Ce deuxième livre d’Emmanuel Darley est obsédant, lancinant comme une musique qui résonne dès les premières lignes. Puis, il nous emporte au-delà du malheur, de l’horreur, dans l’univers d’un homme qui voulait voir la mer. Qui voulait voir sa mère... Michèle Gazier, Télérama, 5 mars 1997
Il faut lire Un gâchis en n’en sachant rien, le lire les yeux écarquillés, l’entendre même les oreilles fébriles, incrédule et compassé, comme on reçoit les confidences d’un inconnu qu’on ne pourra pas interrompre. Et si vraiment on préfère savoir ce qu’on lit, puisque le texte est court, on le lira deux fois, la première innocemment, il y est question d’innocence, et la seconde en connaissance d’une cause sans défense. [...] Un gâchis est un roman, pas un document, la fébrilité de son écriture est contagieuse, l’écriture pénètre l’esprit du lecteur par sa musique, sa beauté, sa simplicité crue, avant, bien avant que le sens lui parvienne. La sophistication sait se faire oublier sous les apparences de la simplicité, la différence de registre entre le vocabulaire, les images utilisées, et le statut social de celui qui parle ne choque pas, mais au contraire semble être le secret de la consistance, de la solidité d’un texte qui dit la fragilité et la perdition, et une sorte de dignité dans l’abandon et le crime. Jean-Baptiste Harang, Libération, 16 janvier 1997.
Ce livre s’apparente à un conte de fées mais il s’agit d’une mauvaise fée et le conte se termine tragiquement car des pulsions de violence le traversent irrésistiblement. C’est un beau récit mais désespéré. Notes bibliographiques, mars 1997.
Un hymne à l’humanité qui souffre. Cris et pleurs, beauté du monde. Didier Jacob, Le Nouvel Observateur, mars 1997.
Il s’en dégage une puissance rare qui jaillit tout entière de la langue, comme d’un long poème en prose au glissement musical, avec des refrains, des retours de gammes où dominent les bémols fugaces, des arpèges subitement renversés qui vous lèvent le cœur ; travaillée jusqu’à la plus extrême simplicité, la phrase s’arrache à la plate linéarité des lignes pour danser au-dessus de ce gouffre qui n’est jamais nommé, lui non plus, pas plus que ne l’est le narrateur, et mener le lecteur de ricochets en ricochets à bon port, comme l’on dit dans la vie courante, comme l’on dit aux enfants lorsqu’on croit savoir ce qu’on leur dit, pour qu’ils s’arrêtent de pleurer. Bertrand Leclair, Les Inrockuptibles, janvier 1997.
Deux litanies, deux itinéraires opposés traversent le texte dans tous les sens : celle du « Je me souviens de tout » parcourt la mémoire immémoriale par strates circulaires, confond les animaux et les êtres, le silence avec l’indétermination, la perte d’identité, la non-parole. Celle, inverse du « je ne m’aimais pas » soustend l’itinéraire linéaire de l’errance, le voyage, la volonté d’aller sur la mer, la rencontre avec la petite fille, l’inéluctable ligne du gâchis. [...] Le texte crée aussi une forte tension entre l’intérieur et l’extérieur, entre les questions absentes et les réponses qui construisent le récit. C’est un monologue chargé d’odeurs et de cris, de silences et de peurs, rendus presque palpables par une écriture où tout cogne et renvoie [...]. Une des forces de ce texte bref et lent réside dans une attention collant à la matière, aux matières les moins nobles, à son écriture crue et miraculeusement gênante. Tiphaine Samoyault, La Quinzaine littéraire, février 1997.
Déjà dans son précédent roman, Emmanuel Darley avait fait le vide, expulsé intrigue, anecdotes et explications, au profit d’une parole qui avance, comme chez Beckett, éclairée de la seule lumière qu’elle produit elle-même. Dans Un gâchis, c’est aussi ce fragile filet de lumière qui permet de deviner l’espace où parle le narrateur – un monde avec ses objets, ses silhouettes, ses lambeaux de paysages, la mémoire proche, presque la présence de quelque fait violent, d’une sauvage tendresse, d’un érotisme fruste, d’une errance qui continue... Patrick Kéchichian, Le Monde, 28 février 1997.
Une errance où les arbres s’élèvent comme des sexes, où l’enfance est surtout une machine que l’on construit dans le grenier. Une machine avec du bois et du fer. Elle peut ressembler à une guillotine. Ce texte court, rugueux, a quelque chose d’incantatoire : il se lit, se relit ; comme avec la mer qui vient et qui repart, chaque fois sur le sable, on découvre de nouvelles arabesques. Même les traces des pas peuvent prendre des aspects étranges. Avec ce Gâchis, Emmanuel Darley ne risque pas de gâter cette rentrée littéraire d’hiver : son récit est comme un orage de l’aube. André Rollin, Le Canard Enchaîné, 29 janvier 1997.
Pour dire la solitude et l’abandon du mal-aimé, Emmanuel Darley s’installe à la lisière du licite, sur une frontière dangereuse entre crime et innocence, que son personnage, nimbé de naïveté, n’a pas conscience de franchir. Son livre a la couleur d’une chair d’enfant, sa transparence, sa douceur, son inquiétante fragilité. Les mouvements de sa prose nous balancent entre pureté et ignominie. Devant cette calme chronique, presque clinique, d’un gâchis, du désordre d’une vie (au moins), le lecteur seul se confronte à la violence. Valérie Marin La Meslée, Magazine littéraire, mars 1997.
Une majestueuse traversée des jours et des campagnes contée par un homme que sa différence, jamais nommée, condamne à toujours rire, quand la douleur l’amène, au bout du compte, à un étrange sacrifice... Le Nouvel Économiste, 17 janvier 1997. |