Accueil
Littérature française
  Collection jaune
L’Image
Chaoïd
Fondation empreinte

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
grecque
japonaise

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines

Art et architecture

Tauromachie

Cuisine

Revues


vidéos

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  Illusions perdues
Les Deux poètes. Du manuscrit de Balzac à l’édition « Furne corrigé »

  Honoré de Balzac

  En couleurs, 23 x 30 cm, 240 pages
38 €
ISBN : 978-2-86432-576-5

Résumé

Au cœur de La Comédie humaine, Illusions perdues est, selon la belle formule de son auteur, « l’œuvre capitale dans l’œuvre ». Ce titre mythique englobe trois romans conçus, rédigés et publiés à des époques différentes mais unis par un même ­souffle créateur : Les Deux Poètes (1837), Un grand homme de province à Paris (1839), Les Souffrances de l’inventeur (1843).
Le manuscrit dont nous présentons le fac-similé, celui des Deux Poètes, a porté à lui seul le titre Illusions perdues, qu’il a cédé, en 1843, à la réunion par Balzac des trois romans dans la première édition de La Comédie Humaine ­ (édition « Furne »).
Honoré de Balzac est l’un des tout premiers écrivains français à avoir entrepris de conserver les manuscrits de ses œuvres publiées. Il les faisait relier et les transformait en dons et offrandes privées. Mémoire de l’invention, mise en scène du mouvement de l’écriture, présence de versions simultanées ou concurrentes, ils enseignent une vérité tout en construisant un certain rapport à soi du sujet de l’écriture. Annonçant au marquis Félix de Saint-Thomas l’envoi à sa mère de l’un deux, l’écrivain évoque les personnes « qui veulent bien attacher du prix à ces sortes de langes où se remue la pensée, où elle fait sa toilette, et que je jetais au feu autrefois ».


Revue de presse

Presse écrite

   Art press, février 2011
   Honoré de Balzac, Illusions perdues
   par Jacques Enric

