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  L’Histoire de l’art et la ville

  Giulio Carlo Argan

  224 pages
27 €
ISBN : 2-906229-25-3

Résumé

   Dans cet ouvrage fondamental, la position théorique et la recherche critique de l’historien de l’art Giulio Carlo Argan, portent sur l’analyse de l’identité de l’art et de la ville.
  Si l’histoire de l’art est l’histoire d’une phénoménologie complexe d’objets produits selon les techniques liées à l’artisanat, constituant ainsi la dimension spatiale et temporelle qu’est la ville, Argan en déduit logiquement que s’occuper de l’art signifie s’occuper du lieu urbain.
   De même, si la crise de l’art (crise à laquelle Argan a consacré des pages mémorables) est la crise de la ville, il faut alors admettre que la solution ne peut plus être, dans un sens étymologique, que politique.
   Constatant la fin d’un système technique qui est le système des arts, Argan estime que l’on ne peut continuer dans notre société à promouvoir une expérience esthétique sans porter son intérêt vers le graphisme, le design, l’urbanisme, ou bien encore vers les outils de la communication de masse.


Extraits de presse

   Urbanisme
   par Thierry Paquot

   Peut-on écrire, ou raconter, une histoire de l’art ? L’art n’est-il pas toujours présent ? Argan discute les thèses de Venturi, de Panofsky, de Croce, revient sur Kant, Hegel et Wölfflin, et tente d’élaborer sa propre histoire critique de l’art sans cesse articulée à la biographie de l’artiste et à l’histoire des conditions de la création. Ambitieux projet qu’il expérimente, ici encore, sur Alberti, le maniérisme, Palladio, le Bernin et le baroque, avec le brio qu’on lui connaît. Là où il nous étonne davantage encore, c’est lorsqu’il interroge l’architecture du xviiie de Boullée et Ledoux, la ville moderne et ses conceptions urbanistiques, le design contemporain. Chaque article mérite une soigneuse lecture, et les deux pages qu’il consacre à Rome en particulier sont un modèle du genre. C’est le maire (de 1976 à 1979), le « spécialiste », le promeneur qui s’exprime et condense en quelques lignes ce qu’il ressent face à une cité saccagée par la spéculation et l’inculture des décideurs : « Rome est une ville interrompue parce qu’on a cessé de l’imaginer et qu’on a commencé à (mal) la projeter. » Cette promenade dans l’histoire de l’art et dans la façon dont on peut la penser, en ce siècle de la technique et de la raison, en ce siècle de l’effacement du religieux, en ce siècle de la banalisation du mécénat d’État, est salutaire. Elle montre que l’imagination va de pair avec l’indépendance de l’esprit. Argan est libre. Libre d’être en désaccord avec les idées dominantes. Ainsi, en 1969, il note : « Mais la ville, disait Marcile Ficin, n’est pas faite de pierres, elle est faite d’hommes. Elle n’est pas la dimension d’une fonction, elle est la dimension de l’existence. » Un an plus tard, en France, le président Pompidou invitait les technocrates à mieux adapter la ville à l’automobile…




   L’Architecture d’Aujourd’hui
   par Jean-Claude Garcias

   […] L’Histoire de l’art et la ville reprend Storia dell’arte come storia della città de 1983, qui regroupait des articles publiés de 1969 à 1982 : soit, pour le lecteur français un « retard » d’une génération dans le premier cas, de trois lustres dans le second.
   À la différence des légumes et de la mode, l’intelligence et la culture restent éternellement fraîches : de ce livre rien n’a vieilli, sauf peut-être la préface pour l’exposition Rome interrompue de 1978, ou un texte de circonstance contre la création d’un « cursus de troisième cycle pour conservateur du patrimoine à Udine et Viterbe ». Tout le reste ravit et stimule, depuis les textes sur Alberti et la coupole jusqu’aux barrières de Ledoux, l’Encyclopédie de David, en passant par le maniérisme, Palladio et Le Bernin. Les textes les plus percutants traitent directement du statut social de l’histoire de l’art, du devenir des villes et singulièrement de Rome dont Argan a été maire pendant trois ans, et de cette activité aussi italienne que la pasta, le design. Datées de 1969, les cinquante premières pages du recueil sont les plus théoriques, et dérivent du postulat marxiste selon lequel il n’est de science qu’historique. Pour Argan, « l’histoire de l’art est la seule science de l’art possible », ce qui laisse peu de marge aux sciences de la conception. Argan est évidemment écartelé entre les dénonciations ultra-gauchistes de sa discipline et sa dérive technico-scientifique. Il croit trouver le salut du côté de Donatello, l’homme du peuple qui avait compris, contrairement à l’ingegniere Brunelleschi, que « la grandeur de l’art de la Renaissance n’est pas son sentiment de la vie, mais de la mort… un bond en arrière comme si seize siècles n’avaient pas été vécus » ; ou de l’ethos populaire, la Kunstindustrie des peuples, soumis par Rome ; ou du « problématisme dialectique de Dürer » ; ou de l’historicité globale de la ville, ancienne et moderne. Bourgeois cultivé et politicien de gauche, Argan a le courage de dénoncer la voiture en ville, de faire l’apologie de l’antique Vespa qui permettait aux adolescents pauvres d’accéder au centre, de célébrer les rues tortueuses et les grands pavages disjoints qui entravent la fluidité des véhicules, de condamner les carénages hideux des motos nippones, de recommander une séparation radicale entre centres d’affaires et centres historiques, de défendre la réhabilitation commune du centre et de la périphérie : « La grande entreprise culturelle des architectes contemporains est de réhabiliter la ville, et peu importe que la cure apportée à la ville malade soit un programme moins brillant que l’invention des villes nouvelles. » Ce discours a-t-il pris une ride ?
   Les derniers textes traitent du design, et renouvellent un sujet rebattu depuis l’exode de 1851 et William Morris. Argan oppose tout bonnement la « projétation » du produit, intégrée à un devenir historique et commun à toute la société, à sa « programmation », vaste complot technocratique qui se voudrait dépassement de l’histoire. Les programmateurs apprécieront. Il épingle au passage le Bauhaus, qui se voulait « lieu d’étude des méthodologies de la projétation, mais aussi modèle d’une société-école qui en projetant son propre environnement projette sa propre réforme ». On sait ce qu’il en est advenu. L’article le plus émouvant est intitulé « Le design des Italiens ». Argan voit dans l’italian look le produit d’une « morale des vaincus », et un « rapport d’empathie et de sympathie avec l’objet ». Il fait une surprenante apologie du nylon, des résines et des acryliques, « qui ont animé nos gris paysages quotidiens comme un vol d’oiseaux et de papillons ». Emporté par un vertige consumériste de gauche, il fait du grand magasin le lieu de l’imagination collective, « le cœur de la ville de notre temps » : l’objet design porte le désir, comme le baroque d’un côté, le carnaval pop art et l’arte povera de l’autre…
   Si par paléo-marxiste on entend esprit libre et curieux, alors Argan l’était à coup sûr. On aimerait que ceux qui traitent aujourd’hui des mêmes sujets manifestent un peu du même amour pour les gens et pour les objets.