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  Le Goût des choses

  Gil Jouanard

  112 pages
13 €
ISBN : 2-86432-190-4

Résumé

     « Si le monde veut être vu, s’il veut être senti, écouté et touché, goûté et pressenti et deviné, c’est qu’il ne s’est pas encore fait à l’idée de nous perdre. » Entre l’homme, que son irrépressible besoin d’aller a poussé ailleurs, hors de lui, et la permanence de la vie dans sa mutation organique perpétuelle, s’est opérée une irrémédiable disjonction. Mais leur fascination mutuelle n’a pas cessé pour autant. On peut la lire au jour le jour en ouvrant au hasard le livre de Gil Jouanard.
     La patience rêveuse, le regard oublieux de soi, gourmand, jubilatoire, railleur, sensuel ou ému que l’écrivain pose sur les choses, les illumine d’un éclairage inattendu, découvre leur saveur, leur envers, leur immémoriale rumeur et aussi bien – leur peu de réalité.
     Des paysages familiers, le pont Charles à Prague, une photo de Doisneau, le pope de Botiza – ce village de Roumanie tardivement reconnu comme le « pays premier » –, une fenêtre qui brille dans la nuit de Paris, un morceau à la viole de gambe, autant de minutes d’exception ordinaires aussi tremblantes et précaires qu’ardentes pour peu que le passant réussisse à se saisir de l’éternité de l’instant, à résister un moment à son effritement pour écouter, née de la profondeur de la matière, la musique infinie et voluptueuse du monde.



Extrait du texte

     Pluie sur le pont des Arts. Les éclaboussures des réverbères tachent de jaune le ciel dont l’épaisseur s’engouffre dans le fleuve sous les pas du marcheur qui extirpe des lattes du tablier métallique l’écho irréfutable de sa solitude. Front baissé, j’avance, regard happé par les interstices ouvrant par éclairs sur la densité du courant. Cela de ma peau qui reste à découvert reçoit l’infime piqûre de l’averse qui, Dieu sait pourquoi, suscite une jubilation voisine de l’ivresse. Consigner autant d’indicible m’aura pris seulement quelques dizaines de pulsations cardiaques, à l’abri de l’arc ouvrant sur l’espace des Tuileries et de la cour du Louvre, mais aussi sur toute cette rive droite qui s’enfonce dans l’insondable nord.

    Paris, 20 h 15, ce 6 octobre 1992.



Extraits de presse

     Il n’y a qu’un temps du monde, une seule génération, mais plusieurs façons de lui appartenir. Gil Jouanard a la sienne, c’est celle d’un attentif, d’un guetteur d’autant plus subtil qu’il sait mieux que d’autres combien multiples sont les ruses que le monde emploie pour se dérober aux guets trop curieux. [...]
     Le grand talent de Gil Jouanard est celui d’une fraîcheur préservée. Il semble que cette écriture ne soit encore habituée à rien. N’est-ce point une bonne nouvelle ?

     Michel Crépu, La Croix, 20 février 1994.

 

     Gil Jouanard aime ses semblables, raconte leurs doutes et leurs espoirs comme s’ils devenaient les siens, et écrit pour eux sans jamais rien oublier. Non seulement Gil Jouanard possède une mémoire fabuleuse, mais sa soif de tout connaître l’a conduit à noter sur des carnets les mille résonances qu’un endroit ou un visage déclenchent en vous. Le Goût des choses recense un certain nombre de textes dont certains datent de 1966 et qui traînaient dans un coin de son cœur attendant l’heure propice. [...]
     Voilà un livre amical qui donne envie d’écrire soi-même ses propres souvenirs de voyage, un livre d’une précision diabolique, qui prouve que son auteur possède, pour reprendre l’expression de Pascal : « un regard derrière la tête. »
     Le Goût des choses installe un dialogue durable entre le lecteur et l’auteur, entre le lecteur et les écrivains, entre l’écrivain et notre présence au monde. Un texte à l’écriture exemplaire, où nous guettons la profondeur infinie de l’instant.

     Julien Moreau, Le Méridional, 3 mars 1994.