   C’est sur l’écran lumineux de mon ordinateur, en tapotant sur les touches (autrement plus silencieuses que les frappes sur celles de mon ancienne machine à écrire Hermès) que je me propose de rendre compte de cette « ode au papier » que les éditions Verdier présentent dans un superbe volume qui inaugure une nouvelle collection de cet éditeur (en collaboration avec la Fondation Empreinte, hébergée par l’Institut de France), consacrée à la reproduction de manuscrits originaux, en l’occurrence, pour cette première parution, à celui des Illusions perdues de Balzac. Il faut s’y faire, jamais plus les écrans de nos Mac et de nos PC, pas plus que les textes tirés ensuite sur papier, ne prétendront égaler ces mini-œuvres d’art que sont les pages d’un manuscrit de Proust ou de Balzac, ou les placards reçus de l’imprimeur, corrigés à la main par l’auteur au cœur du texte et dans ses marges. Outre l’aspect esthétique de ces grandes feuilles de papier dont les signes typographiques sont surchargés d’ajouts rédigés à la plume, ce dont le numérique nous privera, c’est la possibilité qui nous est offerte de suivre le processus créateur en cours. Pourquoi ce mot-ci rayé remplacé par celui-là ? Pourquoi tels passages supprimés, pourquoi ces amplifications et ces nouveaux développements à propos d’un portrait ou d’une péripétie de l’action ? Pourquoi un personnage d’abord donné comme un des héros principaux du récit sur le premier folio du manuscrit perd ce statut sur le premier placard qui revient de l’imprimerie ? Feuilletant le fac-similé du manuscrit de Balzac, on est au plus près de sa table de travail, carrément au-dessus son épaule, on le suit s’acharnant sur ses brouillons, accumulant ratures et notes d’abord sur les pages de manuscrit puis sur les jeux d’épreuves, un peu comme on peut suivre le travail du peintre dans son atelier. Dans son texte préface, « Honoré de Balzac au travail », Stéphane Vachon cite ce mot de Malraux : « Les épreuves de Balzac sont plus instructives qu’aucun exposé. »
   On parle aujourd’hui, à propos des prodigieux bonds en avant du multimédia et d’Internet, de la révolution numérique. Aurait-on oublié quelle égale révolution fut l’invention de Gutenberg ? Révolution dans la diffusion de la pensée, voire révolution de la pensée elle-même. «  L’imprimerie est le télescope de l’âme », écrivait Lamartine en 1853 (cité par Jean-Pierre Gérault dans son avant-propos à l’album). Et Lamartine de lancer cette incroyable prophétie : « Un jour, dans quelques années, un mot prononcé et reproduit sur un point quelconque du globe pourra illuminer ou foudroyer l’univers. » Déjà annoncés : Google, Facebook Wikipedia, Wikileaks… Certes, le globe n’en est pas encore illuminé ni foudroyé, mais constatons qu’il en est déjà pas mal ébranlé. S’il est un écrivain qui, plus que tout autre de son temps, a compris quelles transformations en profondeur l’invention technique de l’imprimerie à caractères mobiles allait provoquer dans le monde de l’édition, de la presse, dans la transmission du savoir et de la culture, comme dans l’évolution de la littérature, c’est bien Balzac. N’est-ce pas un des thèmes de son grand roman, Illusions perdues ? Un poète, un imprimeur, occupent la scène, et nous voilà plongés dans le petit enfer de la capitale, plus précisément dans celui du journalisme dont on sait quelle implacable description en donne Balzac. La société du spectacle, la marchandisation du livre commencent à tourner à plein régime. Debord, un peu plus d’un siècle après, n’aura plus qu’à confirmer, en l’aggravant, le diagnostic. Convaincu que l’industrialisation du livre va avoir des implications esthétiques sur la littérature, pour le meilleur et pour le pire, et, côté pire, ce que l’auteur de la Comédie humaine annonce, n’est-ce pas ce passage de la publication à ce phénomène, aujourd’hui en pleine accélération (voyez le nombre de livres paraissant à chaque rentrée littéraire), que Lacan a appelé la « poubellication ». Quant aux effets sur le milieu de la presse, qu’il a connu de près pour y avoir longtemps officié, l’éclairage que Balzac jette sur lui dans son roman est rendu plus cru encore dans sa Monographie de la presse parisienne écrite en 1842. Publiée, un an après, elle parachève l’œuvre entreprise dans le tome II des Illusions perdues, paru en 1839 sous le titre « Un grand homme de province à Paris ». Il en dénonce ses turpitudes, ses ridicules, sa médiocrité, sa corruption. « Si la presse n’existait pas, concluait-il, il faudrait ne pas l’inventer. » Vœu pieux, si l’on en juge par ce qu’on voit s’étaler comme papier imprimé aux étalages de nos kiosques. Et je ne dis rien de ce déversoir qui n’est pas sans évoquer souvent les égouts que sont les canaux dits d’informations du Web. Et si, répondant au souhait de Balzac, cette presse-là, dans un élan suicidaire, était en train de travailler à sa propre disparition ? En attendant, plongeons-nous, toutes illusions bienheureusement perdues, dans ces magnifiques labyrinthes que sont les pages manuscrites et les épreuves du chef-d’œuvre de Balzac.



   Libération,
jeudi 16 décembre 2010
   par Claire Devarrieux

   « Ce Séchard était un ancien compagnon pressier, que dans leur argot typographique les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un Ours. » Illusions perdues, qui met en scène le fils Séchard et le futur écrivain Lucien de Rubempré, deux garçons d’Angoulême chargés de représenter chacun un aspect de l’auteur, est entièrement nourri de la passion de Balzac pour la chose imprimée. Éditeur avant de rembourser ses dettes en écrivant, imprimeur, et même fondeur de caractères, libraire, passionné par toute la chaîne du livre, par la modernisation de l’outil comme par la protection du texte et de l’auteur, Balzac ne conçoit pas la typographie sans la littérature, et réciproquement. La présente édition reproduit « Les deux poètes », la première partie d’Illusions perdues (et qui portait ce titre à l’origine). Balzac retravaillait considérablement son texte sur les « placards », puis sur les épreuves. Une fois le volume paru, il continuait à reporter des corrections dans son exemplaire personnel. On assiste ici au processus complet. Le plus surprenant est en fait la première étape : le manuscrit. Raturée sans excès, dotée d’une bonne marge, la page est saturée de haut en bas de lignes assurées, d’une écriture régulière, serrée, rapide. Voilà de la copie propre.



