 

     La Quinzaine littéraire, 1er -15 février 1988
     par Claude Ambroise

     Que les mots et la mort entretiennent un commerce particulier, que mourir, pour un homme, puisse être aussi une nomination et que la nomination soit mise à mort, c’est bien ce qui s’écrit tout au long de ce dernier recueil de Sereni. « Un lieu de vacances », cet aimant, cette poutre maîtresse au centre du livre, est une étonnante tentative pour exorciser la mise à mort de la chose par le mot, tout en sachant qu’il ne peut en être autrement puisque c’est là le désir du Scribe.