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  Fatal courroux

  Alberto Olivo

  Autobiographie d’un uxoricide
Traduit par Jean-Pierre Pisetta
Postface d’Ermanno Cavazzoni
Épuisé

  192 pages
ISBN : 2-86432-157-2

Résumé

     Dans la nuit du 16 au 17 mai 1903, au terme d’un véritable enfer domestique, Alberto Olivo, employé milanais originaire du Frioul, assassine sa femme Ernestina. Ayant découpé le cadavre, il le jette au large de Gênes quelques heures avant d’être arrêté. Après un an de détention préventive, il est jugé mais acquitté. Entre ce premier procès et le second – car la Cour de cassation annulera le verdict – Olivo écrit, en dix jours, son mémoire, cette autobiographie par laquelle il entend démontrer que sa femme fut doublement coupable : d’une part de s’être assassinée elle-même en poussant son mari à la tuer, de l’autre d’avoir voulu contraindre ce dernier au suicide, pensant qu’il ne pourrait assumer son crime. Parfaitement conscient de l’intérêt que son affaire suscite dans l’opinion, Olivo fait siens, et soumet à son invention proliférante, les arguments des hommes de science, et notamment ceux de Cesare Lombroso, l’un des fondateurs de la criminologie d’inspiration positiviste, avec lequel il entretient une relation complexe d’intérêt réciproque.
     Détournant pour son usage personnel un grand nombre de citations de Dante, Pétrarque ou Foscolo, Olivo dresse le portrait d’une vie conjugale dont les absurdes querelles deviennent pour lui des combats titanesques. Dans une langue où se mêlent mégalomanie et délire comique, il croit dialoguer d’égal à égal avec ses auteurs de chevet, offrant à l’humanité le grandiose exemple de son drame. L’outrance de la démonstration, dont il sort bien sûr totalement blanchi, produit une sorte de machine infernale, écriture « naïve » d’une rare puissance expressive.



Extrait du texte

     Mais, et le cadavre ? Aussi étrange et étonnant que cela puisse paraître, la suppression de ce dernier ne me préoccupait pas davantage que la destruction des autres témoins du crime. Aujourd’hui, quand je pense à l’indifférence et à la froideur avec lesquelles j’accomplis cette action atroce, un tremblement me secoue les os et le sang ; mais alors, mon sang, mes os, mes nerfs et mon âme étaient gelés, seul mon cerveau était enflammé. Devant cette dépouille, qui quelques heures auparavant n’était qu’orages, éclairs et tempêtes, mon âme était comme pétrifiée : ce n’était pas ma raison qui gouvernait alors mes membres et mes entrailles mais un esprit diabolique, issu des enfers, qui était entré dans mon corps et le faisait évoluer à sa guise. J’agissais comme une machine inconsciente mue par une force non moins inconsciente mais guidée par une intelligence extérieure qui n’était inhérente ni à la machine ni à l’énergie motrice. J’étais comparable au lion dévorant tranquillement la victime de sa fureur aveugle et bestiale qui, peu auparavant, avait essayé de le tuer. Et, en même temps, j’opérais comme ce chirurgien allemand qui, voilà des années, son épouse étant morte d’une maladie obscure que la science médicale n’était pas parvenue à découvrir et à guérir, ne voulut pas que des mains étrangères profanent le corps de la défunte, l’ouvrit et le disséqua afin de rechercher la cause secrète de sa mort.



Extraits du dossier de presse français

     Avec la complicité de traduction de Jean-Pierre Pisetta, Olivo amuse le lecteur par le ridicule de sa mégalomanie égocentrique mais, l’air de rien, il ne perd pas le nord, et place, avant même sa rencontre avec Ernestina (sa femme), les éléments dont les experts useront pour le faire acquitter.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 21 janvier 1993

 

     Le style croquignolet, le lyrisme suranné – il émaille son texte, avec plus ou moins de bonheur, de citations empruntées à Dante, Alessandro Manzoni, Pétrarque... – prêtent à sourire et donnent à ce sordide fait divers des allures de tragicomédie, ancrée dans une Italie tapageuse et fantasque. La postface vient à point pour démonter la perverse mécanique d’Olivo, évoquer la passion que son crime souleva à l’époque, les polémiques entre experts-psychiatres. En somme, les coulisses de ce drame plus baroque qu’édifiant, entre polar sanglant et vaudeville débridé.

     Nathalie Crom, La Croix, 28 mars 1993

 

     À l’intérêt médico-juridique de ce témoignage, centré sur le « syndrome matrimonial » (on pense à Althusser) et sur les conséquences de l’épilepsie (on pense à Raskolnikov) s’ajoute un intérêt historique : celui de l’importance qu’ont pu avoir au début du siècle les théories, aujourd’hui contestées, de Lombroso. Car c’est sur elles que reposent et l’acquittement pénal et, en partie, l’acquittement intime que s’octroie le coupable. Preuve que le sens de la justice, et la conscience elle-même sont, quoiqu’on veuille, tributaires de leur temps.

     Monique Baccelli, La Quinzaine littéraire, 1er-15 mai 1993