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  Histoire et faux-semblants

  Didier Daeninckx

  96 pages
10 €
ISBN : 978-2-86432-491-1

Résumé

Dans ces quatre nouvelles, qui auraient pu s’intituler « Doubles vies », l’histoire refuse que l’on assemble trop vite les bribes qui la constituent.
Les apparences s’avèrent toujours trompeuses : rêvant de la mère, on rencontre la fille, sans se douter des dangers d’une telle confusion. Sosies et jumeaux, faux « nègre » et vrai Canaque, chacun dissimule, est victime du pouvoir de l’illusion ou du prêt-à-penser. Les manouches et les saltimbanques sont tout désignés pour figurer des assassins. Mais l’art de celui qui – par profession ou par goût – est en quête consiste à trouver le moment opportun et le seul indice sur lequel il doit s’arrêter afin que – déréglant les perspectives –, naisse sous nos yeux une interprétation nouvelle des faits.
Ajoutons à cela l’humour, et la langue qui sait se faire chez Daeninckx si savoureusement populaire, et aussi sa volonté constante – visible jusque dans la description des paysages urbains de banlieue – d’historiciser le présent.


Extrait de texte

   Le soir, son rapport tapé à la machine, Lentraille s’engouffra dans le métro Châtelet pour rejoindre la place Albert Duvivier. Des employés équipés de brosses, d’éponges, de serpillières, s’échinaient sur la mosaïque blanche pour faire disparaître les graffitis qui s’y multipliaient. Il était habitué aux « V » comme Victoire, aux « T » comme Traître toujours accouplé à un nom connu, mais il avait beau se creuser la tête, les nouvelles initiales apparues dans la journée n’évoquaient rien pour lui. Il s’approcha d’un des préposés à l’effaçage et pointa le doigt sur l’inscription « SC ».
   — Pourquoi vous enlevez ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
L’ouvrier le regarda avec un air rigolard.
   — C’est pourtant simple, il suffit de lire : SC barré…
SC barré… D’accord, je ne suis pas myope, mais ça ne m’en apprend pas plus…
   — C’est que vous n’êtes pas au courant, sinon vous comprendriez !
   — Au courant de quoi ?
  — Eh bien que Hess s’est barré ! Rudolf Hess, le dauphin d’Hitler… Il est parti d’Allemagne hier, aux commandes d’un avion, il a traversé la Manche pour aller se poser en Écosse, chez les Angliches…
   L’inspecteur n’eut aucune confirmation de l’incroyable nouvelle à l’écoute des programmes de Radio Paris. Il dîna frugalement d’une soupe au tapioca, d’un morceau de fromage et d’une pomme puis s’allongea sur l’édredon pour lire le journal, s’attardant sur le compte rendu du voyage en Afrique du Nord du commissaire général à l’Éducation nationale et aux Sports, Jean Borotra. Les noms des étapes du périple lui permirent un moment d’échapper au quotidien : Rabat, Fès, Meknès, Sidi-Bel-Abbès, Oran, Tunis… Il ferma les yeux pour faire venir des images des contrées lointaines mais ce fut le visage de Mireille Suchet qui s’imposa à sa divagation. Il le laissa flotter avant que ses pensées ne dérivent vers le décolleté, la naissance des seins, le galbe de la hanche, la jupe déchirée dans la chute et qui découvrait largement la cuisse de la jeune femme, l’éclat blanc, dans l’ombre, de ses sous-vêtements. Son bras s’allongea vers l’interrupteur de la lampe pour donner un écrin noir à ses rêves.



Revue de presse

Presse écrite

   Tatouvu.mag, n°29, du 15 septembre au 15 novembre 2007

   Nouvelles. Les histoires qu’élabore Didier Daeninckx se suivent et ne se ressemblent pas.
   Après Cités perdues, joli recueil de nouvelles publié en 2005 chez le même éditeur, l’écrivain revient avec quatre chroniques noires – Matin de canicule ; Mères glorieuses, mères angoissées ; Sandrina Spice ; Un petit air mutin –, aventures à suspense d’hier et d’aujourd’hui […]. […] l’écriture pénétrante, aboutie, de Mères glorieuses, mères angoissées et Un petit air mutin projettent le lecteur dans des quotidiennetés historiques pleines de sens, des intrigues aux allures cinématographiques assez finement construites […].