 

     [...] Gil Jouanard sait repousser les tentations élégiaques aussi bien que les assurances du concept. Il reste ouvert. Sa culture livresque au lieu de l’enfermer, le rend disponible aux mélanges naturels et de transformations humaines qui font la force des paysages. Adversaire des systèmes, il définit une démarche matérialiste. Il se confronte au particulier, il l’approfondit sans pour autant rechercher les preuves d’une quelconque prédestination. Relativisant (ce qui ne signifie pas dévalorisant) la tradition poétique qui voit dans Rimbaud son maître et qui est « faite non pour communiquer des messages, mais pour inventer mot à mot la réalité », il s’engage résolument sur le chemin d’un « artisanat » littéraire [...].
     Même si la cohérence, la rigueur du philosophe ne sont pas son affaire, même si la musique peut l’amener à écouter un secret dans l’épaisseur des choses, très souvent il n’est pas loin de Clément Rosset, lorsque celui-ci affirme, contre les conceptions platoniciennes, que « le réel est ce qui est sans double ».

     Gérard Noiret, La Quinzaine littéraire, 15 mai 1994.

 

     La forme brève des textes, écrits avec raffinement, ne donne cependant pas de caractère d’actualité ou de « pris sur le vif » à ces méditations. Souvent graves et denses, sous les couleurs et le mouvement du présent, elles font surgir le passé, la constante de la condition humaine depuis la longue préhistoire et le patient aménagement des paysages et des villes par les hommes. Ceux qui, comme l’auteur, aiment philosopher, regarder les jeux de la nature en écoutant de la musique baroque, pourront, sans hésiter, ajouter ce recueil à leurs plaisirs.

     Notes bibliographiques, juillet 1994.

 

     Au cœur de l’actuel tournis des idées et des informations, on ne s’étonne pas que nourrie dans la fréquentation de la poésie et de la pensée, la vive écriture resserrée des chroniques de Gil Jouanard, nous interpelle comme surgissant d’un monde muet, pour délicatement appeler les choses à retrouver leur place. Leur goût.

     G. M. Midi Libre, 19 juin 1994.

 

     On soupçonne qu’une secrète parenté unit le marcheur écrivain à ces chemins qui sont plus que de terre et de pierre : un même amour du voyage pour rien et de tout ce qui peut arriver, une même attente venue du fond des temps, tournée vers un au-delà indéfinissable. [...]
     Lenteur « en perpétuel mouvement », silence empli de « bruits méticuleux », toutes ces unions charnelles et spirituelles confèrent aux pages de Gil Jouanard la densité magique de véritables poèmes en prose, où l’écrivain se contente de nous laisser deviner, parfois jusqu’à l’indicible, la multitude des strates composant ces terres de rencontre et d’élection.

     Gérard Bocholier, Recueil, juin-août 1994.

 

     Gil Jouanard ouvre pour nous les portes du rêve en évoquant d’une plume fine et sûre ces « moments » d’exception. Et en même temps, il laisse pressentir l’indifférence absolue de cette beauté du monde qui naît sous nos yeux et presque aussitôt nous échappe... À nous d’en capter et d’en retenir la saveur inépuisable.

     G. P., Indications, novembre 1994.

 

     [...] Livre du voyageur critique, moqueur (ou railleur ?), féroce et tonique, c’est le livre d’un marcheur heureux, contemplateur, du dégustateur des instants jubilatoires, tant vécus que rêvés.

     Gaspard Hons, Espace de liberté, décembre 1994.

 

     Solidement planté sur terre, la voix fraternelle et la bouille avenante au possible, qui est ce drôle qui accumule les livres sans avoir l’air vraiment d’écrire, voyage sans cesse en se proclamant partout sédentaire, paraît toujours étonné d’être là où il est et captant aussitôt toutes les sympathies ? Car, c’est un fait, en présence de Gil Jouanard, tout de suite on est bien. Tout comme ouvrant au hasard n’importe lequel de ses ouvrages : tout de suite ça va mieux. C’est ainsi. On dirait presque qu’il n’y a même pas besoin de savoir lire pour être heureux à sa parole et découvrir son monde. Celui de chacun de nous en réalité mais que Gil sait nous révéler avec des mots simples et pourtant dans une langue à l’éclat sans pareil. Alors, écrivain ? poète ? conteur ? hibou qui rêve à midi ?... Qu’importe ! Un type d’abord qui a quelque chose à dire, quelque chose qui a à voir avec la vie de tous les jours, et qui dit, écrit, cela comme s’il s’agissait de nos propres affaires. Sans démagogie, loin des singeries post-beatnicks et avant-gardistes, à l’air libre ! Peut-être bien l’un des grands poètes de notre époque.

     Pierre Autin-Grenier, Le Provençal, janvier 1995.