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  Les Fantômes d’Oradour

  Alain Lercher

  Réédition
Première édition brochée épuisée (1994)

  96 pages
7,50 €
ISBN : 978-2-86432-538-3

Résumé

     Le 10 juin 1944, par mesure de représailles, les Allemands massacrèrent les habitants d’Oradour-sur-Glane avant d’incendier le village. Aujourd’hui encore ses ruines étranges demeurent.
     L’approche de cet événement, qui touche de près l’auteur de ce livre puisque deux membres de sa famille y ont péri, se fait selon trois modes qu’il veut successifs mais solidaires : la relation rigoureuse et historique des faits, sa vision personnelle et subjective qui nourrit une réflexion sur les enjeux de la mémoire et la réponse qu’on peut opposer à la violence et à la barbarie.
     En refermant le livre, nous laisserons Alain Lercher à la solitude des lieux, arpentant par un soir d’hiver la rue principale, évoquant les fantômes, les arrachant un instant à l’oubli en même temps qu’à l’horreur.



Extrait du texte

     J’ai grandi avec le souvenir d’Oradour, mais un souvenir imaginaire. Il y avait les livres de ma grand-mère, avec les photos du village en ruine. Nous revenions toujours aux mêmes : la photo du docteur sur la place du champ de foire, l’intérieur de l’église à ciel ouvert, et le panneau à l’entrée du village « Souviens-toi. Remember. » – que mon frère et moi prononcions à la française, comme camembert. Dans la conversation de ma grand-mère revenait parfois l’entretien des tombes, et des formules inquiètes : « revoir mes tombes », « aller sur mes tombes ». Le possessif nous paraissait à la fois étrange et naturel. Oradour était aussi à ma mère, mais les tombes seulement à ma grand-mère.



Extraits de presse

   La Liberté, samedi 19 juillet 2008
   Haut lieu de la barbarie
   par Alain Favarger

   Avec ses 642 victimes, dont 500 femmes et enfants, morts asphyxiés et carbonisés dans l’église de leur village le 10 juin 1944, Oradour‑sur‑Glane reste un des symboles de la barbarie nazie. On est dans le Limousin, une région où, entre Tulle, Figeac et Limoges, la résistance à l’occupant a été très active, jusqu’à disloquer la plus grande partie du réseau ferroviaire. Les Allemands sont aux abois, le vent a tourné et, dans la foulée du débarquement de Normandie, la Wehrmacht perd pied un peu partout. D’où une recrudescence de représailles envers les activistes de la résistance.
   Mais pourquoi Oradour, un village entier pris dans la tenaille d’un occupant ivre de vengeance ? Sur les ruines conservées de cette orgie de violence, Alain Lercher, qui y a perdu deux membres de sa famille, s’interroge. Convoquant les fantômes de la tragédie, qui hantent peut-être encore ces lieux désolés, il tente de comprendre. Et livre dans une synthèse précise le contexte et le déroulement des faits, ajoutant une vision personnelle fondée sur les enjeux de la mémoire et une réflexion sur l’horreur et la cruauté qu’induisent les guerres.




   Charlie Hebdo, mercredi 2 juillet 2008
   Comme comme comme pom pom pom
   par Michel Polac