   Notes bibliographiques, 13 mars 2007

   Quatre nouvelles. Dans la première, Vincent, témoin d’un accident, ne peut reprendre le volant et s’arrête dans un café de quartier où habitait son ancienne maîtresse. Il y rencontre la fille de celle-ci. Dans la seconde, sous l’occupation allemande, Mireille, une comédienne dont l’amant est un officier ennemi, est assassinée chez elle. Les recherches conduisent les enquêteurs à d’anciens truands et une femme complice. La troisième montre Régis sauvant de justesse sa sœur Nadine qui a tenté de se suicider en apprenant la mort de sa chanteuse préférée. Il part en Angleterre se procurer le CD produit en hommage à l’artiste, et y fait une étrange découverte. Dans la quatrième, un Noir est surpris sur un champ de bataille de la première guerre mondiale en train de récupérer des ossements.
   Avec son talent habituel […], Didier Daeninckx, en nouvelliste confirmé, imagine des faits divers dont il maîtrise parfaitement la narration, et où les « faux-semblants » masquent la réalité. Restituant les époques et les lieux avec une rigueur d’entomologiste, il entraîne allègrement le lecteur vers des chutes totalement imprévisibles à l’humour critique.
   Bonne typographie.



   Indications, mars-avril 2007
   par Marie-Pierre Jadin

   La première chose qui frappe, dans l’écriture de Didier Daeninckx, c’est le don qu’il a de nous rendre visibles les marques du temps, dans des lieux qu’il doit connaître et affectionner particulièrement, comme Paris et certaines de ses banlieues. Les deux premières nouvelles ont pour lieux cette ville et ses abords, mais dans le premier texte, le narrateur évoque tout ce qui a changé en vingt ans, avec une précision étonnante, tandis que dans le deuxième, nous nous trouvons carrément plongés au cœur de la Seconde Guerre mondiale, dans un Paris occupé par l’armée allemande et en proie aux dénonciations...
   Se greffent dans ces lieux, dans ces ambiances presque palpables, des personnages attachants, qui mènent des enquêtes intrigantes – et voilà pour le deuxième aspect de ce livre.
   Dans la quatrième nouvelle, qui se passe quelques années après la première guerre dans la campagne laonnaise, on assiste à la rencontre de deux gendarmes français avec un ancien combattant noir, rescapé de la grande guerre, surpris en train de fouiller la terre à la recherche de squelettes. Ce dernier est jeté en prison alors qu’il souhaitait simplement reconnaître les siens parmi les morts et pouvoir offrir une sépulture à sa famille Canaque !
   Le troisième texte est sans doute le plus « actuel » dans ses préoccupations, puisqu’il est question d’une star de la chanson… virtuelle !
   Le titre du recueil porte bien son nom : l’Histoire est sans cesse rattrapée par les faux-semblants et le mensonge. Dans ces nouvelles, les ressemblances entre les êtres troublent notre perception de la réalité et toujours faussent notre jugement. Parfois cela nous sauve aussi, ou change le cours de notre vie.



   www.sitartmag.com, mars 2007
   Le jeu des apparences
   par Jean-Pierre Longre

Radio et télévision

« Cultivons notre jardin », Radio Enghien, lundi 26 mars 2007 à 17h
« Jeux d’épreuves », par Joseph Macé-Scaron, France Culture (en direct du Salon du livre), samedi 24 mars 2007 à 17h
« La Librairie francophone », entretien avec Emmanuel Kherad, France Inter, dimanche 11 mars 2007 à 17h
« Le Bateau livre », entretien avec Frédéric Ferney, La Cinquième, jeudi 8 mars 2007 à 21h40 et dimanche 11 mars 2007 à 10h
« Faites comme chez vous », entretien avec Pierre-Louis Basse, Europe 1, samedi 17 février 2007 à 13h