Télérama, 22 janvier 1986 par Michèle Gazier Ciselées
Souvent les nouvellistes sont aussi poètes. C’est le cas de Giorgio Caproni, l’un des grands traducteurs italiens de Proust, Baudelaire, Céline, Genet, Char, etc. Deux nouvelles composent ce petit livre très soigné, toutes deux écrites dans les années 44-47, alors que l’Italie fasciste avait perdu la guerre. Nouvelles en noir et blanc, nouvelles d’hiver, de froid, de givre, de mort. À peine colorées par le sang versé. Raideur du froid, de la glace, des membres engourdis ; pesanteur de l’atmosphère, d’une impossible stratégie ; tragédie muette d’un dernier parcours, cela tient dans quelques mots, quelques dialogues, quelques silences. La maîtrise de l’écriture est absolue. Pas l’ombre d’un bavardage. Giorgio Caproni a ciselé des fleurs de givre.
Le Quotidien de Paris, 14 janvier 1986 par N.C.
Le Gel du matin contient deux nouvelles, celle qui donne son titre au volume et « Le Labyrinthe », épisode de la Seconde Guerre mondiale où s’affrontent, dans la montagne d’hiver, partisans italiens et troupes allemandes. Il faut lire ce texte, admirable par sa sensibilité, par l’art avec lequel sont saisies toutes les ondes de peur et de pitié, tandis que le froid harcèle les hommes comme un chien. Le Gel du matin évoque une mort, la mort d’Olga. Avant d’avoir lu Caproni, on se demande si aucun poète au monde avait su parler ainsi de la mort, évoquer l’éclat minéral de l’herbe autour des condamnés, et la manière dont la chaleur se dilue en quittant le corps, le nez qui se pince dans la dernière inspiration. Et tout cela est dit avec une douceur si humaine, un tel amour de la vie.
Le Monde, 13 décembre 1985 par Mario Fusco
D’une concision extrême, à l’opposé de toute rhétorique, ces nouvelles se lisent d’un trait, transparentes et tranchantes comme deux cristaux.
Le Progrès, 9 décembre 1985 par Eugène Durif
Ces nouvelles, peut-être autobiographiques, sont hantées toutes deux par la mort d’une femme : l’exécution d’une « espionne » par des partisans italiens que traquent les Allemands (Le Labyrinthe) ; l’agonie d’une jeune fille aimée, et cet appel auquel le narrateur ne peut répondre (Le Gel du matin). C’est extrêmement simple et bouleversant : une langue épurée, aucun effet littéraire. C’est un événement rare que la rencontre d’un tel livre, aussi essentiel que peut l’être le Lenz de Büchner ou La Folie du jour de Maurice Blanchot.
Le Matin, 19 novembre 1985 par Raphaël Sorin
Musique funèbre, subtile, que Caproni improvise en évitant tout effet facile. On pense à Louis-René des Forêts, autre écrivain de la douleur indicible, du désespoir tacite. C’est admirable. |