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  Les Feux du Basento

  Raffaele Nigro

  Roman
Traduit par Jean-Claude Zancarini

  276 pages
19 €
ISBN : 2-86432-093-3

Résumé

     Au centre de cette chronique mêlée d’épopée, qui trouve sa place parmi les plus beaux livres du Mezzogiorno (ceux de De Roberto, Lampedusa, Carlo Levi, Sciascia...) se déploie, de 1784 à 1861, le rêve d’une république paysanne dans cet « autre » Sud, moins souvent évoqué que la Sicile ou Naples, que sont Pouilles, Calabre et Basilicate. Révolutions, guerres, épidémies mais aussi apparitions surnaturelles rythment ce récit choral où quatre générations d’une famille de manouvriers croisent des personnages historiques comme Murat, Tommaso Bindi ou Garibaldi...
     Couronné en 1987 par le prix Campiello, un des principaux prix littéraires italiens, Les Feux du Basento a connu un succès critique et public exceptionnel. Il marque aussi, par son écriture sceptique extrêmement contrôlée, une évolution importante de la littérature méridionale, du discours utopique à un nécessaire pragmatisme.



Extrait du texte

     En 1784 Angiolello Del Duca prit un bain mémorable. Ses compagnons tournaient le dos à l’Ofanto, en rang le long des deux rives, leurs arquebuses pointées. Angiolello nageait au milieu des truites, puis il se mettait debout, sur les galets, là où le fleuve n’était plus qu’un filet d’eau. Sa silhouette gigantesque apparaissait et disparaissait à travers les aiguilles des pins maritimes, le soleil était bien haut, accroché aux chênes verts et aux grisards. Il y avait eu bataille, cette nuit-là, dans les gorges de Bovino, avec la bande de Costanzo Manicuncino, un bandit qui avait pris le maquis par désir de l’argent facile et parce qu’il voulait jouir de la vie. Il razziait les cabanes des paysans, des Alburni à l’Apennin pouilleux, et les fermes des riches. « Manicuncino », lui cria Angiolello, du haut d’une de ces gorges, les mains en porte-voix, « je n’aime pas ce que tu fais, reprends-toi et ne tire qu’à raison ou je te fais la peau. » Pour toute réponse, il reçut un coup d’arquebuse qui parcourut le vallon de Bovino. Et Angiolello, à contre-cœur, ordonna l’attaque. Ils combattirent à l’arme blanche jusqu’au coucher de la lune. On lui apporta les oreilles et les mains de Manicuncino dans un chapeau orné de plumes de coq de bruyère. « Je n’aime pas cette odeur du sang de nos frères brigands, dit Angiolello. Je veux vraiment prendre un bain. »



Extraits du dossier de presse français

     Cette répétition stérile de l’Histoire qui, éternellement, recouvre de poussière les utopies des hommes de liberté, suscite le scepticisme de l’écrivain. Pour lui, chaque génération tente l’expérience de l’insurrection et rentre dans le sillon avec « son chargement de morts et de regrets ». Raffele Nigro a, en tous cas, donné la parole à ces hommes, le temps de ce livre, mené avec une euphorie maîtrisée, émouvant comme un Guépard modeste, écrit du côté des pauvres.

     Jean-Noël Pancrazi, Le Monde, 6 octobre 1989

 

     Nigro-l’auteur nous plonge dans cette déchirure entre le désastre des peuples et la dérisoire maîtrise des mots. Dans ce qui pourrait apparaître comme un roman rural, un morceau d’histoire paysanne, Nigro ne donne guère de place à la campagne et la nature, sinon par annotations volontairement convenues. Toute l’attention du romancier se concentre sur les choses des hommes, leurs maisons, leurs écuries, leurs intérieurs, leurs gestes, leurs travaux, leurs corps et leurs vêtements, en brèves indications aiguës, et surtout des noms, des noms d’arbres et de plantes en leitmotiv, des noms de lieux partout.

     Maurice Darmon, La Quinzaine littéraire, 16-30 novembre 1989

 

     Ce qui fait la tension paradoxale de ce livre, comme de tous ceux qui savent parler sans emphase ni prosélytisme des espoirs des hommes, c’est de tenir leur confuse épopée sous un regard tout à la fois de ferveur et de scepticisme. La Cité du Soleil, la République des six fleuves d’azur n’existera jamais, son idéale architecture est sans cesse ruinée, non seulement par l’effort de ses ennemis, mais par les tentatives de ceux qui prétendent l’édifier. Pourtant, cette quête sans cesse recommencée est le travail même de la liberté et de l’intelligence des pauvres. Et il serait faux de croire que rien, absolument, ne s’engendre dans ce labeur de Sisyphe : car c’est une histoire qui naît, une vision, une intelligence du monde qu’autrement on se contenterait de subir.

     Olivier Rolin, Le Figaro, 22 octobre 1989