   Lire a été pour moi, et très tôt un besoin et un plaisir. Aujourd’hui, c’est devenu une habitude, presque une drogue, pour échapper à la monotonie qui guette les vieux. Heureusement, ici, dans mon « ermitage », où le silence – les jours sans tramontane – est total, sauf à certaines heures où les oiseaux sont joliment bavards, je m’immerge dans une contemplation béate (bête ?) qui peut paraître de la torpeur et je m’oublie, préférant le vide intemporel à la suicidaire agitation mondiale. Si je continue ma chronique, c’est par peur de l’engloutissement total, mais aussi parce que je ne peux me soustraire à une routine cinquantenaire. Et j’ai encore le bonheur de tomber sur des textes essentiels, sobres, laconiques même, qui me font oublier les chichis ou l’académisme de la majorité. À bas la métaphore, le « comme comme comme » des bavards prétentieux (ainsi, dès la première page d’un roman argentin sur Cabeza de Vaca – une de mes idoles depuis que Henry Miller m’a fait découvrir le seul conquistador pacifique –, je trouve « des mains comme des serres de rapace »).
   Tout ce blabla introductif pour vous dire que je viens de lire d’une traite un court ouvrage de moins de cent pages sur un sujet qui n’est pas futile et sans qu’aucun « comme comme comme » ne le défigure : Les Fantômes d’Oradour, d’Alain Lercher (réédité en Verdier Poche, première publication en 1994). Évidemment, Lercher est soutenu par un sujet qui non seulement n’est pas anecdotique, mais qui le concerne directement : le massacre d’Oradour-sur-Glane, qui a marqué ma jeunesse et dont je croyais bien tout connaître, étant réfugié dans le Limousin et mon frère dans le maquis de Saint‑Junien, tout proche, du coup, j’ai attendu deux mois avant de le lire.
   Stendhal prenait comme modèle, prétendait-il, le style dépouillé du Code civil, Lercher doit aimer Stendhal (je ne sais pas, je n’ai pas lu ses deux romans chez Verdier) : son récit débute comme un rapport d’inspecteur de police qui aurait du talent (ça existe peut‑être), l’histoire de la division Das Reich, unité d’élite de la Waffen SS, qui a combattu sur tous les fronts et était stationnée entre Méditerranée et Atlantique, en attente du débarquement sur l’une ou l’autre côte. En juin 1944, donc, elle remonte vers la Normandie, mais elle est ralentie par les sabotages de voies ferrées et les harcèlements de la Résistance : pour « terroriser les terroristes » et la population, ils pendent aux réverbères de Tulle quatre-vingts otages, puis à Oradour ils fusillent tous les hommes, brûlent femmes et enfants dans l’église, et ils incendient le village après avoir pillé les maisons ; l’arrière‑grand-mère et l’oncle de Lercher seront parmi les victimes.
   L’auteur, sans s’attarder, insiste sur quelques épisodes : une femme, une seule, s’est échappée de l’église, cinq jeunes réfugiés, donc toujours sur le qui-vive, se sont enfuis dès l’approche des troupes, trois jeunes tombent sur un soldat qui les laisse passer.
   Au total, six cent quarante morts, une bagatelle, une goutte d’eau à côté d’Auschwitz et Hiroshima, et à côté de la destruction de Dresde par le général de la RAF, qui voulait épuiser ses munitions juste avant la capitulation allemande – lire Sebald – mais c’est une affaire personnelle pour l’auteur et un symbole pour la France, qui a transformé les ruines en musée où débarquent les touristes en autocar, et Lercher lui-même, mais seul un jour brouillasseux d’automne. Lercher est demi‑alsacien et il a été choqué par la réaction indignée de quasiment toute l’Alsace lorsque furent condamnés une vingtaine de soldats alsaciens impliqués dans le massacre (mais ils étaient de simples conscrits, la SS ne trouvant plus de volontaires) : on les appelait les « malgré‑nous ». Les condamnations furent légères, à l’indignation cette fois des Limousins.
  Lercher, dans une forte méditation finale, s’interroge sur le pardon : comment pardonner à des assassins qui n’expriment aucun remords et se réfugient dans la discipline militaire, l’obéissance aux ordres ? Non, on ne peut pas pardonner à qui ne demande pas pardon. Et n’oublions pas que les principaux responsables sont morts dans leur lit.
   Dans un excellent documentaire (rediffusé sur Planète), j’ai scruté avec dégoût le visage – typique – de ces anciens commandants de U‑Boot (les sous-marins de Dönitz) qui évoquaient calmement leurs torpillages de cargos, sans vantardise mais sans regret : nous avions prêté serment au pays, « mais aussi au Führer », ajoute avec un sourire contraint un vieil officier. En revanche, un marin anglais racontait, bouleversé encore, comment il avait lâché la main d’un sous‑marinier allemand qu’il allait sortir de l’eau : ordre de l’officier, qui voulait que l’homme donne le numéro de son sous‑marin, déjà au fond de l’océan. Ce brave Anglais, qui revit encore cette scène dans ses cauchemars, doit passer pour un « faible » dans ce monde de brutes : mais comment ne pas être du côté de ces faibles‑là ?


     Le livre d’Alain Lercher est celui d’un légataire qui, ayant reçu en partage l’histoire d’un drame dont deux des siens ont été victimes, se sent investi d’une mission.

     Ch. P., Sud Ouest, 5 juin 1994.

 

     D’une horreur intégrale, d’un déplacement de l’auteur sur les lieux du vaste crime, d’impressions justes et de réflexions pesées, ce livre rend compte avec cette exacte fidélité et ce scrupule langagier qui font l’irréfutabilité des témoignages du pire.

     Joseph Raguin, La Voix du Nord, 9 juin 1994.

 

     Ces pages sont saisissantes, elles imposent le silence, les faits, seulement les faits, l’effet de réalité vaut tous les effets littéraires, elles sont volontairement et salutairement impersonnelles.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 9 juin 1994.

 

     À la description des faits, Alain Lercher ajoute une réflexion personnelle sur l’attitude des Alsaciens incorporés de force, le pardon et l’oubli, la mécanique du souvenir.

     M.S., L’Événement du Jeudi, 23 juin 1994.

 

     Le trait y est précis, rigoureux et souvent mordant. [...]
     Alors que les nazis, en faisant d’Oradour un lieu martyr, avaient voulu l’inscrire à jamais dans l’ordre de la mort, le récit d’Alain Lercher apparaît précisément comme une tentative pour l’en arracher.

     Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 17 juin 1994.

 

     Le style est clair, limpide. Alain Lercher ne cherche pas les effets faciles, la grandiloquence que l’on trouve trop souvent dans ce genre d’ouvrages où, la main sur le cœur, le narrateur vous abreuve de détails horribles, pour vous inciter à sortir votre mouchoir. Le ton d’Alain Lercher est sobre, digne, d’une parfaite sincérité. Sans fioritures inutiles, l’auteur nous présente la relation des faits, dans la plus parfaite rigueur historique.

     Claude Lacan, Info de la Corrèze



Radio et télévision

      Lettres ouvertes, France Culture, 15 juin 1994.