   Le Monde, vendredi 10 décembre 2010
   Balzac à l’œuvre
   par Alain Beuve-Méry

   « Œuvre capitale », selon Honoré de Balzac, Illusions perdues est au sein de La Comédie humaine, le roman qui met en représentation la littérature et ses conditions de possibilité. Pour tous les balzaciens, son manuscrit, qualifié de «  calme » par Stéphane Vachon, est l’un des plus spectaculaires et passionnants de l’écrivain. Acquis en 1882 par le bibliophile belge Charles de Lovenjoul, il est aujourd’hui la propriété de l’Institut de France. Ce dernier a décidé de le rendre accessible, dans le cadre d’une nouvelle collection lancée chez Verdier. Seule la première partie du roman, intitulée « Les Deux Poètes », est présentée. On voit l’écrivain à l’œuvre, d’abord avec son texte écrit à l’encre et à la plume de corbeau, puis sa manière de retravailler les épreuves. Il avait l’habitude de découper les placards (première composition typographique en colonnes, sans pagination ni titre) et de les coller sur de grandes feuilles pour pouvoir écrire sur les débords. Théophile Gautier a comparé cela à un « grimoire d’apparence cabalistique ». C’est tout simplement fascinant.


   L’Humanité,
vendredi 10 décembre 2010

   Ce roman, un des moyeux de la Comédie humaine, est en fait, dans l’édition que nous connaissons, la réunion de trois œuvres au départ indépendantes, « Les Deux Poètes », « Un grand homme de province » et « Les Souffrances de l’inventeur ». Les aventures d’un jeune homme venu tenter sa chance à Paris par la littérature et le journalisme sont le miroir de celles de ce livre, que nous pouvons suivre dans cette entreprise éditoriale.



   Télérama
(supplément « Spécial cadeaux »), n°3177, 1er décembre 2010

   Aux yeux de l’écrivain, Illusions perdues constituait « l’œuvre capitale dans l’œuvre », le cœur même de la Comédie humaine. Les Illusions comprennent trois romans : « Les Deux Poètes » (1837), « Un grand homme de province à Paris » (1839), « Les Souffrances de l’inventeur » (1843). C’est au premier des trois que s’intéresse ce bel ouvrage sur papier mat, qui propose, en fac-similé, le manuscrit du livre – Balzac fut un des premiers écrivains français à conserver systématiquement tous les manuscrits de ses romans publiés – ainsi que sa version imprimée de 1843. L’analyse très documentée, mais aussi très claire, de Stéphane Vachon s’attache à expliquer la genèse du roman, du manuscrit à la version définitive.



   Lire, décembre 2010
   par Philippe Delaroche

   Soit 97 feuillets d’un papier vergé où, en juin 1836 au château de Saché puis la dernière semaine de novembre à Paris, Balzac coucha « Les Deux Poètes », la première des trois parties du roman qui s’intitulera Illusions perdues – « l’œuvre capitale dans l’œuvre », dira-t-il. L’éclat de ce diamant noir le vengea de sa faillite d’imprimeur. Il envoûte sa Comédie humaine. Au-delà, il fit germer la vocation d’écrivains à venir – Oscar Wilde, Marcel Proust ou Maurice Blanchot – pour en citer trois sur mille. Comme l’encre dont lui-même maculait papier et manches de chemise, à contempler chaque folio reproduit dans cet extraordinaire ouvrage, augmenté de l’édition imprimée « Furne » qui, en 1843, réunit la trilogie (avec « Un grand homme de province à Paris », « Ève et David »), le lecteur se laisse absorber par la calligraphie torrentueuse du démiurge. Il n’a plus que quinze ans à vivre ! Dans sa présentation, Stéphane Vachon relève la « formidable impression de vitesse » de ce manuscrit, pourtant « calme ». Sur ses amendements et ajouts, Balzac s’est expliqué pour l’éternité : « Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son "son". [...] La correction, la perfection du style existe, mais au-delà de l’originalité, après avoir traversé les faits, non en deçà. »



   Le Magazine littéraire,
n°503, décembre 2010
   Balzac, ratures d’art
   par Chloé Brendlé

   Balzac fut la terreur des imprimeurs pour ses nombreux ajouts et ratures de « dernière minute ». Il fut aussi l’un des premiers romanciers à conserver ses manuscrits, et même à les offrir. Pour son premier opus, la nouvelle collection des éditions Verdier, « Fondation empreinte », nous fait découvrir me manuscrit et l’édition corrigée de la première partie des Illusions perdues, « Les Deux Poètes ». À l’ère de la numérisation, quoi de plus pertinent que ce choix d’un roman qui traite en partie de l’évolution technique de l’imprimerie (à travers le personnage de David Séchard) ? Cet ouvrage ravira, plus que les spécialistes, les amateurs de Balzac, par son parti pris, qui n’est pas celui d’une édition génétique (les fac-similés ne sont pas transcrits), mais plutôt d’une approche esthétique, donnant à voir la façon de travailler du démiurge de la Comédie humaine.